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La puissance du constructivisme Le nouveau programme du Québec demande à ce que la méthodologie d’enseignement soit constructiviste. Deux questions à ce sujet ne semblent pas avoir trouvé à date de réponses satisfaisantes. 1. Qu’est-ce qui prouve la supériorité du constructivisme
sur les approches explicites?
Cette semaine nous tenterons de répondre à la première question, gardant la seconde pour le prochain numéro de Mathadore. Le constructivisme prétend d’abord que l’enfant peut, par lui-même, lorsqu’il est confronté à des problèmes appropriés, trouver et valider des solutions à ces problèmes. Est-ce possible ? Pour en juger, il faudrait idéalement trouver des problèmes que vit l’enfant sans que son entourage en soit conscient, des problèmes dont peu d’adultes soupçonnent l’existence. De tels problèmes sont nombreux et les recherches de Piaget en ont isolé et étudié plusieurs. Par exemple : 1. Vers l’âge de six mois l’enfant comprend qu’un objet, que ses
sens ne perçoivent plus, existe encore. Il commence alors à
le chercher.
Les solutions aux problèmes précédents sont rarement enseignées aux enfants, ils les découvrent, ils les construisent par eux-mêmes à notre insu. Ils le font de façon très consciente afin de résoudre des problèmes qui les touchent vraiment. Cela est normal puisque la majorité des adultes ne savent pas qu’ils vivent ces problèmes. Il y a lieu de se demander si ces constructions constituent des apprentissages plus solides que ceux acquis par approche explicite. Est-ce que l’approche constructiviste fonctionne à la condition que les problèmes soient pertinents et bien sentis par l’élève? Est-ce possible qu’à défaut de réussir à provoquer l’enfant au moyen d’un problème bien réel pour lui, il faille se résoudre à utiliser une approche explicite? Comment l’élève apprendra-t-il alors l’utilité de cet apprentissage? Comment sera-t-il certain que ce que nous lui enseignons fonctionne? Par ailleurs, nous avons tous appris, à la fin du secondaire, à résoudre des systèmes d’équations tels : 3x + 4y = 29 et 8x + y = 29. Pouvez-vous encore le réussir ? Pouvez-vous démontrer que, dans un dessin, les angles opposés par le sommet sont égaux ? Il est possible que vous soyez toujours capable de faire ce qui précède
avec aisance et rapidement, parce que vous enseignez les mathématiques
ou parce que votre travail vous donne fréquemment l’occasion de
résoudre de tels problèmes. À moins que ce soit parce
que vous pouvez donner un sens à ces équations, sens qui
vous permet maintenant, comme il le permet aux élèves de
huit ans, de résoudre ce problème. Dans ce cas, aucun enseignement
de procédures n’est utile, vous en avez inventé une. Et si
vous pouvez inventer une telle procédure sans aide à huit
ans, vous le pourrez certainement encore cinq, quinze ou trente années
plus tard sans l’intervention d’un enseignement explicite.
Les concepts que nous construisons nous-mêmes n’exigent pas de révision. S’ils sont oubliés, il n’y a aucune raison pour que nous ne puissions les reconstruire six mois, six ans ou vingt ans plus tard. Voilà un avantage énorme du constructivisme. Reste à savoir ce que nous sommes en mesure de construire par nous-mêmes et ce qui doit nous être présenté de façon explicite. La semaine prochaine, nous en reparlerons. Robert Lyons
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