|
|
|
|||
![]() |
![]() |
|||
Faiblesses de l’enseignement explicite (1) D’abord un rappel : Si nous utilisons la description de l’enseignement explicite de Bissonnette et als (Comment construire des compétences en classe, Chenelière 2001, pp 87-89), nous obtenons un enseignement en trois étapes. Étape 1 : Modelage L’enseignant fait une démonstration et n’admet ni questions ni interactions. Étape 2 : Pratique guidée Idéalement, lors d’un travail d’équipe, les élèves réalisent des tâches similaires à celle qui a été présentée lors du modelage. Cela peut permettre aux élèves de valider leur compréhension de ce qui a été enseigné. Étape 3 : Pratique autonome Cette fois l’élève réinvestit lors d’un travail individuel. Première difficulté : Aucun être humain normal ne se comporte comme un magnétophone. Lors du modelage, les élèves ne mémorisent pas ce qui est démontré mais leur perception du message que l’enseignant transmet. L’élève tente d’associer ce qu’il voit et entend à ce qu’il connaît au moment même où il le voit et l’entend. Il en découle une perception immédiate qu’il utilisera tant qu’elle ne sera pas contredite. Or, plus une perception fausse sera contredite rapidement, plus l’élève pourra rapidement profiter de la suite de la démonstration ou de la pratique guidée ou autonome. Sa culture personnelle, laquelle est différente de celle de ses camarades et, surtout de celle de l’enseignant, lui sert de toile de fond. C’est grâce à ce bagage qu’il assimile chaque élément de la démonstration de l’enseignant, alors que ce dernier explique à partir de sa culture d’adulte. Si nous nous fions à la description de l’enseignement explicite donnée par Bissonnette et als, aucune interaction n’est permise pendant le modelage. Or, il est utopique d’empêcher l’interaction entre la culture de l’élève et ce qu’il voit et entend. Cette interaction peut déformer le message et le rendre incompréhensible. Voici quelques exemples. - Cette fillette de sept ans qui, lorsqu’elle
écrivait dans son cahier brouillon, inversait soudainement les positions
dans un nombre (53 devenait 35). L’erreur n’apparaissait cependant que
dans la moitié de droite de chaque page de gauche du cahier. Sur
une feuille blanche, jamais l’erreur n’était présente. Son
explication : « L’enseignante nous a dit que, lorsque nous écrivons
un nombre à deux chiffres, le chiffre des dizaines est celui qui
est le plus près de la marge. » Pour elle, la marge de référence
n’était pas la marge de gauche, mais la marge la plus proche, donc
celle de droite, lorsqu’elle écrivait dans la moitié droite
de sa page de gauche.
Certes la période de pratique guidée devrait servir à corriger la situation, mais est-ce réaliste ? Trois ou quatre élèves, dont la compréhension est plus ou moins juste, vont travailler ensemble et, probablement, proposer des solutions différentes. L’enseignante va circuler parmi ces équipes qui demandent toutes son intervention le plus rapidement possible. Elle n’a pas le temps d’identifier les perceptions erronées de quelques élèves. Elle ne peut souvent que signaler qu’une solution est bonne ou non. L’élève qui l’a trouvée essaie alors de l’expliquer aux autres sans se douter des analogies « déplacées » qui les troublent. Combien d’élèves sont en difficulté à cause de telles perceptions ? - Tous ceux qui, à six ou sept ans, complètent
3 + ___ = 5 comme suit 3 + 8 = 5 en pensant que le signe + indique qu’il
faut additionner les deux nombres et écrire la réponse dans
l’espace libre.
Bref, plus de 99% de la population. Robert Lyons La semaine prochaine : La suite…
|
||||
|
|
|