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MATHADORE
Volume 5 Numéro 187 - 29 mai 2005
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Réussir en mathématiques est inexplicable.
Réussir en mathématiques c’est percevoir
que faire des maths consiste à essayer de comprendre notre environnement
et nos façons de penser. C’est savoir que les mathématiques
sont cohérentes, qu’elles évitent les contradictions et les
exceptions. Les mathématiques ne sont pas une question d’opinions,
mais une question de preuves rigoureuses.
La très nette majorité des difficultés
d’apprentissage en mathématiques provient de l’apprentissage et
de la consolidation de concepts incorrects. Or, en mathématiques,
les liens entre les divers concepts sont nombreux et si de tels liens conduisent
à des contradictions ils préparent l’échec. Voici
quelques exemples.
Exemples fréquents
1. La multiplication est une addition répétée
(concept développé à 7 ou 8 ans)
(vers 12 ans)
(-4) × (-5) = (+20) /
(-4) + (-4) + (-4) + … = (+20) ???
a × a = ab / a +
a + a +… = ab ???
2. Les exposants représentent une multiplication
répétée : 73 = 7 × 7 × 7 (vers 10 ans)
60 = 1 / 6 × … =
1 ??? (vers 12 ans)
5-3 = 0,008 / 5 ×
??? = 0,008 ??? (vers 14 ans)
3. Pour additionner des nombres, il faut bien
les aligner à partir de la droite (vers 7 ou 8 ans)
325 + 14 + 2
325
+ 14
+ 2
341
3,25 + 1,4 + 2 (vers 10 ans)
3,25
+ 1,4
+ 2__
6,65
Jamais je n’oublierai cet élève
en difficulté de 10 ans qui, placé devant une contradiction
semblable à celle évoquée précédemment
au point 3, s’écrit : « Je déteste les maths ! En maths,
ce qu’on apprend une année n’est plus vrai l’année suivante.
Vive le français, vive la catéchèse, là on
me dit les même choses depuis cinq ans ! »
Il y a vingt à vingt-cinq ans, lorsque
j’évaluais un élève, il était facile d’identifier
les volumes avec lesquels cet élève avait appris ses mathématiques.
Deux indices : ses erreurs et ses trucs, lesquels provenaient clairement
des volumes qu’il avait utilisés.
Il ne faut pas croire qu’un excellent prof peut
compenser pour un volume médiocre. Ce que l’enseignant explique
ou démontre au tableau sera rapidement oublié si le volume
qui est entre les mains de l’élève ne va pas dans le même
sens. Le volume, c’est le carnet de notes de l’élève, c’est
le lien entre l’école et la maison. Toute personne qui veut aider
un élève le fait à partir du manuel de l’élève
et non à partir des explications de l’enseignant.
Nous vivons une réforme au Québec.
Depuis quelques semaines de nouveaux volumes sont offerts pour l’enseignement
en première année du secondaire. Que faut-il en penser? Jugez
vous-même à partir de certains extraits d’un de ces volumes
: À vos maths ! de Michel Coupal, chez Chenelière
éducation.
Page 103 :
Dans une addition ou une soustraction, les quantités
doivent être de même nature… Dans l’une des additions suivantes,
il est impossible de trouver une nature commune aux termes. Repère
cette addition et effectue les deux autres.
a) 4 chaises + 3 divans
b) 7 kilomètres + 5 secondes
c) 8 vélos + 3 planches à roulettes
Pour l’auteur, les chaises
peuvent s’additionner avec les divans, ce
sont des meubles, donc : 4 chaises + 3 divans = 7 meubles. La dernière
addition peut aussi s’effectuer : ce sont des moyens de transport. Mais,
les kilomètres ne peuvent s’additionner aux secondes car l’auteur
n’a pas identifié de nature commune entre les kilomètres
et les secondes. Pour les mathématiciens, mais aussi pour plusieurs
élèves de douze ans, il s’agit pourtant d’unités de
mesure, donc… Une telle définition de l’addition conduit aussi à
calculer que 3 dizaines + 5 centaines = 8 paquets d’unités. Et,
comme le «démontre » l’auteur, en page 102 : 4 pommes
+ 2 oranges = 6 fruits. Voilà un truc qui rend les mathématiques
beaucoup plus faciles. Faciles et … incohérentes.
Évidemment, lorsqu’en page 139, ce qui
correspond à environ une dizaine de jours d’enseignement plus tard,
l’auteur demande :
Lorsque c’est possible, effectue les calculs suivants.
Si c’est impossible, dis pourquoi.
a) 5t + 6t
b) 6x + 4y…
on comprendra l’élève qui écrira
: 6x + 4y = 10 lettres. Et on ne comprendra pas l’élève qui
écrira que les x et les y ne s’additionnent pas parce qu’ils n’ont
pas de nature commune !
En page 173, l’auteur commet une erreur qui était
fréquente dans les manuels du primaire écrits il y a plus
de vingt ans : 39 ÷ 7 = 5 reste 4.
En page 234, environ un mois plus tard, l’élève
apprend que 7,2 ÷ 0,8 = 72 ÷ 8 et on lui demande d’effectuer
7,74 ÷ 6,1. Que dire à l’élève qui écrit
:
7,74 ÷ 6,1 = 774 ÷ 610 = 1 reste164
? Donc 7,74 ÷ 6,1 = 1 reste 164 ? Je propose qu’on fasse un lien
entre cette réponse étonnante et la multiplication des pains
!
Malheureusement, ce volume contient d’autres surprises
qui ne permettent pas de démontrer la cohérence des mathématiques.
Pour réussir, l’élève devra régulièrement
oublier ce qu’il a appris quelques jours plus tôt ou constater qu’en
maths il ne faut pas trop se poser de questions. Et puisque les mathématiques
semblent incohérentes, il ne lui restera qu’à mémoriser.
Évidemment, il sera éventuellement accusé de ne pas
faire de liens, de ne pas effectuer de transferts. Ce n’est qu’une simple
question de survie ! Comment, dans de telles conditions, comprendre que
des élèves réussissent en mathématiques ?
Je reconnais volontiers qu’un auteur et un éditeur
déploient énormément d’efforts afin de rédiger
un manuel scolaire et qu’ils y investissent énormément de
temps et d’argent. Mais je constate aussi que les enfants, les parents
et les enseignantes déploient des efforts encore plus considérables
et qu’ils ont droit à des volumes de qualité dans lesquels
l’auteur manifeste une compréhension adéquate des mathématiques
et des processus et problèmes d’apprentissage.
Dans ma carrière j’ai vu trop d’élèves
en pleurs, d’enseignantes et de parents découragés devant
l’échec scolaire causé le plus souvent par des manuels inacceptables.
De tels manuels ont démoli la confiance en eux-mêmes de trop
d’élèves et ont obligé trop d’étudiants à
abandonner des choix de carrière qui les intéressaient. Les
coûts sociaux qui en résultent sont considérables.
Mentionnez en public que quelqu’un est un incompétent
et vous risquez des poursuites en dommages et intérêts. Lorsqu’un
manuel d’enseignement conduit des élèves à développer
un sentiment d’incompétence, lorsqu’il conduit des parents à
payer un professeur privé, lorsqu’il pousse des enseignantes à
remettre en question à tort leurs compétences professionnelles,
peut-on penser à des dommages et intérêts ?
Ah ! vos maths Monsieur Coupal !
Là, j’ai besoin de vacances ! Je vous en
souhaite d’excellentes, anticipant le plaisir de vous retrouver en septembre.
Robert Lyons
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