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MATHADORE
Volume 5 Numéro 184 - 8 mai 2005
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Difficultés en résolution de problèmes (1)
Les causes de difficultés en résolution de problèmes
sont habituellement méconnues. Parmi les « raisons »
souvent évoquées, on retrouve les difficultés en compréhension
de texte. Il en résulte que, pour aider l’élève en
mathématiques, certains croient qu’il faille d’abord l’aider en
français, en compréhension de texte. Il est rare que cette
stratégie s’avère efficace parce que le diagnostic n’est
pas valable.
Certaines difficultés en résolution de problèmes
peuvent être associées à des difficultés en
compréhension de texte, mais les secondes ne causent pas les premières.
En fait, ces deux types de difficultés, lorsqu’elles sont présentes
toutes les deux à la fois, correspondent le plus souvent à
un manque d’autonomie chez l’élève. Ce manque d’autonomie
provient habituellement d’un encadrement trop rigide, de la surprotection
ou d’une culture faible.
Oublions le problème de culture qui s’applique rarement. Par
contre, la surprotection et l’encadrement excessif, lesquels résultent
généralement de l’insécurité des adultes qui
éduquent l’enfant, préparent le terrain à de nombreuses
difficultés en compréhension de texte et en résolution
de problèmes. De façon typique, l’enfant, qui a subi cette
surprotection ou cet encadrement trop rigide, n’a pas développé
l’habitude d’envisager une situation dans son ensemble afin de la comprendre.
Ce n’était pas nécessaire puisque son entourage le dirigeait
suffisamment pour qu’il puisse se contenter d’appliquer des règles,
quitte à en demander les raisons. Or, demander et écouter
les raisons justifiant une directive ou un interdit n’exige aucune pensée
autonome. Ces élèves sont souvent naïfs, on les piège
facilement. Par ailleurs, après avoir lu un texte, et ce, même
s’ils comprennent le sens de chaque mot de ce texte, ils demandent ce qu’ils
doivent faire.
Et nous, que doit-on faire ? D’abord le problème commence à
la maison et il faut sensibiliser les parents aux conséquences de
la surprotection et de l’encadrement trop rigide. Ensuite le problème
se prolonge à l’école par la surprotection scolaire. Cette
surprotection, qui résulte de l’insécurité des enseignants
qui craignent que leurs élèves échouent, est tellement
présente à l’école qu’elle est devenue normale.
Ainsi, on craint d’aller trop vite et d’exposer les élèves
trop rapidement à des apprentissages qui peuvent « les mêler
». À entendre ces apôtres du « lentement mais
sûrement », on comprend qu’il faudrait apprendre à un
jeune enfant à parler en n’utilisant d’abord, et ce pour plusieurs
semaines, que les verbes du premier groupe, au présent…
L’exemple vient de haut – enfin, je veux dire de fonctionnaires qui
travaillent au sommet, ou presque, de gratte-ciel impressionnants. Ces
adeptes du « tranquillement pas vite » ont horreur de l’enrichissement
des programmes j’allais écrire « du dépassement ».
Pour eux, 3 + ___ = 5 doit
être vu lorsque l’élève a six ans et 3 + x = 5, jamais
avant douze ans… Franchement, seuls les adultes croient que l’algèbre
est dangereuse. En cette matière la bravoure et la compétence
des jeunes élèves sont très grandes.
À l’école, lorsque les difficultés en compréhension
de texte et en résolution de problèmes se manifestent, les
élèves sont souvent confiés aux orthopédagogues.
Or, le travail avec un ou deux élèves à la fois développe
rarement l’autonomie de l’élève. Ce n’est pas dans ce domaine
que l’orthopédagogie s’avère vraiment efficace.
Une autre stratégie d’aide, qui est peu rentable, est la multiplication
d’études de textes ou de problèmes à résoudre
avec un contexte peu ou très élaboré. Si un élève
a un problème de vision, ce n’est pas en multipliant les stimulus
visuels que vous allez l’aider, c’est probablement en lui offrant des lunettes
appropriées.
De plus, la tendance, lorsqu’on veut aider les élèves
en résolution de problèmes, est de leur fournir des outils
d’analyse du problème ou une démarche de résolution.
Bref, les encadrer davantage, eux dont les difficultés résultent
justement d’un encadrement trop présent.
Que faut-il faire ? Développer l’autonomie de l’élève,
développer son esprit critique, ses capacités de synthèse,
son humour, sa créativité, son imagination, ses capacités
d’association. Lui faire chercher non pas une façon de résoudre
un problème ou d’interpréter un texte, mais plusieurs façons.
D’accord cela suppose que le texte laisse place à l’interprétation,
ce qui est difficile et comme il faut faciliter le travail aux élèves…
Surprotection quand tu nous tiens !
En passant, lorsque vous avez un problème qui vous préoccupe
vraiment, à quel moment de la journée une voie de solution
vous apparaît-elle souvent ? Est-ce lorsque vous vous poser des questions
telles :
- Quelles sont les données ?
- Que cherche-t-on ?
- Quelles sont les conditions ?
- Quelles stratégies puis-je utiliser ?
Si vous réussissez de cette façon, c’est-à-dire
en contrôlant ainsi le processus de résolution de problèmes,
vous avez de la chance. En ce qui me concerne, c’est souvent lorsque je
n’y pense plus qu’une nouvelle idée de solution m’apparaît.
Le plus souvent, c’est au réveil. Vous pouvez me croire sur parole,
mes rêves n’ont rien de très logiques, ils sont plus souvent
farfelus que rationnels, bref fort différents du processus de résolution
de problèmes que l’école enseigne.
Robert Lyons
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