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MATHADORE
Volume 5 Numéro 180 - 10 avril 2005
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Situation-problème
et problème d’application (1)
Voici trois problèmes.
1 Superficie de forêts
de sapins détruites par la tordeuse des bourgeons de l’épinette
Années
Superficie de forêts d’épinettes
détruites par la tordeuse des bourgeons de l’épinette.
Années
Fais l’interprétation des diagrammes en
notant deux constatations différentes. Indique à l’aide de
calculs ou de mots ce qui te permet de faire ces constatations.
2. Dans une forêt, on récolte en
moyenne 2,25 m³ de bois par hectare chaque année. Dans
une seconde forêt, dont la superficie est de 90 hectares,
on récolte en tout 135 m³ de bois dans une année. Montre
que la première forêt est plus productive.
3. Voici deux suites de nombres qui représentent
la superficie de forêts ayant subi une coupe à blanc de 1999
à 2002. Trouve les nombres A et B qui montrent quelle sera, à
ce rythme, la superficie de forêts qui sera exploitée en 2012
et en 2052 sous la forme de coupe à blanc.
Les problèmes qui précèdent
sont-ils des « situations-problème » ou des «
problèmes d’application » ?
Pris individuellement, ces problèmes ressemblent
fortement à des « problèmes d’application »,
si nous nous servons des définitions du ministère de l’Éducation
du Québec (MEQ). En effet, chaque problème peut être
résolu en une quinzaine de minutes et sa présentation est
très courte. Par ailleurs, le guide de correction du MEQ accorde
la meilleure mention : « Très bien réussi » lorsque
pour la solution :
- du premier problème : «l’élève
a formulé deux constatations en les accompagnant
d’explications (mots ou calculs)
appropriés »;
- du second problème : « Les
calculs sont exacts »;
- du troisième problème :
« l’élève peut avoir fait une erreur de transcription
ou de calcul ».
On remarque que l’évaluation porte sur
des éléments mathématiques, sur rien d’autre :
Pour répondre au premier problème
il suffit d’interpréter deux graphes et de conclure, par exemple,
que, d’une année à l’autre, la tordeuse fait moins de dommages
et qu’elle en fait toujours moins dans le cas des épinettes que
des sapins. Il faut évidemment mettre de côté tout
sens critique car rien n’indique qu’une même superficie de forêts
soit utilisée par les sapins et les épinettes. Or si les
sapins occupent 3, 4 ou 5 fois plus de terrain que les épinettes,
il devient évident que la tordeuse s’attaque davantage aux épinettes
qu’aux sapins. Par ailleurs, si la tordeuse fait de moins en moins de dommages,
est-ce parce qu’il y a de moins en moins de sapins et d’épinettes
? Peut-être que l’utilisation du pourcentage serait ici plus approprié.
Pour résoudre le second problème,
il suffit d’effectuer 135 m³ ÷ 90 = 1,5m³ et de comparer
1,5m³ à 2,25m³.
Dans le cas du troisième problème,
il suffit d’observer la progression constante :
de + 40 781 et de trouver, avec ou sans calculatrice
(au choix de l’élève), les deux nombres demandés.
Il faut, ici encore, abandonner tout sens critique qui nous conduirait
à mettre en doute l’existence d’une progression arithmétique
aussi parfaite dans un tel cas. Bref, pour résoudre le premier et
le troisième problème, il faut mettre de côté
la compétence transversale d’ordre intellectuel «Exercer son
jugement critique». Il faut oublier que le programme mentionne en
page 15 : « Les compétences d’ordre intellectuel sont une
invitation à dépasser, même avec les plus jeunes élèves,
la mémorisation superficielle des contenus et le conformisme dépourvu
de compréhension pour viser l’acquisition de capacités supérieures.
Elles définissent un rapport actif au savoir et permettent à
l’élève de prendre contact avec le réel, de se l’approprier,
de l’interpréter et de le comprendre.»
On dirait que cette situation-problème
manque de transversalité ! À moins que nos forêts pêchent
gravement contre les vertus transversales. À moins que les auteurs
de cette situation-problème croient que, pour que les élèves
comprennent le rôle des mathématiques dans la vraie vie, il
faille déformer la réalité ( «faille»
… en effet !). Il semble clair que, pour les auteurs de cette situation-problème,
mettre en œuvre sa pensée créatrice, autre compétence
transversale, au détriment de l’exercice de son jugement critique
et du sens à accorder aux mathématiques soit tout à
fait pertinent.
Si cette situation-problème peut être
considérée comme un modèle, et elle l’est certainement,
puisqu’elle vient en droite ligne des infaillibles et «incritiquables»
travaillant au ministère de l’Éducation du Québec,
il faut en conclure qu’une situation-problème :
- Consiste à faire un
amalgame de problèmes d’application enrobé d’une sauce thématique;
- Permet de mettre en veilleuse les compétences
transversales, comme l’exercice du jugement critique, si la situation demande
que les élèves réagissent de façon conformiste
face à une situation irréaliste;
- Permet de mettre de côté la pertinence
des mathématiques, donc leur compréhension.
NOTE : Le mot «incritiquable»
n’est pas dans le dictionnaire, s’il l’était, il signifierait :
Personne qui a l’exercice du jugement critique en horreur.
Robert Lyons
La semaine prochaine, nous analyserons une autre
situation-problème proposée par le MEQ : La clinique zoologique
de Marie.
La semaine suivante, nous analyserons quelques
problèmes d’application proposés par le MEQ.
Enfin, la semaine suivante, nous proposerons une
autre façon «d’intégrer l’évaluation à
l’apprentissage», ( autre que celle de cesser d’enseigner pendant
plusieurs jours consécutifs afin d’évaluer ) et de permettre
aux élèves de comprendre le rôle véritable des
mathématiques dans la vie du commun des mortels critiquables.
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