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MATHADORE
Volume 5 Numéro 179 - 3 avril 2005
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Qu’est-ce qu’un problème ? (2)
Voici le pire problème auquel se sont mesurés les mathématiciens
des trois derniers siècles et probablement ceux qui les ont précédés
également.
Pythagore a démontré que la somme de deux carrés
peut être un carré. Prouvez que la somme de deux cubes, différents
de zéro, ne peut être un cube et que la somme de deux nombres
entiers, autres que zéro, élevés à une puissance
plus grande que 2 ne peut être un entier élevé à
cette même puissance.
Symboliquement :
Si a, b, c et n sont des entiers plus grands que zéro, an + bn
= cn si et seulement si n = 2 ou 1.
S’agit-il d’un vrai problème ? Aucun doute n’est permis considérant
le nombre et la qualité des mathématiciens qui ont tenté
de le résoudre sans succès.
Est-ce une « situation-problème » ou un « problème
d’application » tel que l’entend le ministère de l’Éducation
du Québec ? Vu l’absence de contexte et de bavardages préalables,
ce n’est pas une « situation-problème ». Par contre,
comme la seule solution reconnue à date compte 120 pages démontrant
de nouvelles relations mathématiques et comme l’auteur de cette
solution y a consacré sept années de loisirs et de périodes
de recherches professionnelles, ce n’est pas non plus un « problème
d’application » dont la durée avoisinerait … une quinzaine
de minutes.
Il est troublant d’apprendre que le plus célèbre problème
de l’histoire des mathématiques n’entre dans aucune des deux catégories
de problèmes définies par le MEQ.
Dans Mathadore 178, nous avons avancé l’idée que fondamentalement
un problème est en quelque sorte une collision entre deux concepts
qu’un individu croit valables. C’est donc un événement très
personnel.
Un problème, c’est lorsque, face à une situation, nous
fronçons les sourcils en projetant souvent notre tête légèrement
vers l’arrière et en pensant « Oh! Oh! ». C’est souvent
ce qui nous empêche de dormir. C’est souvent un isoloir qui fait
que nous devons « discuter avec nous-même ».
Et comment faisons-nous pour résoudre un vrai problème
? Une des meilleures façons est « de dormir dessus ».
Il vous est sans doute arrivé de vous endormir en pensant à
un problème ou après avoir consacré une bonne partie
de votre journée à tenter de résoudre le problème.
Très souvent, c’est au réveil, que vient une idée
pouvant mener à une solution. Que s’est-il passé?
Vous savez comment le cerveau travaille pendant le sommeil ? D’une façon
qui semble souvent complètement folle en nous plaçant dans
des situations invraisemblables, totalement illogiques. On dirait que le
cerveau colle alors, au hasard, une série d’éléments
vécus récemment, ou dans un passé plus lointain, en
les altérant souvent de façon considérable. Une vraie
tempête d’idées farfelues ou non.
L’analyse des rêves permet parfois de décortiquer tout
cela. Elle montre alors que divers liens de nature analogique ont été
établis. Des liens analogiques et non des liens logiques. Et c’est
ce type d’activités du cerveau qui inspire souvent une piste de
solution à un problème.
En consultant les modèles scolaires de résolution de problèmes,
nous retrouvons infailliblement une démarche logique, une démarche
d’analyse, une démarche dans laquelle il y a peu de place pour la
créativité, pour l’analogie, pour les tempêtes d’idées.
Il est clair qu’il est plus facile d’enseigner et de vivre une situation
qui suit une certaine logique, mais, est-ce comme cela que nous pouvons
le mieux résoudre un problème et le mieux initier les élèves
à la résolution de problèmes ?
Pour un mathématicien, 50% de son temps de travail sur un problème
consiste à comprendre le problème. Cette étape va
bien au-delà de la compréhension du simple énoncé
du problème, elle consiste à chercher des liens analogiques
entre ce problème et d’autres problèmes ou situations connues.
Elle consiste aussi à énoncer des idées réalistes,
farfelues ou absurdes qui permettent souvent d’améliorer la compréhension
primaire du problème et à identifier de nouvelles analogies
possiblement utiles.
Qu’est-ce qui fait qu’à ce moment, nous faisons telle analogie
? Nous l’ignorons totalement. Comment aider les élèves à
vivre cette tempête d’idées au lieu de se lancer trop vite
dans une démarche d’essais-erreurs ? Il faut comprendre ici que
la démarche d’essais-erreurs n’est pas mauvaise, mais qu’elle ne
fait pas partie de cette première phase de la résolution
de problème. En effet, dans cette phase des idées sont lancées,
aucune n’est validée, c’est trop tôt. Après cette première
phase de la résolution d’un problème, laquelle devrait durer
environ 50% du temps de résolution, on passe à diverses tentatives
de construction logique d’une première piste de solution. Il peut
arriver que la construction logique ait besoin d’un support, d’exemples
et, c’est alors, que l’essai-erreur peut être utile.
Il me semble évident qu’il nous faut consacrer de façon
prioritaire nos réflexions et nos recherches à l’aide à
apporter aux élèves au moment de la première phase
de la solution d’un problème. Nous n’avons pas de temps à
perdre à tenter de définir ce qu’est un problème,
il suffit d’observer l’attitude d’un élève dans une situation
précise pour savoir s’il a vraiment un problème.
Pas de temps à perdre non plus à tenter de catégoriser
les problèmes, cela n’aide nullement les élèves et
les enseignantes, cela ne sert qu’à éviter de s’attaquer
aux vrais… problèmes.
Robert Lyons
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