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MATHADORE
Volume 5 Numéro 178 - 27 mars 2005
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Qu’est-ce qu’un problème ? (1)
Vous avez déjà raconté un
problème qui vous préoccupe. Au bout de quelques instants,
malgré votre récit de tout le contexte du problème
ainsi que son énoncé, vous constatez que vous ennuyez royalement
votre auditeur. Pour vous, le problème est réel alors qu’il
n’existe pas pour votre interlocuteur. Comment peut-on alors définir
ce qu’est un problème sachant que le même énoncé
conduit à des réactions si éloignées ?
En fait, ce qui détermine si un problème
existe est personnel. Cela se passe entre nos deux oreilles. Ce qui est
un problème pour un n’en présente aucun pour un autre. Il
y a bien sûr un facteur de motivation qui peut jouer, mais cela ne
constitue qu’un critère.
Prenez un enfant de quatre ans et présentez-lui
deux lignes de petits chocolats disposés comme suit :
Demandez-lui de choisir une ligne alors que vous
prendrez l’autre ligne. Lorsqu’il aura fait son choix, demandez-lui qui
va en manger le plus, si chacun mange seulement les chocolats de la ligne
qu’il a choisi.
À quatre ans, voici des réactions
possibles.
1. L’enfant ne sait pas et n’accorde aucune importance
à cette question.
2. L’enfant croit que la ligne la plus longue
contient plus de chocolats.
Proposez alors de déguster les chocolats
au même rythme, c’est-à-dire que vous en mangerez un chaque
fois que l’enfant en mangera un. Voici ce qui peut survenir vers la fin
ou à la fin de la dégustation.
1. L’enfant, ayant choisi la ligne la plus longue,
n’accorde aucune importance au fait que vous terminiez après lui.
Si, à la fin, vous lui demandez qui a mangé le plus de chocolats,
il répond que c’est lui ou encore qu’il ne sait pas. Ce qui vient
de se passer ne lui cause aucun problème.
2. L’enfant est étonné en voyant
qu’il vous reste des chocolats alors qu’il a terminé les siens.
Cet étonnement provient de la croyance qu’il avait, au départ,
choisi la ligne ayant le plus de chocolats. Il est face à un vrai
problème. Dans sa tête, deux concepts sont entrés en
collision.
Reprenez l’expérience. Dans le cas du premier
enfant, son comportement ne changera pas, il sera ravi de manger des chocolats,
c’est tout. Dans le second cas, l’enfant réfléchira
avant de choisir sa ligne. Il est possible qu’il prenne alors la ligne
la plus courte en pensant à ce qu’il vient de vivre. Pas de chance,
cette fois, vous aurez disposé les chocolats de sorte que la ligne
la plus courte contienne neuf chocolats et que la ligne la plus longue
en contienne douze. Il est aussi très probable qu’il imite d’abord
la dégustation en faisant correspondre du regard et du doigt un
chocolat d’une ligne à un chocolat de l’autre ligne. Il est clair
que cet enfant vit un problème et ce problème va le hanter
jusqu’à ce qu’il le résolve. Ne croyez surtout pas qu’en
mettant fin à l’activité, vous « sortirez l’élève
» du problème. Au contraire, il transposera ce qu’il vient
de vivre dans diverses situations quotidiennes afin de résoudre
le conflit cognitif que l’activité a créé.
Et si l’enfant a cinq, six ou sept ans ? La première
attitude décrite précédemment risque de ne pas apparaître.
La seconde sera fréquente. Mais, un autre comportement apparaît
: l’enfant compte spontanément les chocolats et choisit la ligne
où il y en a le plus.
En fait, l’enfant applique cette fois un principe
qu’il a déjà découvert. Il n’a aucun problème
réel avec ce qui lui est demandé.
Bref, la même tâche constitue un véritable
problème pour un enfant sur trois. Pour les deux autres enfants,
le premier n’est nullement touché par la situation alors que le
second la résout sans difficulté en appliquant des concepts
déjà maîtrisés.
Il y a cependant un autre comportement possible.
Pour le comprendre, voici une autre activité. Montrez à l’enfant
une bouteille fermée et à moitié pleine d’un liquide
quelconque. Montrez-là debout puis couchée et demandez à
l’enfant de quatre à huit ans de vous dire s’il y a plus de liquide
lorsque la bouteille est debout ou lorsqu’elle est couchée ou si
c’est égal dans les deux cas.
Certains enfants vous regardent alors avec des
yeux incrédules, ils se demandent d’où vous sortez une question
aussi idiote. Ou encore ils pensent que vous voulez rire d’eux. Souvent,
ils répondent en hésitant car la solution (qui est la bonne)
est tellement évidente pour eux qu’ils se demandent s’ils ont bien
compris ou s’il y a un piège.
Encore une fois, le même énoncé
constitue un problème pour les uns, un piège pour quelques
autres et ni l’un ni l’autre pour d’autres élèves.
Voici un « problème » adressé
à des élèves de onze ans :
Claude et Maxime ont invité des amis à
souper. En cuisinant les pâtes, ils s’interrogent d’un air inquiet
: « Avons-nous suffisamment de pâtes pour tout le monde ? Ils
disent alors : « Cassons les spaghettis en deux, nous en aurons plus!
».
Claude et Maxime ont-ils raison ? Pourquoi ?
( Une famille nombreuse. Prototype d’épreuve en mathématiques
pour la fin du 3e cycle, Ministère de l’Éducation du Québec,
juin 2004.)
Vous êtes un élève de sixième
année, à qui on pose cette question, vous vous retrouvez
alors dans une des trois situations suivantes.
1. Ce problème touche la conservation de
la matière, laquelle est acquise avant neuf ans. Malheureusement,
vous souffrez d’une déficience sévère qui ne vous
a pas permis d’acquérir ce concept. Vous risquez donc de répondre
qu’il y aura plus de spaghettis. Cependant, une chose est évidente,
vous ne devriez pas être en sixième année.
2. Vous êtes un élève en santé
et vous haussez les épaules en pensant :
« Franchement, pour qui me prenne-t-il
? ». Pour vous, la bonne réponse est évidente, vous
ne pensez même pas qu’on puisse penser autrement.
3. Vous êtes un élève normal
de sixième année et, comme cette question vous est posée
dans le cadre d’une série de « problèmes d’application
» en provenance du « très sérieux » ministère
de l’Éducation du Québec, vous pensez immédiatement
que vous avez mal lu, vous recommencez une fois, deux fois. Vous vous dites
: « Il y a quelque chose que je ne comprends pas, il y a un piège
que je ne vois pas. ». Bref, vous avez un problème réel,
mais bien différent de ce sur quoi on vous évalue. Vous répondrez
probablement correctement, mais, après l’examen, vous tenterez aussitôt
de vérifier votre réponse auprès de l’enseignante
ou de vos camarades.
Une chose est certaine cependant, ce « problème
» a été décrit avec un minimum de mots et vous
prendrez moins de quinze minutes à le résoudre. C’est donc
un problème d’application ? Non, c’est une mauvaise plaisanterie
!
C’est un énoncé qui présente
un risque élevé d’interprétations sans rapport avec
la valeur réelle d’un élève !
Robert Lyons
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