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MATHADORE
Volume 5 Numéro 172 - 6 février 2005
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Balance et phrases mathématiques
Cette semaine, voici une autre image mentale simple. Celle-ci donne
une idée juste de ce qu’est l’égalité.
Précisons d’abord qu’à tort, l’égalité est
souvent vue comme une histoire ou encore la démarche de résolution
d’un problème. Cette conception peut entraîner certaines difficultés
d’apprentissage et elle peut aussi conduire à une évaluation
défavorisant l’élève.
En guise de difficulté d’apprentissage certains élèves
refusent l’égalité 5 + 3 = 6 + 2 et la remplacent par 5 +
3 = 8 + 2 = 10 en racontant « J’avais 5… et j’en ai reçu 3.
J’en ai maintenant 8 et non 6. J’en reçois encore 2 alors j’en ai
10. »
Par ailleurs, si nous posons aux élèves un problème
tel « Avec 10 $ j’ai acheté un coffret au prix de 6 $. Combien
m’a-t-on remis d’argent ? », nous espérons trop souvent retrouver
l’égalité suivante en guise de
solution : 10 $ - 6 $ = 4 $. Nous refusons
6 $ + 4 $ = 10 $ ou 10 $ - 4 $ = 6 $ puisque ces
égalités, pourtant adéquates, ne racontent pas la
démarche.
Ce n’est pas certain ! D’ailleurs les caissières ont l’habitude
de remettre l’argent en l’additionnant au prix de l’objet payé et
non en effectuant une soustraction. Ensuite, et surtout, une phrase mathématique
doit représenter une relation entre des quantités. Or, entre
4 $, 6 $ et 10 $ il existe une relation qui peut s’exprimer de plusieurs
façons avec soit le signe d’addition, soit le signe de soustraction.
Bref, une phrase mathématique peut ressembler à la démarche
ayant permis de résoudre un problème, mais ce n’est pas une
obligation et il n’est pas souhaitable d’en faire une exigence.
La balance à plateaux illustre bien ce qu’est l’égalité
(et l’inégalité). Elle montre, dans le cas de l’égalité,
que la même masse doit figurer dans chaque plateau. Cette masse peut
être identique physiquement de part et d’autre : 10 kg = 10 kg, ou
être construite différemment dans un plateau et dans l’autre.
Dans un tel cas la grande flexibilité du symbolisme mathématique
permet d’illustrer ce qui existe concrètement.
Exemple : 6kg + 4kg = 5 x 2kg.
Si l’addition est facile à illustrer, c’est une autre histoire
avec la soustraction :
6 – 4 = 2. Mais, si l’image mentale a été bien établie,
le transfert peut s’effectuer assez facilement.
L’élève interprétera d’abord diverses additions
en observant une balance à plateaux : 5 + 3 = 8. Interprétation
« Un paquet de 5 et un paquet de 3, c’est comme un paquet de 8. »
ou « Pour obtenir 8, il suffit de réunir 5 et 3, entre autres.
». Aussi 6 – 2 = 4 pourra être interprété : «
6, c’est 2 de plus que 4 » ou « S’il y a 6 kg sur un plateau
et 4 kg sur l’autre, il faut enlever 2 kg sur le plateau où il y
en a 6 pour obtenir une égalité, mais, on peut aussi ajouter
2 kg au plateau où il y en a 4. »
Observez jusqu’où ce genre d’interprétations peut nous
mener et régler de nombreux mystères mathématiques.
6 $ ÷ 3 = 2 $ – Six dollars est le triple de 2 $
6 $ ÷ 2 = 3 $ – Six dollars est le double de 3 $
6 $ ÷ 1 = 6 $ – Six dollars est égal à 6
$
6 $ ÷ ½ = 12 $ – Six dollars est la moitié
de 12 $
6 $ ÷ (-1) = -6 $ – Posséder 6 $ est l’opposé de
devoir 6 $.
Rappelons enfin que, dans une égalité, ne peuvent figurer
que des symboles et termes mathématiques ou des pictogrammes qui
représentent ces termes ou symboles. Ainsi, aucune « pomme
» dans une égalité car une pomme n’est pas une unité
mathématique sinon, toutes les pommes devraient être identiques
comme une durée d’une heure est parfaitement identique à
une autre durée d’une heure.
Autre exemple : le mot « reste » ne peut pas être
utilisé dans une égalité, sinon de déplorables
conclusions apparaissent. Ainsi, l’« égalité »
10 ÷ 4 = 2 reste 2 est inacceptable. Il faudrait plutôt écrire
: 10 ÷ 4 = 2,5 ou 10 ÷ 4 = 2½. La contradiction
qui découle de 10 ÷ 4 = 2 reste 2 est la suivante : si 10
÷ 4 = 2 reste 2 est acceptable, alors 5 ÷ 2 = 2 reste 1 est
aussi acceptable. Or, puisque
10 ÷ 4 = 2,5 et 5 ÷ 2 = 2,5 il
nous faut conclure que 2 reste 2 = 2 reste 1 !!!
et que 2 = 1 !!!
Robert Lyons
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