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MATHADORE
Volume 5 Numéro 166 - 14 novembre 2004
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
La résolution de problèmes : une habileté(2)
L’univers mathématique de Fermat
Pierre de Fermat a vécu de 1601 à 1665. Il était
le Juge Suprême de la Cour Souveraine du Parlement de Toulouse. En
cette période de complots et d’intrigues, Fermat choisit de s’acquitter
de ses tâches de façon efficace, mais sans pavoiser. De plus,
pour garder toute son objectivité, il fréquentait peu de
gens de peur d’avoir un jour à les juger. C’est donc pour occuper
ses temps libres qu’il s’adonnait à des recherches en mathématiques.
Il était fasciné par le théorème de Pythagore,
il a été un précurseur de la théorie des nombres,
de celle des probabilités, de la géométrie analytique
et du calcul différentiel. Il était particulièrement
habile en calcul mental et pouvait se remémorer facilement toute
une longue suite de calculs.
Fermat vivait dans la tradition du secret des mathématiciens
français de son époque. Lorsque Blaise Pascal le pressa de
publier une partie de ses travaux, il ne fut pas d’accord à moins
que son nom n’y figure pas. Régulièrement, il expédiait
des missives, aux mathématiciens européens, dans lesquelles
il énonçait une découverte mathématique sans
la démontrer, en défiant ses correspondants de le faire.
À son décès, en feuilletant ses notes, cent vingt
énoncés semblables furent découverts ainsi que la
démonstration d’un de ces énoncés et d’une partie
de ce qui allait être appelé le dernier théorème
de Fermat. Cette démonstration concerne l’exposant 4. Elle prouve
que a4 + b4= c4 est impossible si a, b et c sont des entiers positifs différents
de zéro.
Sa preuve est cependant bizarre, elle procède par « descente
infinie ». Pour comprendre cette descente infinie, imaginez un nombre
entier N dont la racine carrée est un entier. Imaginez que la racine
carrée de cette racine carrée d’entier soit aussi un entier
et ainsi de suite jusqu’à l’infini. Par exemple, la racine carrée
de 256 est 16, celle de 16 est 4, celle de 4 est 2, et celle de 2 est 1,4142…
un nombre dit irrationnel et non un entier. En partant de 256, et en effectuant
une suite de racines carrées, on finit par obtenir un nombre irrationnel.
Fermat a démontré que pour que a4 + b4= c4 il faut que l’application
d’une telle suite de racines carrées sur les nombres entiers a,
b et c ne permettent jamais d’obtenir autre chose que des nombres entiers.
Or cela n’est possible que pour les nombres 1 et 0 car la racine carrée
de 1 est 1 et la racine carrée de 0 est 0. Donc, dans le cas de
a4 + b4= c4 seule l’égalité 14 + 04= 14 est possible.
L’égalité 24 + 04= 24 n’est pas considérée
car 2 et 0 sont des multiples de 1 et de 0 (1 x 2 = 2 et 0 x 2 = 0) or
si une égalité est vraie, en multipliant chacun de ses termes
par le même nombre, l’égalité qui en résulte
sera vraie. Pour cette raison, on ne considérera que l’expression
simplifiée.
Plusieurs mathématiciens ont pensé que Fermat a dû
faire la démonstration de son énoncé pour quelques
exposants, tels les exposants 3, 4 et 5 avant de généraliser.
Pourtant les mathématiciens ont vite compris que la preuve la plus
difficile à faire concerne les exposants impairs et, pire encore,
les exposants qui sont des nombres premiers. Or, Fermat a laissé
des énoncés concernant les nombres premiers, s’il a généralisé
si facilement, c’est qu’il avait trouvé une façon de les
éliminer rapidement. Cela pouvait être fait s’il avait d’abord
réglé le cas de tous les exposants impairs. Si cette hypothèse
est juste, la preuve qu’il a laissé pour l’exposant 4 est sa conclusion,
la dernière preuve qu’il a conçue et non une preuve parmi
d’autres.
Voici notre hypothèse : Fermat a d’abord compris que les exposants
impairs ne pouvaient satisfaire l’équation an + bn = cn. Par
la suite, il a pu éliminer les exposants pairs qui sont des multiples
de nombres impairs (donc 6, 10, 12, 14, 18,…). Il a réussi cela
par la descente infinie.
Il ne lui restait plus qu’à démontrer l’énoncé
pour les exposants 4, 8, 16, 32,… qui
ne sont pas des multiples de nombres impairs. Afin d’uniformiser le
plus possible sa preuve, il a adapté la descente infinie, déjà
utilisée, à l’exposant 4, ce qui réglait en même
temps le cas des exposants 8, 16, 32,… Si notre hypothèse et juste,
il nous faut trouver d’abord comment il a éliminé les exposants
impairs.
Il était fasciné par le théorème de Pythagore
et il a certainement utilisé ses observations sur les triplets pythagoriciens
(c’est-à-dire sur les nombres a, b et c qui permettent a2 + b2 =
c2, par exemple 32 + 42= 52 car 9 + 16 = 25) pour résoudre
le cas des exposants impairs.
Un autre élément de l’environnement mathématique
de Fermat est celui des logarithmes. Ceux-ci ont été inventés
alors que Fermat n’avait que douze ans. Il ne pouvait les ignorer. Ses
aptitudes en calcul mental nous conduisent à croire qu’il utilisait
certaines représentations mentales des nombres sous la forme de
tracés géométriques. Voici un de ces tracés
qui ne représente pas des logarithmes mais qui permet de comprendre
cette idée. Le premier axe représente la suite des nombres
entiers alors que le second lui fait correspondre les carrés de
ces premiers entiers. C’est ce type d’association entre deux séries
de nombres qui conduit aux logarithmes, lesquels ont conduit à l’invention
de la règle à calcul.
Chaque fois que la somme de deux nombres inscrits sur l’axe y est égale
à un autre nombre inscrit sur l’axe y, la relation de Pythagore
s’applique sur les entiers de l’axe x. Ainsi, sur l’axe y on a
9 + 16 = 25 donc, leurs correspondants sur l’axe x, les nombres 3, 4 et
5 forment un triplet pythagoricien. Remarquez aussi les nombres 36 + 64
= 100 associés au triplet 6, 8, 10. On négligera les triplets
comme ce dernier car 6, 8 et 10 ont un facteur commun : 2. À cause
de cela, il suffit de tenir compte du triplet 3, 4, 5 pour régler
le cas du triplet 6, 8, 10 où 6 ÷ 2 = 3, 8 ÷ 2 = 4
et
10 ÷ 2 = 5.
Voilà donc notre plan d’action :
1. Étudier les triplets pythagoriciens (Mathadore 167).
2. Grâce à cette étude, éliminer les exposants
impairs (Mathadore 168)
3. Régler le cas des exposants pairs (Mathadore169)
Robert Lyons
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