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MATHADORE
Volume 5 Numéro 165 - 7 novembre 2004
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
La résolution de problèmes : une habileté (1).
Le défi de Fermat
Après avoir considéré la
résolution de problèmes en tant que didactique, puis en tant
qu’objet des mathématiques, abordons maintenant la résolution
de problèmes en tant qu’habileté.
Dans les trente dernières années,
nous avons tenté de répondre à un besoin criant en
mathématiques, à savoir, comment aider les élèves
lorsqu’ils doivent résoudre un problème. De nombreuses découvertes
ont été effectuées et le cheminement est loin d’avoir
atteint sa conclusion. Avant de décrire ce qui a été
découvert, je vous propose de tester le processus de résolution
de problèmes que nous proposons en tentant de résoudre un
problème qui a mis en échec les plus brillants mathématiciens
des trois derniers siècles. Nous analyserons par la suite en quoi
notre stratégie ressemble et diffère des stratégies
habituelles de résolution de problèmes que l’école
enseigne et que plusieurs mathématiciens utilisent.
Alors voilà, il y a plus de trois siècles,
Pierre de Fermat s’amusait à défier la communauté
mathématique européenne en lui adressant des énoncés
qu’il affirmait avoir démontrés. Dans les notes qu’il a laissées,
seules deux démonstrations, sur les quelques cent vingt énoncés
qu’il a proposés, ont été retrouvées. Un de
ces énoncés, appelé le dernier théorème
de Fermat, car il a été le dernier à être démontré,
a mystifié les plus grands mathématiciens des trois derniers
siècles. En 1994, après y avoir consacré ses temps
libres pendant les sept années précédentes, Andrew
Wiles, un des plus grands mathématiciens de notre époque,
réussissait à démontrer le théorème.
Sa démonstration occupe cependant cent vingt pages et utilise des
éléments mathématiques récents. Bref, rien
de semblable à ce que Fermat pouvait faire.
Pendant toutes ces années, les mathématiciens
ont mis en doute l’affirmation de Fermat selon laquelle il avait démontré
ce théorème. Frustration, orgueil… J’ai lu plusieurs textes
au sujet des tentatives de démonstration de ce théorème
et il me semble qu’une erreur fondamentale a été commise
par trois siècles de mathématiciens. Voici l’énoncé
du théorème et voici, à mon avis, l’origine de l’erreur.
Habituellement, en mathématiques, la moitié
de la difficulté consiste à comprendre la question. Mais
ici, elle était évidente – prouver qu’il n’y a pas de nombres
entiers x, y et z, solutions de l’équation :
Le problème a l’air simple parce qu’il
se fonde sur un élément mathématique que tout le monde
peut se rappeler, le théorème de Pythagore : « Le carré
de l’hypoténuse d’un triangle rectangle est égal à
la somme des carrés des deux autres côtés, soit
».
(Simon Singh, Le dernier théorème de Fermat, Hachette Littératures,
2002, p.29)
Effectivement, comprendre que la somme de deux
carrés parfaits peut être un carré ( 9
+ 16 = 25, par exemple ) alors qu’il est impossible que la somme de deux
cubes soit un cube et ainsi de suite pour les puissances 4 et suivantes,
jusqu’à l’infini, n’est pas particulièrement difficile. Mais
si nous voulons démontrer cet énoncé et si, comme
Fermat l’affirme, il a résolu ce problème, alors nous avons
avantage à aller au-delà de la stricte compréhension
du texte du problème. Ainsi, il pourrait être important de
comprendre comment travaillait Fermat, qu’elles étaient ses forces,
ses ressources.
Alors voici ce que nous allons tenter de faire.
Dans Mathadore 166, nous allons essayer de comprendre comment travaillait
Fermat et tenter de décoder les indices qu’il nous a laissés.
Bref, nous allons travailler comme des scientifiques ou comme des détectives
plutôt que comme des mathématiciens. Forts de cette compréhension
de l’environnement de Fermat, qui est aussi l’environnement du problème,
nous allons tenter de résoudre ce théorème dans Mathadore
167 et 168. Il faudra cependant éviter d’utiliser des mathématiques
avancées, inconnues de Fermat.
Cette tentative en vue de démontrer le
dernier théorème de Fermat nous servira par la suite à
analyser les stratégies importantes en résolution de problèmes.
Et si nous réussissons – pariez que ce sera le cas – nous aurons
un modèle validé permettant d’enseigner l’art de résoudre
un problème.
La semaine prochaine : l’environnement de Fermat.
Robert Lyons
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