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MATHADORE
Volume 5 Numéro 161 - 10 octobre 2004
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Enseigner par la résolution de problèmes (1).
Les thématiques
Pour qu’un élève construise lui-même ses compétences,
il faut le placer devant des problèmes qui respectent certaines
caractéristiques. Une des plus importantes touche les thèmes
des problèmes utilisés. Il existe fondamentalement deux types
de problèmes, ceux qui exigent la construction d’un nouveau savoir
et ceux qui peuvent être résolus à partir de ce que
l’on sait. Un problème donné en est-il un «d’invention
» ou un « d’application » ? Cela dépend de l’élève
qui doit le résoudre, cela dépend de ce qu’il sait déjà.
Prenons un élève de douze ans qui sait additionner et
soustraire des fractions avec la technique du dénominateur commun.
Proposons-lui d’effectuer la division de fractions :
.
S’il n’a jamais divisé des fractions mais, s’il sait effectuer
12 ÷ 3 et 35 ÷ 7, il fera ces divisions et trouvera la réponse
: 4/5
Si nous lui présentons maintenant où
la division directe n’est plus possible, il réagira d’une des deux
façons suivantes.
1. En plaçant ces fractions sur le même dénominateur
avant de diviser :
.
La division 15 ÷ 15 = 1 est négligée puisque
.
2. En transformant 2/3 progressivement en 6/9 pour
diviser les numérateurs, puis en 30/45 et en effectuant ensuite
:
.
Cet élève n’inventera jamais la multiplication par l’inverse
parce qu’il possède des connaissances qu’il peut utiliser pour solutionner
correctement ce problème, aussi nouveau soit-il pour lui. C’est
un problème d’application. C’est aussi un problème sans aucune
thématique. Les élèves de douze ans connaissent les
fractions et la division, il suffit de poser l’équation à
compléter pour qu’ils se mettent au travail. Inutile de leur raconter
d’histoire.
L’important est donc de placer l’élève dans une situation
qui lui pose un problème réel, un problème qu’il ne
pourra résoudre au moyen de ses savoirs. Ou encore, un problème
tel que sa présentation poussera l’élève à
proposer une nouvelle façon de faire. Dites à l’élève
qu’un demi kilogramme de viande coûte 3 $ et demandez-lui de trouver
le prix d’un kilogramme. Il vous proposera certes de multiplier 3 $ par
2.
Notez d’abord 3 $ ÷ ½ en rappelant que si 2 kilogrammes
de viande coûtent 10 $, il suffit d’effectuer 10 $ ÷ 2 pour
trouver le prix d’un kilogramme. Cette fois, il faut donc diviser 3 $ par
½. Sauf que l’élève a effectué 3 $ x 2 = 6
$, ce qui est adéquat. D’où : 3 $ ÷ ½ = 3 $
x 2 = 6 $. L’élève ayant compris le problème a pu
le résoudre au moyen d’une multiplication alors que tous les problèmes
semblables, portant sur des entiers, étaient résolus auparavant
par une division :
12 $ ÷ 4 = 3 $
12 $ ÷ 3 = 4 $
12 $ ÷ 2 = 6 $
12 $ ÷ ½ = 12 $ x 2 = 24 $
Lorsqu’un problème est posé à l’élève,
s’il en comprend bien les données, si sa perception du travail à
faire est adéquate, il a la possibilité soit d’appliquer
correctement ses savoirs soit d’en construire de nouveaux.
Donc, les thématiques ne sont pas toujours nécessaires
car, face à un problème donné, la culture de l’élève
constitue un environnement thématique extrêmement puissant.
Suffisamment puissant pour le guider ou pour le faire déraper.
Voici un problème que nous posons depuis près de trente
ans : « Une poule qui a 2 pattes est attachée à un
poteau. Une vache qui a 4 pattes est attachée à 2 poteaux.
Combien de pattes aura un cheval attaché à 3 poteaux ? »
Les élèves de cinq, six ou sept ans répondent toujours
4 pattes. À compter de huit ans, et ce jusqu’à treize ans,
si ce problème se trouve dans un examen de mathématiques,
plus de la moitié des élèves répondent 6 pattes.
Certains élèves nous ont déjà écrit
«mathématiquement 6 pattes, logiquement 4 pattes.»
Ces mêmes élèves comprennent-ils le problème
? Oui et non. En fait, ils en comprennent bien les données et la
question, mais ils comprennent surtout qu’il s’agit d’un problème
de mathématiques et qu’ils doivent faire «quelque chose de
mathématique». Et, ils effectuent une règle de trois,
même s’ils ne l’ont jamais apprise à l’école auparavant.
Chose fascinante, si le même texte est inséré dans
un examen de français et qu’on prenne soin d’écrire les nombres
en lettres avant d’ajouter «Question sur le texte» et de poser
la question du problème, on remarque alors que les élèves
répondent que le cheval a quatre pattes.
Bref, plus fort que le thème du problème, il y a la perception
par l’élève du type de travail que l’on attend de lui : «
En maths, il faut calculer, en français il faut comprendre de quoi
on parle!»
Il n’en demeure pas moins que les thèmes sont importants, mais
encore faut-il les choisir avec soin. La semaine prochaine, nous y reviendrons.
Robert Lyons
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