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MATHADORE
Volume 5 Numéro 160 - 3 octobre 2004
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
La résolution de problèmes amochée.
En débutant ce nouveau millénaire,
le Québec s’est doté d’un nouveau programme pour les écoles
primaires. Une des caractéristiques de ce programme est décrite
comme suit :
Cependant, beaucoup d’éléments
du Programme de formation, en particulier ceux qui concernent le développement
des compétences et la maîtrise des savoirs complexes, font
appel à des pratiques basées sur une conception de l’apprentissage
constructiviste. Dans cette perspective, l’apprentissage est considéré
comme un processus dont l’élève est le premier artisan. Il
est favorisé de façon toute particulière par des situations
qui représentent un réel défi pour l’élève,
c’est-à-dire des situations qui entraînent une remise en question
de ses connaissances et de ses représentations personnelles
(programme de formation, page 5).
Voilà pour l’intention, pour le « projet
». Dans les faits cependant, surtout au primaire, les enseignantes
doivent enseigner plusieurs matières en changeant parfois, d’une
année à l’autre, de degré d’enseignement. Il est utopique
de leur demander d’être expertes en enseignement des mathématiques,
du français, des sciences, des arts, … sans qu’elles possèdent
de bons guides d’enseignement écrits par des experts qui ont eux-mêmes,
à plusieurs reprises et dans des contextes fort différents,
animés en classe les diverses activités décrites dans
les guides d’enseignement qu’ils rédigent.
Cela devrait être normal, mais cela est
rarissime. Dans un enseignement explicatif où l’enseignant orchestre
tout ce qui se passe en classe, il est possible de concevoir une séquence
d’enseignement d’explications et d’exercices dans un bureau loin de l’action.
Cette séquence, qui provient surtout de ce que pense l’auteur, correspond
rarement à ce que pense et vit l’élève. En fait, si
un adulte essaie de penser comme un enfant de six ans, sans valider cette
pensée pour chacune des activités qu’il propose, de deux
choses l’une, ou il fait fausse route ou il pense vraiment comme un enfant
et il est douteux qu’il puisse rédiger un guide d’enseignement.
Les enfants ne pensent pas comme nous, leur culture,
leurs perceptions, leurs compétences et leurs savoirs sont différents
des nôtres et ce n’est qu’en travaillant avec eux, en classe, qu’il
est possible de s’approprier leur pensée. Lorsqu’un programme demande
que l’apprentissage soit constructiviste, que l’élève soit
« le premier artisan » de ses apprentissages, il devient impensable
de rédiger des guides d’enseignement sans une solide validation
en classe. Or, cette validation n’a presque jamais lieu. En recevant le
nouveau programme, les maisons d’éditions se sont lancées
à la recherche d’auteurs. Certaines ont retenu les services d’auteurs
ayant déjà rédigé des manuels décrivant
une approche explicative qui est pratiquement l’opposé de l’approche
constructiviste, d’autres ont choisi des auteurs n’ayant trop souvent,
comme les premiers d’ailleurs, aucune expérience avec des élèves
des groupes d’âges pour lesquels ils écrivent. Un échec
assuré !
En approuvant des manuels d’enseignement, le ministère
ne procède à aucune validation sur le terrain, tout le processus
d’approbation est réalisé à partir de la lecture de
parties des guides et manuels et en remplissant une grille d’analyse. Bref,
dans la majorité des cas, ces manuels, qui doivent placer l’élève
au centre de l’apprentissage, sont conçus et analysés de
façon théorique sans que des élèves soient
impliqués.
Il est plus que temps que l’enseignement devienne
une science, une science qui procède par expérimentation
et non par spéculation. Jamais nous n’arriverons à permettre
à l’élève d’occuper la place centrale en apprentissage
s’il ne fait pas partie du décor des auteurs de manuels scolaires.
Il faut des années de recherches en classe
pour comprendre comment présenter des situations d’apprentissage
qui permettent à l’élève d’être l’artisan de
ses apprentissages. Tant que des guides et des manuels d’enseignement non
validés sérieusement seront utilisés par des enseignantes,
aussi compétentes soient-elles, les élèves, les enseignantes
et les parents seront perdants.
Il ne faut pas se leurrer, les manuels que les
élèves utilisent chaque jour en classe, les manuels qui constituent
le lien quotidien le plus fort entre l’école et la maison, ont un
rôle majeur dans l’apprentissage de l’élève. Il y a
de cela plusieurs années, alors que nous connaissions assez bien
l’ensemble des manuels utilisés au Québec au primaire, il
nous était possible, en observant les difficultés d’apprentissage
d’un élève, d’identifier les manuels avec lesquels il avait
étudié tout au long de son cours primaire. Impossible par
contre d’identifier qui lui avait enseigné et dans quel milieu socioculturel
il vivait.
Un programme de formation bien conçu doit
apporter un grand soin aux outils de travail de l’enseignante et des élèves,
sans cela, ses orientations demeureront… des projets.
La semaine prochaine : Caractéristiques
d’un enseignement en résolution de problèmes.
Robert Lyons
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