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MATHADORE
Volume 4 Numéro 158 - 19 septembre 2004
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Mathadore : le livre.
Depuis plusieurs années, les lecteurs de
Mathadore nous demandent de publier un volume reprenant et approfondissant
les sujets abordés dans les lettres de Mathadore. Nous avons donc
décidé de publier d’abord ce volume en ligne, semaine après
semaine.
Dans ce volume, nous tenterons d’expliquer pourquoi
tant d’élèves ont des difficultés en mathématiques.
En fait, il ne s’agit pas d’un grand défi à relever, puisque
c’est l’inverse qui est presque incompréhensible, c’est-à-dire
tenter d’expliquer comment, malgré tout, des élèves
réussissent en mathématiques.
Nos recherches, étalées sur trente
années, nous ont révélé que les difficultés
d’apprentissages en mathématiques sont présentes de la même
façon autant dans les milieux dits « défavorisés
» que dans les milieux plus privilégiés. Un élève
peut être en difficulté en mathématiques même
si un de ses parents est millionnaire, ministre ou professeur de mathématiques.
Par ailleurs, certaines difficultés existent
chez les élèves, dès la fin du primaire et ne sont
pas réglées chez les adultes, certains étant même
docteurs en mathématiques. Il est habituellement très facile
de retracer les sources de ces difficultés dans les programmes d’études
et dans les manuels scolaires. Il est possible, en consultant un manuel
scolaire, de prédire quelles seront les difficultés d’apprentissage
que vivront plus tard les élèves qui utilisent ce manuel,
car, ce n’est souvent que deux ou même cinq années plus tard
que les difficultés apparaîtront. Inversement, il est souvent
possible, en constatant un ensemble de difficultés d’un élève,
d’identifier avec quels manuels il a étudié et ce, indépendamment
des enseignantes avec qui il a travaillé, des heures d’études
qu’il a fournies et du support qu’il a reçu de ses parents.
Les préjugés sont importants lorsque
certains «pédagogues» tentent de résoudre ou
d’éviter les difficultés courantes. Une des grandes erreurs
étant que les programmes sont trop chargés, qu’il faut aller
moins vite. Et pourtant, l’élève de six ans apprend à
solutionner 3 + ? = 5 et ne devra tenter de résoudre 3 + x = 5 que
six ans plus tard. Doit-on aller encore plus lentement ? En fait, c’est
en allant plus vite et plus loin que l’on favorise l’apprentissage. Ainsi,
nous avons rencontré de nombreux élèves de treize
ans qui ne savaient quoi faire devant une équation aussi simple
que 3 + x = 5. Un d’entre eux nous ayant même
dit «Je sais que x n’est pas égal à 2, mais je ne vois
pas à quel autre nombre il peut correspondre». Par la suite
il nous a expliqué qu’il pensait de cette façon parce que
si x était égal à 2, il aurait été capable
de résoudre cette équation à six ans. Or, comme ce
«nouveau concept» ne lui avait été présenté
qu’à l’âge de douze ans, il fallait que ce soit plus difficile,
que la réponse soit différente.
Et que penser de ces élèves qui
répondent six mètres à la question suivante : Si une
corde mesure 2 mètres à une heure, quelle sera sa longueur
à 3 heures ? Ce qu’il y a de fascinant, c’est qu’à six ans,
les élèves répondent toujours deux mètres,
deux ans plus tard et ce, souvent, jusqu’à l’âge de douze
ou de treize ans, ils répondent six mètres. Il nous aura
fallu environ deux années pour leur faire dissocier les mathématiques
de l’environnement. Il existe cependant des exceptions : si les élèves
ont des difficultés en mathématiques, ils persistent habituellement,
même après l’âge de huit ans, à croire que les
cordes ne s’étirent pas avec le temps qui passe. Mais, ces élèves
ne comprennent rien aux mathématiques. Enfin, c’est ce qu’on dit.
Comment se fait-il que plusieurs adultes croient
sincèrement que la multiplication est une addition répétée
et calculent malgré cela, sans sourciller, que ½ x ½
= ¼ ? Comment se fait-il que peu d’adultes ont conscience qu’ils
appliquent au moins vingt fois par jour la loi des signes – deux signes
semblables donnent un plus, deux signes différents donnent un moins
–? Comment se fait-il que les enfants de cinq ans utilisent couramment
et correctement cette loi ? Ces enfants qui, sept ans plus tard, diront
ne rien comprendre à une loi qu’ils maîtrisent depuis au moins
sept ans. Comment se fait-il que l’on reproche aux élèves
d’être incapables de transférer leurs connaissances alors
que les programmes d’études et les manuels sont remplis de contradictions
?
Nous verrons donc pourquoi les difficultés
d’apprentissage existent en mathématiques. Nous verrons qu’elles
ne dépendent ni des enfants, ni des parents, ni des enseignants.
Nous verrons qu’il est facile d’éliminer la majorité de ces
difficultés chez tous les élèves de façon simple
et validée durant les trente dernières années auprès
de centaines de milliers d’élèves. Bref, le succès
en mathématiques n’est pas une utopie, la bosse des maths en est
une cependant.
La semaine prochaine, nous décoderons ce
qui se cache derrière une expression incontournable en enseignement
des mathématiques : La résolution de problèmes.
Robert Lyons
N’hésitez pas à nous faire part
de vos commentaires, de vos questions, de vos suggestions.
Excellente semaine.
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