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MATHADORE
Volume 4 Numéro 156 - 23 mai 2004
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
V’là les examens ! Et alors ?
Vous devrez peut-être administrer bientôt
à vos élèves des examens de fin d’année provenant
de votre commission scolaire ou du ministère. Pas de panique ! Il
vous reste un mois de classe, ne le gâchez pas en révisant
en vue des examens, ce serait un malheureux bourrage de crâne, un
exercice pénible et inutile pour vous et pour vos élèves.
Quand j’ai commencé à enseigner,
le ministère expédiait à la fin de l’année
divers tests pour les élèves qui terminaient le primaire.
Notre directrice d’école avait collectionné les tests des
dix ou quinze dernières années et nous incitait fortement
à consacrer le dernier mois à administrer ces tests aux élèves
afin de les préparer aux examens du MEQ. Mes deux collègues
le faisaient par conviction. En ce qui me concerne, je ne regardais même
pas ces examens et mes élèves n’avaient à passer que
les tests que le MEQ proposait pour l’année en cours. Et nous profitions
du dernier mois de classe pour continuer le travail de l’année sans
penser aux examens.
Vous voulez savoir comment mes élèves
s’en tiraient ? Aussi bien que ceux des autres classes! Cela était
assez surprenant car, au moment du classement, on me donnait plus que ma
part d’élèves ayant des problèmes académiques
et des problèmes de comportement. Voilà les tests !
Et alors ?
Vous savez, je rêve du jour où les
tests de fin d’année seront passés trois mois plus tard,
en septembre. Par exemple, le test de fin de première année
serait passé par les élèves lorsqu’ils débuteraient
leur deuxième année. Les résultats seraient probablement
plus faibles dans les tests portant sur les connaissances et sur l’efficacité
technique, mais, en raisonnement et surtout en compréhension, les
résultats pourraient être meilleurs.
Cela vous surprend ? Et pourtant, il est normal
que la mémoire soit prise en défaut en septembre, ce qui
affecte les tests portant sur les connaissances. Il est aussi normal que
l’absence de pratique diminue les résultats des élèves
dans les tests sur les processus techniques. Par contre, la maturation
du cerveau et les expériences de vie n’arrêtent pas durant
les vacances, ce qui devrait aider le raisonnement et la compréhension.
Ce qui précède n’est pas que de la théorie, il y a
une vingtaine d’années, deux expériences semblaient le démontrer.
Il faudrait les refaire, car la distinction entre les diverses compétences
et les moyens pour les évaluer n’étaient pas les mêmes
qu’actuellement.
Mais supposons qu’en repoussant les tests en septembre,
les résultats soient plus faibles, voir même catastrophiques,
qu’est-ce que cela changerait ? Beaucoup de choses ! Les enseignants, qui
recevraient les élèves en septembre, auraient une meilleure
idée de la valeur réelle de ceux-ci. Cela leur permettrait
de savoir ce qui devrait être révisé et ce sur quoi
ils pourraient construire la suite des apprentissages.
Peut-être aussi qu’en administrant les tests
en septembre, les enseignants seraient moins stressés que ce que
l’on voit actuellement. Peut-être que ce stress ne pèserait
pas aussi sur les épaules des élèves. Peut-être
aussi que les profs qui administreraient ces tests espéreraient
que les résultats de leurs élèves reflètent
les compétences minimales acquises au lieu de refléter les
compétences maximales.
En fait, si vous avez enseigné à
des élèves pendant une année, il est humain de considérer
que les tests qui leur sont administrés, fin juin, évaluent
aussi votre travail. Il est normal que ces tests vous stressent. Il est
normal que vous soyez tenté d’aider vos élèves au
moment du test. Je ne parle pas de tricher, je pense à ces regards
très évocateurs adressés à un élève
qui pose une question pendant un test ou qui a écrit une réponse
décevante. Je pense simplement que nous sommes humains et, étant
donné ce qu’implique parfois un test de fin d’année pour
un élève, nous essayons de nous assurer que ses résultats
le montrent à son meilleur.
Mais, si le test est passé en septembre,
comme enseignant, nous voyons les choses différemment, nous ne voulons
pas que nos élèves soient surévalués. Au contraire,
nous préférons qu’ils soient évalués correctement
ou même légèrement sous-évalués. De cette
façon, notre travail risque d’être mieux ajusté. Et
pour les élèves, comme ces tests ne peuvent pas servir à
décider de leur promotion, pour eux aussi, cela devient moins stressant.
D’accord, mais comment décider de la promotion
si les tests de fin d’année disparaissent ? Parlons franchement,
est-ce que nous avons vraiment besoin des tests de fin d’année pour
décider de la promotion de tel ou tel élève ? Si,
après dix mois de travail avec nos élèves, nous ne
savons pas quels sont ceux qui ont des lacunes qui les empêchent
de passer au degré supérieur, nous avons un sérieux
problème. Il nous faut rapidement apprendre à identifier
les comportements des élèves qui, pendant l’apprentissage,
manifestent leur valeur réelle. Et, de grâce, ne me parlez
pas de profs qui pourraient être trop ou pas assez exigeants car,
en corrigeant les tests, ils travailleront de la même façon.
Finalement, les fameux tests de fin d’année
sont utiles pour quelqu’un qui ne connaît pas les élèves,
pour quelqu’un qui les reçoit en septembre et non pour quelqu’un
qui travaille avec eux depuis un an.
Par contre, juger de la promotion d’un élève
en accordant plus d’importance aux résultats des tests de fin d’année
qu’à l’ensemble des observations effectuées pendant l’année
est inacceptable. C’est injuste pour l’élève qui risque beaucoup
trop en quelques jours pendant lesquels il ne sera pas nécessairement
en excellente forme. C’est de plus méprisant pour les enseignantes
et pour les enseignants qui, en général, évaluent
fort bien leurs élèves sans avoir à recourir à
tous ces tests, simplement en étant à l’écoute pendant
l’apprentissage et en corrigeant les travaux qu’ils leur donnent régulièrement.
Oui mais, il y a l’administration scolaire, celle
de l’école, celle de la commission scolaire, celle du ministère,
qui veulent évaluer l’enseignement reçu ! Qu’elles le fassent
en septembre ! Le portrait sera plus fidèle. Et puis, au service
de qui doit être l’enseignement ? Au service de l’élève
ou au service de l’administration ?
Robert Lyons
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