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MATHADORE
Volume 4 Numéro 152 - 25 avril 2004
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Enseigner et évaluer
Les visées des réformes sont habituellement
réduites lorsqu’elles sont confrontées à l’évaluation.
La réforme actuelle, que nous vivons au Québec, est fort
ambitieuse et fort souhaitable. Cependant, depuis quatre années
déjà, il est clair que l’évaluation représente
un boulet qui ralentit tout le personnel. Il est pourtant possible de briser
nos chaînes.
Le nouveau programme est axé sur l’apprentissage
alors que le programme précédent était axé
sur l’évaluation. Le programme précédent, lequel a
sévi durant plus de vingt ans ( de 1980 à 2001 et plus )
a fait reculer l’enseignement justement parce qu’il était axé
d’abord et avant tout sur l’évaluation. Si nous ne voulons pas que
ce piétinement se prolonge, il faut regarder le programme actuel
de façon différente.
Il faut d’abord tenir compte de l’apprentissage
où l’on se soucie de placer l’élève dans des conditions
optimales qui favorisent son développement. En second lieu, il faut
considérer l’évaluation orientée vers les accomplissements
de l’élève. Enfin, et parallèlement, il faut tenir
compte de l’évaluation qui se préoccupe des façons
d’apprendre de l’élève, celle qui nous permet de savoir si
l’élève a bien été placé dans les meilleures
conditions au moment où il devait apprendre.
En évaluation, le bulletin décrit
les accomplissements de l’élève sans tenir compte des conditions
d’apprentissage. Il en résulte que celui-ci permet peu de connaître
et de comprendre les causes de difficultés de l’élève.
Les bulletins, dits descriptifs, ont tenté, sans succès véritable,
d’éclairer à la fois sur les accomplissements et sur les
façons d’apprendre. La réforme actuelle ne baisse pas les
bras face à cette visée louable et, pour cette raison, elle
valorise l’utilisation d’un portfolio. Il reste que le bulletin est le
document officiel, celui qui suit le plus l’élève. Il y a
donc lieu de concevoir un bulletin qui permette de mieux connaître
l’élève et son cheminement.
Lorsque nous regardons le programme, il faut observer
ce qu’il prescrit en tant que savoirs essentiels et surtout en tant que
conditions d’apprentissage. Les compétences du programme, axé
rappelons-le, pour la première fois, sur la description des conditions
d’apprentissage insistent sur ce qui suit.
Compétence 1 : Résoudre une situation-problème
mathématique
Le programme est très clair, il demande
d’utiliser une approche constructiviste c’est-à-dire de placer l’élève
dans des situations telles qu’il construit lui-même ses apprentissages.
Ces situations doivent être « contextualisées
», c’est-à-dire qu’elles placent l’élève dans
un environnement qu’il peut facilement appréhender globalement.
Il faut aussi que cet enseignement soit pertinent eu égard au concept
que l’élève doit développer.
Compétence 2 : Raisonner à l’aide
de concepts et de processus mathématiques
La seconde compétence évoque ces
concepts et processus mathématiques tout en prescrivant qu’il ne
suffit pas de les connaître et de les exécuter correctement,
mais qu’il s’agit aussi d’être capable d’en démontrer la valeur
et de les gérer correctement durant l’apprentissage.
Compétence 3 : Communiquer à
l’aide du langage mathématique
La troisième compétence rappelle
qu’il faut insister, tout au long du processus d’apprentissage, sur la
terminologie et les symboles utilisés afin de rendre la communication
de ses idées, de ses recherches et de son travail précise.
Voilà pour l’apprentissage : un contexte
réaliste à partir duquel l’élève construit
lui-même ses savoirs sur des bases solides, parce que raisonnées,
tout en utilisant progressivement le langage propre aux mathématiques.
Qu’en est-il de l’évaluation ? Celle qui
se préoccupe des accomplissements de l’élève détermine
s’il est vraiment compétent. Elle se préoccupe d’abord de
la compréhension, c’est-à-dire qu’elle essaie de déterminer
si l’élève associe les mathématiques à des
situations bien réelles de son environnement. Dans une situation
donnée, l’élève perçoit, par exemple, qu’il
doit effectuer quelques mesures. Il comprend la nature de ces mesures (
longueur, temps, température… ), il choisit l’instrument et l’unité
de mesure pertinents.
Ce type d’évaluation se préoccupe
ensuite du raisonnement. Est-ce que l’élève peut structurer
sa démarche, peut-il en justifier les étapes ? Peut-il justifier
la structure de ses outils de travail ? Est-ce qu’il vérifie son
travail en s’assurant du respect des données du problème,
est-ce qu’il a bien effectué les mesures prévues, est-ce
qu’il en a validé les résultats ?
En effectuant le travail décrit précédemment,
l’élève a-t-il utilisé correctement les instruments
mathématiques. L’élève a-t-il été soucieux
de précision ? S’est-il exécuté dans un temps raisonnable
? Enfin, l’élève connaît-il les termes et les symboles
mathématiques utiles à une communication précise.
L’évaluation, qui vise à déterminer
le degré de compétence acquis par l’élève,
se préoccupe donc de compréhension, de raisonnement, d’efficacité
technique et de communication efficace. Il s’agit de quatre domaines bien
distincts qui permettent de juger si l’élève est compétent
ou non.
En lisant les échelons d’évaluation
publiés par le MEQ, on observe :
1. L’élève démontre sa compréhension
de… ( 10 fois )
2. L’élève communique… ( 10 fois
).
De plus, en décrivant la seconde compétence
(Raisonner à l’aide de concepts et de processus mathématiques.)
ce document précise ces concepts et processus et, en introduction,
il rappelle que l’élève ne doit pas seulement être
capable de les utiliser correctement, mais qu’il doit être capable
de les justifier.
Il est donc très clair qu’au moment d’évaluer
les élèves, il faut regarder les compétences du programme
sous un angle différent de celui qui permet de l’interpréter
en pensant au contexte d’apprentissage. Il est aussi clair, qu’en évaluation,
il faut observer les compétences séparément alors
qu’en apprentissage, les compétences sont enchevêtrées
les unes dans les autres. En apprentissage, le raisonnement fait partie
de la résolution de problèmes alors qu’en évaluation,
la compréhension se distingue du raisonnement.
En plus de témoigner des divers accomplissements
de l’élève, le bulletin devrait aussi permettre d’identifier
ses façons d’apprendre. C’est possible, c’est même très
simple. Nous y reviendrons dans Mathadore 154.
Robert Lyons
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