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MATHADORE
Volume 4 Numéro 138 - 11 janvier 2004
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Résolution de problèmes et folie.
La résolution de problèmes est à la mode. Afin
d’être considéré compétent, il vaut mieux glisser
l’expression « résolution de problèmes » dans
une phrase sur trois. De cette façon, la résolution de problèmes
est servie, comme les spaghettis, à toutes les sauces et parfois,
il y a tellement de sauce qu’on doit chercher les spaghettis.
Pour les uns, la résolution de problèmes est l’objet même
des mathématiques, leur raison d’être, leur origine. Pour
d’autres, la résolution de problèmes représente une
façon d’apprendre nettement supérieure à l’apprentissage
par explication ou par exercices répétitifs. La résolution
de problèmes est aussi perçue comme cette étape qui
vient à la fin de l’apprentissage durant laquelle l’élève
applique ce qu’il a appris précédemment par explications
et répétitions. Il y a enfin la résolution de problèmes
associée aux maths thématiques, c’est ici que l’on utilise
le plus de sauce et la variété de saveurs de cette sauce
n’est limitée que par l’imagination de son cuisinier. Et le spaghetti
? Oui, il y en a. Un peu, très peu en fait et, le plus souvent,
son goût jure avec la sauce du jour. Spaghetti au caramel, aux fraises…
Malheureusement, avec la conception de travail en projet, laquelle est
très favorable à de nombreux apprentissages disciplinaires
et transversaux, il est très fréquent que le sens des mathématiques
soit perdu.
Durant les années quatre-vingt, au Québec, un mouvement
très répandu réduisait les mathématiques à
un langage. Certes, les mathématiques ont, pour évoluer,
dû se traduire par un langage précis, efficace et univoque.
Ces contraintes sont loin d’être celles qui prévalent en français
où la variété des types de communications oriente
différemment les objectifs du langage.
Dans les années quatre-vingt, comme dans les années soixante-dix,
et encore maintenant, il est clair que le curriculum est conçu afin
de favoriser l’apprentissage du français. Avant le programme de
1980, les programmes favorisaient surtout l’apprentissage de la religion.
Bref, on accorde aux mathématiques moins d’importance qu’au français.
Soit, mais il faudrait cesser d’encadrer la didactique des mathématiques
avec des normes qui nuisent à l’apprentissage de cette discipline.
L’apprentissage par projet constitue un excellent outil de motivation
et un outil fort pertinent au moment d’apprendre le français, l’histoire,
la géographie, les arts, la morale, la religion et même les
sciences. Par contre l’éducation physique et les mathématiques
sont généralement mal servies par les projets qui englobent
diverses matières.
On imagine mal un enseignant d’éducation physique qui entoure
d’une thématique chaque mouvement ou chaque sport qu’il enseigne
aux élèves. Les élèves ont besoin de bouger,
ce besoin, tout leur corps le leur rappelle sans cesse alors, leur faire
perdre une partie du temps où ils peuvent bouger en leur racontant
des histoires…
La situation est semblable en mathématiques. Si nous comprenons
que les mathématiques ont été conçues afin
de nous permettre de résoudre divers problèmes biens réels,
lesquels problèmes posent un défi à notre compréhension
de l’environnement, alors, les mathématiques doivent parfois être
liées à des thématiques et parfois à des contextes
purement ludiques.
Les contextes entourant l’apprentissage des mathématiques doivent
être similaires à ceux qui ont permis de les inventer, d’où
l’importance de connaître et de comprendre l’histoire des mathématiques.
Il est aussi fréquent que l’apprentissage des mathématiques
doivent être dépouillé de tout contexte. Pensez au
cube de Rubik, aux jeux Mastermind, Battleship, aux jeux d’Échecs
ou de Dames et à de nombreux jeux de cartes. Il s’agit d’activités
dans lesquelles de nombreuses compétences mathématiques sont
développées et sollicitées. Oubliez les thématiques
motivantes ou non, en eux-mêmes ces jeux trouvent toute leur motivation.
Malheureusement la mode de l’enseignement des maths thématiques,
qui a fait de nombreux ravages durant les vingt dernières années
du siècle précédent, revient en force avec l’enseignement
par projets et ce, même si le nouveau programme stipule : «
… chaque discipline est porteuse de culture tant par son histoire que par
les questionnements particuliers qu’elle suscite. Aussi importe-t-il que
l’élève comprenne l’origine des disciplines enseignées,
les problématiques qu’elles abordent, les types de questions auxquelles
elles s’efforcent de répondre et les démarches qu’elles utilisent
afin de pouvoir s’y référer à bon escient. »
( page 4 ) Il est donc clair que le nouveau programme préconise
des apprentissages entourés de situations problèmes pertinentes
qui ne dénaturent pas la discipline visée.
Malgré cela, plusieurs hurluberlus sacrifient la raison d’être
des mathématiques sur l’autel des projets et des examens thématiques.
En voici un exemple bien réel. Il s’agit de problèmes tirés
d’un examen auquel des élèves ont été soumis
à la fin de leur secondaire I ( treize ans ).
Tout l’examen se déroule sous le thème de la colonie de
vacances de St-Alphonse-de-Rodriquez. Voici quelques questions ou quelques
extraits de cet exercice de démence profonde présenté
comme un examen de mathématiques.
Épreuve 9
Depuis l’ouverture du camp de vacances en 1990, les propriétaires
nous informent qu’il est venu ( 8 x 104 + 3x102 + 5x101 + 7 x 100) campeurs…
Épreuve 12
Pour ouvrir le coffre contenant le trésor, tu dois trouver la
combinaison d’un cadenas à numéro. Calcule chacune des expressions
correspondant à un numéro de la combinaison.
Départ
Épreuve 17
La course en forêt
… Ainsi, les filles et les garçons suivront des tracés
différents :
Les filles : ( Angles adjacents – Bissectrice – Angles complémentaires
)
Les garçons : ( Angles adjacents – Angles adjacents complémentaires
– Obtusangle – Bissectrice )
Observe bien les tracés et identifie lequel est celui des filles
et lequel est celui des garçons.
Et voici le chef-d’œuvre.
Épreuve 3
Les salles de toilette
Les salles de toilette sont identifiées par des demi-droites
ou des segments. Ainsi, les filles diront : je vais à la médiatrice
et les garçons diront : je vais à la hauteur. Identifie laquelle
des portes représente les salles de toilette des filles et des garçons.
N’oublie pas de justifier tes choix en utilisant le vocabulaire mathématique
adéquat.
Des propriétaires d’un camp de vacances qui calculent le nombre
de leurs campeurs en utilisant les exposants, des cadenas à numéros
qui n’ont rien à voir avec les cadenas que l’on retrouve sur le
marché, des parcours en forêt dont le but évident est
de perdre définitivement de nombreux campeurs – C’est vrai que s’il
vous faut utiliser les exposants pour les dénombrer, vous en avez
probablement beaucoup trop. – et enfin des toilettes identifiées
par des médiatrices et des hauteurs. Comment faire croire aux élèves
que les mathématiques sont utiles et pertinentes ? Qui va mettre
un frein à cette folie ?
En passant, à plusieurs reprises, en tentant de répondre
aux questions du test, de nombreux élèves se sont exclamés:
« Mais de quoi est-ce qu’ils parlent ? »
Robert Lyons
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