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MATHADORE
Volume 4 Numéro 132 - 9 novembre 2003
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Du général
au particulier
Mathadore 130 évoquait comment les programmes
de mathématiques, en demandant d’abord l’étude d’applications
non généralisables, préparent les difficultés
d’apprentissage les plus nombreuses et les plus persistantes. De plus,
les séquences utilisées conduisent à une perte de
sens donc à une compréhension de plus en plus faible.
En effet, apprendre que la multiplication est
une addition répétée confère au départ
un certain sens à la multiplication, un sens indélébile
dans l’esprit de l’élève, une «compréhension»
qui lui nuira plus tard au moment d’aborder
des multiplications telles ½ x ½ = ¼ ou
encore (-3) x (-4) = 12.
La difficulté, pour qui rédige un
programme, réside dans le fait qu’on ne peut apprendre un concept
sans une concrétisation simple, sans un exemple, sans l’étude
de cas particuliers. Idéalement, il faudrait trouver un cas particulier
qui puisse se transformer en un schéma ou en une image mentale capable
d’illustrer toutes les applications de ce concept. Par la suite, ces applications
seraient étudiées et associées au schéma général.
En agissant ainsi, le sens premier du concept s’en trouverait renforcé
avec l’étude de chaque nouvelle application.
Cet idéal est certes à notre portée,
du moins pour les concepts où la perte de sens est la plus évidente,
c’est-à-dire les fonctions arithmétiques et l’égalité.
Il existe en effet trois applications bien connues qui permettent d’illustrer
adéquatement l’égalité, la fonction additive ( addition-soustraction)
et la fonction multiplicative (multiplication-division).
Commençons par l’égalité.
Elle exprime une identité qui est habituellement notée de
deux façons différentes. La balance à plateaux illustre
bien l’égalité et l’inégalité. Ce ne sont pas
les mêmes objets qui sont dans les plateaux mais, si ceux-ci sont
en équilibre, la masse de ces objets est identique. Sous les notations
«vingt», «20», «XX», «4 x 5»
ou « 30 – 10 » se cache une quantité identique que l’égalité
peut exprimer.
Prenons une égalité simple : 3 +
2 = 5.
Cette égalité exprime que la somme
de 3 et de 2 est identique à 5, mais elle exprime aussi que la différence
entre 3 et 5 est 2 ou encore que la différence entre 2 et 5 est
3. Pour cette raison, 3 + 2 = 5 peut être transformée en 3
= 5 – 2 ou en 5 – 3 = 2, entre autres. Toutes ces égalités
expriment que les nombres 2, 3 et 5 sont liés entre elles d’une
certaine façon, par un lien dit « additif ».
Si nous voyons dans 3 + 2 = 5 le fait qu’ajouter 2 à 3 conduit à
obtenir 5, nous comprenons en même temps qu’en enlevant 2 à
5, nous obtenons 3.
Dans le problème «J’avais 5 pommes,
j’en mange 3, combien ai-je de pommes maintenant ?», l’élève
doit certes trouver 2 pommes comme réponse. S’il doit l’exprimer
au moyen d’une égalité, les égalités 5 – 3
= 2, 5 – 2 = 3 et même
3 + 2 = 5 sont toutes aussi valables. C’est lorsque
nous confinons l’égalité au sens d’une histoire que nous
rejetons les deux dernières qui ne sont pas fidèles à
l’histoire du problème mais qui respectent le sens réel de
l’égalité et qui expriment correctement les liens qui unissent
les nombres 2, 3 et 5.
Laisser croire aux élèves que l’égalité
représente une histoire les conduit à rédiger des
«égalités» telle 3 + 2 = 5 + 1 = 6 ( J’avais
3 billes, j’en ai trouvé 2, donc j’en avais alors 5. Puis j’en ai
trouvé une autre, donc j’en ai maintenant 6.) et à rejeter
l’égalité 3 + 2 = 4 + 1 puisque 3 + 2 n’est pas égal
à 4, mais à 5. Bref, cette vision restrictive de l’égalité,
qui consiste à croire qu’à gauche du signe = on écrit
l’histoire et à droite, le résultat, prépare à
de nombreuses difficultés qui se manifesteront lorsqu’en algèbre,
l’élève devra transformer x + 5 = 8 en 8 – 5 = x. Est-ce
que j’en avais x et que j’en ai ajouté 5 ou est-ce que j’en avais
8 et que j’en ai enlevé 5 ? Quelle histoire choisir ? Est-ce le
même problème ?
En français, l’identité s’exprime
par le verbe être. Cela signifie que l’égalité peut
être interprétée avec le verbe être. Prenons
3 x 2 = 6. Nous pouvons en tirer diverses conclusions :
- 6 est le double de 3 ou 3 est la moitié
de 6 ;
- 6 est le triple de 2 ou 2 est le tiers de 6
;
- 6 est le produit de 2 et 3.
Les égalités 6 ÷ 3 = 2 et
6 ÷ 2 = 3 peuvent aussi être interprétées de
la même façon relevant que les nombres 2, 3 et 6 sont liés
par la fonction multiplicative. Toutes ces égalités sont
équivalentes de la même façon que les expressions mentionnées
précédemment ont le même sens, ce sont des expressions
synonymes.
À la lumière de cette perception
de l’égalité, interprétons certaines égalités.
a) 6$ ÷ 3 = 2$ : 6$ est le triple de 2$
( Préférable à 6$ partagés en 3 est égal
à 2$ - sens de partage.).
b) 6$ ÷ 2$ = 3 : 6$ est le triple de 2$
( Préférable à il y a 3 fois 2$ dans 6$ - sens de
mesure.).
c) 1$ ÷ ½ = 2$ : 1$ est la moitié
de 2$ ( 1$ partagé en ½ est égal à 2$ ! ?).
d) 6$ ÷ (-1) = -6$ : posséder 6$
est l’opposé de devoir 6$ ( 6$ partagés en «moins 1»
est égal à –6$ ! ?).
e) 6m² ÷ 3m = 2m : 6m² est l’aire
d’un rectangle de 2m sur 3m ( 6m² partagés en 3 mètres
parties donneraient 2 mètres par partie ! ? ou encore il y a 3 mètres
fois 2 mètres dans 6m² ! ?).
Voir dans l’égalité une identité
permet d’interpréter toutes les égalités et les inégalités.
De plus, cela permet de comprendre les procédures qui transforment
une égalité ou une équation en une égalité
ou une équation équivalente. Ainsi, les équations
3 + x = 5 et 5 – 3 = x expriment toutes deux que x est la différence
entre 3 et 5. Elles sont donc strictement équivalentes et nous sommes
justifiés de remplacer l’une par l’autre selon nos besoins.
Mathadore 134 vous présentera une façon
d’illustrer la fonction multiplicative, façon qui peut servir à
construire une image mentale générale s’appliquant à
toutes les multiplications et à toutes les divisions.
Robert Lyons
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