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MATHADORE
Volume 4 Numéro 130 - 26 octobre 2003
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Perpétuel recommencement
= incertitude continuelle
Il semble que les auteurs de programmes scolaires aient de la difficulté
à prendre leurs distances par rapport aux programmes du passé.
On comprend facilement qu’il y a trois ou quatre siècles, alors
que la société avait besoin d’un minimum de gens instruits,
l’essentiel de l’effort des écoles se soit porté, en mathématiques,
sur l’enseignement des entiers naturels et des opérations sur ces
entiers.
On comprend aussi qu’avec le temps il soit d’abord devenu nécessaire
d’ajouter l’enseignement des fractions, des nombres décimaux et
du pourcentage. Avec l’introduction des sciences, il était
normal ensuite d’ajouter l’enseignement des relatifs et de l’algèbre.
En regardant ces divers ajouts, on se rend compte qu’ils étaient
accompagnés d’une augmentation des années de scolarité.
Règle générale, chaque ajout de nouveaux éléments
au programme s’est fait de sorte que cet ajout soit étudié
à la suite de ce qui était déjà en place. C’est
un peu comme si, sur une maison d’un étage, et prévue pour
demeurer ainsi, on avait successivement ajouté de nouveaux étages
et ce, sans modifier l’entrée électrique et l’entrée
d’eau.
Avec le recul que nous avons maintenant, il est facile de voir que cette
progression n’est pas la meilleure. En guise d’exemple, considérons
les additions suivantes :
* 3 + 2 = 5
* 3 dizaines + 2 dizaines = 5 dizaines
* 3 cinquièmes + 2 cinquièmes = 5 cinquièmes
* 3x + 2x = 5x
* 3x2y + 2x2y = 5x2y
* (-3) + (-2) = (-5)
Les programmes scolaires ont espacé de telles additions de plusieurs
mois et années. Il en résulte que les élèves
n’établissent que peu de liens entre ces additions et, lorsque de
nouveaux types de nombres leur sont présentés ( fractions,
relatifs,…), ils repartent presque à zéro.
Pensez à tous ces élèves qui paniquent en algèbre,
pensez à tous ces adultes convaincus qu’ils n’y ont jamais rien
compris. Et pourtant, quelle différence y a-t-il entre 3 + __ =
5 et 3 + x = 5 et entre 3 dizaines + 2 dizaines = 5 dizaines et
3x + 2x = 5x ?
Le fait de ne pas établir de liens entre les divers types de
nombres conduit l’élève à considérer que les
algorithmes utilisés pour additionner des entiers sont différents
de ceux utilisés avec les fractions ou avec les nombres algébriques.
Et, en ce qui concerne les algorithmes, il se trouve plongé dans
un perpétuel recommencement.
Cette perception est accentuée par le sens qu’il accorde aux
opérations. Les analogies utilisées pour lui apprendre la
division, par exemple, se transforment avec les années de la façon
suivante :
1. Avec les nombres naturels ( 1, 2, 3,…) :
a) Diviser c’est partager : 6 $ ÷ 2 = 3 $ ;
b) Diviser c’est mesurer : 6 $ ÷ 2 $ = 3 ;
c) Diviser c’est soustraire à répétition. ( Ce
qui est en fait équivalent à mesurer. )
2. Avec les fractions :
Diviser c’est mesurer : 6 $ ÷ ½ $ = 12.
Et pour 6 $ ÷ ½ = 12 $ ? Ce n’est ni un partage ni une
mesure ! En fait, de telles divisions ont été soigneusement
évitées dans les volumes. Malheureusement, le sens de partage
est celui qui prédomine lorsqu’on pense à la division et,
pour 6 $ ÷ ½ = 12 $, l’incompréhension s’installe.
3. Avec les entiers relatifs :
Quel sens accorder à 12 $ ÷ (-2) = -6 $ ou à 12
$ ÷ (-2 $) = -6 ? Ni partage, ni mesure. Cul-de-sac !
4. En algèbre :
ab ÷ a = b . Partage ? Mesure ? Ce n’est pas évident
!
En regardant cette « évolution », nous constatons
une perte de sens, c’est-à-dire que plus l’élève étudie,
moins il peut accorder de sens à ce qu’il apprend. En fait, lorsqu’il
aborde la division de fractions ou la division d’entiers relatifs, il tente
d’interpréter en vain ces nouvelles divisions en pensant au partage.
Ne réussissant pas, il lui reste à mémoriser sans
comprendre l’utilité de ses nouveaux apprentissages.
Il n’y a aucun doute qu’il faut modifier en profondeur la séquence
d’enseignement des mathématiques. Il faut éviter que l’élève
associe trop étroitement, voire même exclusivement, un concept
à quelques-unes de ses applications, lesquelles ne sont pas
généralisables et sont souvent nuisibles par la suite.
Que faire ? Nous y reviendrons dans Mathadore 132.
Robert Lyons
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