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MATHADORE
Volume 4 Numéro 128 - 12 octobre 2003
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Génial et… méconnu
Fiche technique
- Classe à aire ouverte d’environ 90 élèves
;
- Degré scolaire : 4ième année
( élèves de 9 ans ) ;
- Quatre enseignantes ;
- Question extraite d’un examen de fin d’étape
:
Voici la carte d’un terrain vague. Le X indique
l’endroit où un trésor a été enterré.
Tu as remis cette carte à un ami qui se
rend à ce terrain. Rendu à destination, cet ami sort sa carte,
mais le X a été effacé. Il te téléphone
pour avoir ton aide. Tu possèdes une copie de la carte. Que lui
dis-tu ?
Dans un premier temps, en corrigeant les copies
des élèves, les enseignantes accordent tous leurs points
à trois élèves et ne donnent aucun point aux trois
élèves qui n’avaient donné aucune réponse.
Les trois élèves qui ont obtenu tous leurs points ont quadrillé
la carte et ont donné leurs instructions en utilisant le système
de cordonnées cartésiennes qu’ils avaient appris durant l’étape
qui se terminait.
Les réponses des autres élèves
sont déroutantes. En les lisant, plusieurs réponses se ressemblent
ou sont identiques. La disposition des pupitres, la distance entre les
pupitres d’élèves ayant donné les mêmes réponses
et la surveillance réduisent le copiage à une possibilité
négligeable. Ajoutons qu’aucun problème semblable n’a été
donné durant l’étape. L’intention des enseignantes était
en effet de vérifier si les élèves pouvaient percevoir,
dans cette situation, la pertinence d’utiliser les coordonnées cartésiennes.
Voici un aperçu assez exhaustif de ces réponses déroutantes.
- Si tu entres dans la bibliothèque par
la porte des élèves de quatrième année, le
trésor est dans la section
« l’homme et la science ». ( Une trentaine d’élèves.
)
- Si tu regardes la cour de récréation
par la porte de sortie des élèves de quatrième
année, le trésor est
au coin le plus proche du jeu de ballon des élèves de troisième
année. ( Une trentaine d’élèves.
)
- Place-toi devant le bureau de Denise ( une
des quatre enseignantes ), le trésor est
sous le bureau de Nathalie Pelchat.
( Deux ou trois élèves.)
- Plie la feuille en deux parties égales
dans le sens de la hauteur. Plie-la en quatre
parties égales dans le sens
de la largeur. Déplie la feuille. Le trésor est à
l’intersection droite des plis.
( Un élève. )
- Pars du coin en bas à droite et marche
en ligne droite jusqu’au milieu du grand côté
opposé. Le trésor
est à mi-chemin de ton parcours. ( Un élève.)
Les enseignantes ont décidé de voir
en entrevue individuelle les élèves qui avaient donné
une de ces réponses en leur demandant d’expliquer leur solution.
Certaines solutions n’étaient pas exprimées aussi clairement
que ce qui a été écrit plus haut. À la fin
de ces entrevues, tous les élèves interrogés ont obtenu
le maximum de points.
C’est une situation courante, très souvent,
nous n’obtenons pas la solution prévue et, pour diverses raisons,
rejetons la réponse d’un élève. Parfois, bien que
valable, le système utilisé par l’élève n’est
pas compris par le correcteur. L’élève qui utilise un système
de coordonnées polaires ( c’est le cas dans le dernier exemple )
verra trop souvent sa réponse rejetée parce que ce que nous
attendons est l’utilisation des coordonnées cartésiennes.
Et pourtant, le système utilisé par l’élève
est aussi valable et précis que celui que nous lui avons appris.
Mieux, ce système, il l’a inventé lui-même, sans aucune
aide, manifestant une compréhension supérieure.
Je me rappelle une leçon avec un autre
groupe d’élèves de quatrième année. Cette leçon
portait sur le calendrier. Les élèves y avaient appris, ou
revu, le nombre de jours dans chaque mois de l’année et le nombre
de jours dans une semaine.
En guise de validation des apprentissages, je
demande aux élèves quel jour de la semaine allait être
le 15 février suivant. Nous étions en octobre. Un élève,
dont je doutais de la compréhension, lève la main et annonce
d’une voix assurée :
« Mercredi ! » La réponse
était exacte et je m’étonne : « Comment as-tu fait
pour calculer si rapidement ? » et l’élève de répondre
: « Je n’ai rien calculé, j’ai regardé sur le calendrier
derrière toi ! »…
J’ai bien ri, ainsi qu’une dizaine d’élèves.
L’élève qui a répondu, et une dizaine d’autres élèves,
ne riaient pas et, visiblement, se demandaient ce que cette réponse
avait de drôle. Pour la moitié de la classe, résoudre
ce problème en regardant le calendrier était la méthode
à utiliser. Ils avaient raison !
Les élèves de l’autre moitié
de la classe, comprenaient bien cette méthode, mais comprenaient
aussi qu’étant donné le mal que je m’étais donné
durant les trente minutes précédentes, il fallait m’encourager
un peu et utiliser ce que je venais de leur enseigner.
Combien de fois les élèves doivent-ils
non seulement comprendre un problème et le solutionner en utilisant
exclusivement ce que nous leur avons appris et non leur créativité,
leur intelligence ? Combien de fois l’évaluation par un simple test,
sans demander aux élèves d’expliquer leurs réponses,
nous conduit-elle à passer à côté d’un coup
de génie ?
Robert Lyons
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