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MATHADORE
Volume 4 Numéro 126 - 28 septembre 2003
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Pourquoi tant de difficultés en maths ?
Aussi étonnant que cela puisse paraître il est plus facile
de comprendre l’échec que la réussite en mathématiques.
En fait, réussir en mathématiques tient presque du miracle.
Alors que certains élèves éprouvent des difficultés
en compréhension de texte et en résolution de problèmes,
résultant d’un entourage surprotecteur, d’autres ont de la difficulté
à se concentrer ou à mémoriser leurs tables à
cause d’un problème de santé. Et puis, il y a ces élèves
qui, gérant mal leur stress, ne peuvent se rendre justice lorsqu’on
les évalue avec des tests.
Bien que plusieurs difficultés s’expliquent par ce qui précède,
la cause la plus fréquente des difficultés d’apprentissage
provient de l’enseignement lui-même. Il y a bien sûr la méthodologie,
les élèves apprennent mieux dans un environnement constructiviste
que dans un environnement où on utilise l’explication pour faire
comprendre. À ce sujet, il faut se méfier de ces approches
explicatives et traditionnelles qui s’affublent du titre de « constructivistes
», un mot dont le sens est de plus en plus massacré, tout
comme l’est depuis vingt ans le sens de l’expression
« résolution de problèmes ».
En plus de la méthodologie, une des grandes sources de difficultés
est le programme et, plus particulièrement, sa concrétisation
dans un manuel. Quelle que soit la compétence d’une enseignante
ou d’un enseignant, l’influence d’un manuel est énorme. En effet,
n’est-ce pas autour du manuel de l’élève que s’articule trop
souvent l’enseignement ? Ce même manuel que l’élève
apportera chez lui et qui, pour la majorité des parents, constituera
le seul outil de références. En fait, en parcourant attentivement
un manuel, il est possible de prédire les difficultés probables
d’un bon nombre d’élèves. Inversement, en identifiant les
difficultés d’un élève, il est souvent possible de
savoir avec quel volume il a étudié.
Les éléments qui conduisent les élèves à
des difficultés d’apprentissage peuvent être repérés
par une analyse didactique sérieuse ou par une validation des apprentissages.
Cette validation doit s’étendre sur quelques années afin
de permettre de connaître comment se débrouillent plus tard
les élèves avec un concept donné lorsqu’il est sollicité
dans un autre contexte. Peu d’auteurs effectuent cette validation et le
ministère de l’Éducation ne la réalise pas et ne l’exige
pas.
Par ailleurs, bien que plusieurs erreurs se glissent dans les manuels,
les plus visibles ont habituellement peu d’impacts. Voici quelques exemples
:
* On trouve pour la première fois les signes + et – dans un livre
d’arithmétique écrit en 1849. ( Topo mathématique
). En fait, il s’agit de 1489, mais ces signes désignaient alors
un surplus ou un manque. Ce n’est qu’à partir de 1514 qu’ils furent
aussi utilisés pour symboliser l’addition ou la soustraction.
* La table d’addition que tu as remplie s’appelle « Table de
Pythagore ». ( Topo mathématique ) La table de Pythagore ne
comportait aucun chiffre, mais était constituée d’un assemblage
de rectangles qui permettaient de visualiser à la fois les multiplications
de base et diverses propriétés des nombres ( premiers, carrés,
pairs,… ). Rien à voir avec l’addition !
* 10 ÷ 4 = 2 reste 2. ( Mes ateliers mathématiques )
Voilà une erreur que je croyais disparue ! Elle démontre
un manque de compréhension des règles élémentaires
de rédaction d’une égalité. En effet, à
partir d’énoncés tels 5 ÷ 2 = 2 reste 1
et
10 ÷ 4 = 2 reste 2, sachant que 5 ÷ 2 = 10 ÷ 4,
il faut conclure que
2 reste 1 = 2 reste 2, donc que 2 = 1 !
Ces erreurs sont certes malheureuses, mais ne conduisent pas à
des difficultés d’apprentissage. Elle dénotent cependant
des lacunes d’ordre mathématique que des auteurs de manuels scolaires
ne devraient pas avoir.
Un autre type d’erreur porte plus à conséquences et sème
un doute troublant. Ainsi, un guide d’enseignement ( Topo mathématique
) propose aux élèves de six ans de laisser rouler une voiture-jouet
le long de pentes diverses afin de déterminer les conditions
qui feront que la voiture-jouet ira le plus loin. La réponse donnée
par les auteurs est « la plus haute ». Il est clair que
les auteurs de ce matériel n’ont pas pris le temps de faire eux-mêmes
l’expérience. D’abord, il faut qu’une voiture-jouet soit balancée
comme une « Formule Un » pour éliminer des variables
indésirables, une bille serait préférable. Ensuite,
une pente est habituellement caractérisée par sa longueur
et son inclinaison et non par sa hauteur. Et ce n’est pas pour rien! Laissez
tomber un mobile d’une falaise verticale et, aussi haute que soit cette
falaise, le mobile n’effectuera pas de déplacement horizontal important.
En fait, les auteurs n’ont pas compris que le contact du mobile avec la
surface horizontale au bas de la pente ralentit le mobile. C’est lorsque
la pente est inclinée de 45 degrés et non lorsqu’elle est
« haute » que le mobile va le plus loin.
Ce genre d’erreurs réserve des surprises fort désagréables
aux enseignantes et aux enseignants. Il dénote aussi que la validation
des activités proposées a été bâclée.
Les difficultés d’apprentissage les plus tenaces et les plus
fréquentes proviennent cependant d’autres « maladresses »
des programmes et des manuels, c’est-à-dire de mauvaises définitions
et de séquences d’enseignement qui conduisent les élèves
à développer et à consolider des concepts erronés.
Nous y reviendrons.
Robert Lyons
Note : Cette année, afin de nous permettre
de mettre sur pieds des documents vidéos, les réflexions
et analyses de Mathadore ne seront diffusées qu’aux deux semaines.
Entre ces semaines, nous vous proposerons de bons problèmes que
vous pourrez tenter de résoudre par vous-même ou avec une
autre personne ou en les soumettant à vos élèves collectivement,
…
Les documents vidéos décriront
les meilleures méthodes d’enseignement que nous connaissons. Ils
vous indiqueront, pour chaque groupe d’âge, les apprentissages importants
et comment les développer. Ils vous présenteront des stratégies
d’enseignement peu connues mais fort efficaces. Vous y trouverez des exemples
qui vous permettront de mieux distinguer les manifestations des diverses
compétences en mathématiques. Ils vous montreront ce qu’il
faut faire afin de permettre aux élèves en difficulté
de réussir et, d’abord, de développer une meilleure estime
d’eux-mêmes.
Mathadore vous avisera de la disponibilité
de chacun de ces documents.
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