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MATHADORE
Volume 3 Numéro 95 - 13 octobre 2002
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
DIFFÉRENCES ENTRE
LES FORTS ET
LES FAIBLES EN MATHS
Récemment, une abonnée de Mathadore
me signalait un article du Reader’s Digest relatif aux dangers présumés
de l’utilisation de la calculatrice en classe. L’article discutait des
résultats relativement faibles des élèves dans un
test dit d’Amore. Ce test comprend dix problèmes. Les trois premiers
demandent d’additionner, de soustraire ou de multiplier des entiers ou
des nombres décimaux. Un autre demande combien il y a de morceaux
dans une tarte coupée en sixièmes. Enfin, les six autres
numéros présentent des problèmes d’arithmétique
relativement simples.
Divers intervenants, dont les propos sont rapportés
dans cet article, considèrent que la faiblesse des élèves
est causée par l’utilisation de la calculatrice qui remplace trop
facilement le calcul écrit. Comme les erreurs des élèves
ne sont pas décrites, il est assez difficile de savoir s’il s’agit
d’erreurs de calcul ou d’erreurs causées par un mauvais choix d’opérations.
Une chose est certaine, le rôle de la calculatrice n’est pas évident
dans le numéro 5 : « Si une tarte est coupée en sixièmes,
combien de morceaux aura-t-elle ? »
Il suffit pourtant de rencontrer quelques enseignantes
ou enseignants pour constater que les difficultés les plus importantes
et les plus tenaces des élèves de dix ans et plus touchent
le choix des opérations et non le calcul lui-même.
En 1984, j’étais conseiller pédagogique
dans une commission scolaire. À la fin de l’année, les élèves
de sixième année ( 11-12 ans ) devaient passer un test provenant
de la commission scolaire régionale qui dispensait l’enseignement
secondaire.
J’ai demandé aux enseignantes et aux enseignants
de sixième année de me fournir la liste des cinq élèves
de leur classe qu’ils considéraient les plus forts en mathématiques
et la même chose pour les cinq plus faibles. En comparant ces listes
aux résultats du test, le degré de corrélation était
très élevé, donc les résultats du test correspondaient
à ce que les enseignantes et enseignants avaient observé.
Deux cent cinquante élèves ont été impliqués
dans cette étude.
Les élèves les plus forts ont ensuite
été comparés aux élèves les plus faibles
à partir de trois types de problèmes :
1. les problèmes où il suffisait
d’effectuer un simple calcul - exemple : 32 x 58 ;
2. les problèmes où la connaissance
d’un terme mathématique était essentielle - exemple : «
Quel est le produit de 32 et 58 ? » ;
3. les problèmes où les élèves
devaient identifier une opération à effectuer – exemple :
« Quel est le prix de 32 chaises à 58 $ chacune ? ».
La comparaison des deux groupes d’élèves
nous a permis de constater :
1. qu’en calcul, voir le problème 1, il
n’y avait aucun écart significatif entre les deux groupes, la moyenne
de chaque groupe se situait au-dessus de 90 % ;
2. que, lorsque le vocabulaire mathématique
était impliqué, la moyenne du groupe des forts était
de 40% supérieure à celle des plus faibles ( 90% contre 50%
) ;
3. que, lorsqu’il s’agissait de trouver l’opération
à effectuer pour résoudre un problème, la moyenne
des élèves forts était supérieure de 60 % à
celle des élèves faibles ( 80% contre 20% ).
D’accord, en 1984, la calculatrice n’occupait
que peu de place dans les salles de classe, mais je ne vois pas comment
la calculatrice change quoi que ce soit aux problèmes causés
par la méconnaissance du vocabulaire mathématique et aux
problèmes causés par la difficulté à choisir
la bonne opération afin de résoudre un problème.
Il reste à voir si l’utilisation de la
calculatrice a rendu certains élèves plus faibles en calcul
écrit. C’est probable ! Après tout, depuis l’invention de
la montre, peu de gens sont capables de trouver l’heure en observant le
soleil ou les étoiles. Et il y a aussi la boussole qui a conduit
tellement de gens à ne plus savoir s’orienter sans elle… Ce n’est
pas tout, depuis l’invention du téléphone, les communications
au moyen du sémaphore et du langage Morse sont totalement disparues.
Le stylo à bille et le crayon de plomb ont expédié
au musée la plume d’oie et l’encrier. Et que sais-je encore ?
Mais il y a pire, le Conférence Board du
Canada, qui regroupe les grands employeurs canadiens, demande aux écoles
de mieux préparer leurs élèves au monde du travail,
c’est-à-dire, entre autres, de les préparer à utiliser
les dernières technologies. Terrible non ! Même le monde du
travail qui s’en mêle. Comment stimuler les élèves
à maîtriser le calcul écrit lorsqu’ils voient leurs
parents travailler avec des calculatrices et avec des ordinateurs ? Et,
il y a bien longtemps que j’ai vu des enseignants, même ceux qui
enseignent les mathématiques, se priver de la calculatrice lorsqu’ils
calculent les moyennes de leurs élèves.
Robert Lyons
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