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MATHADORE
Volume 3 Numéro 93 - 29 septembre 2002
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
CABOCHE ET LA PERCEPTION
La semaine dernière, je vous ai présenté
Caboche en utilisant deux problèmes. Je vous avais aussi annoncé
que, cette semaine, j’allais poursuivre avec Troublefête. Il y a
une heure à peine, en discutant avec une conseillère pédagogique,
il m’a semblé plus important, pour le moment, de revenir à
Caboche. Il faut aussi dire que, la semaine dernière, lors d’une
rencontre avec des enseignantes, j’ai pu constaté à quel
point la clé de la résolution de vrais problèmes était
absente ou escamotée dans les processus ou démarches de résolution
de problèmes que nous exigeons des élèves.
D’abord, une anecdote. Il y a … disons quelques
années… dans une classe de quatrième année du primaire
( élèves d’environ 9 ans ), j’animais une activité
sur la mesure du temps en termes de jours, de semaines, de mois et d’années.
Il me semblait que les élèves avaient bien compris sauf possiblement
un ou deux d’entre eux.
Je leur pose alors un problème semblable
au suivant : « Quel jour de la semaine serons-nous le 15 février
prochain ? » Nous étions en octobre ou en novembre. Un des
élèves, qui me semblait complètement perdu, lève
la main et m’annonce correctement : « Ce sera un mercredi! ».
Je prends le temps de calculer et trouve effectivement qu’il a raison.
Étonné, je lui demande comment il a pu calculer aussi rapidement.
Il me répond : « Je n’ai rien calculé, j’ai regardé
le calendrier qui est derrière toi ! ». Franchement, j’ai
éclaté de rire de même que la moitié des élèves
de la classe. Les autres ne riaient pas cependant et, parmi eux, il y avait
l’élève qui avait donné la réponse.
Suite à l’activité que j’avais d’abord
fait vivre aux élèves, environ la moitié d’entre eux
avaient compris que je désirais qu’ils solutionnent ce problème
par calcul, c’est-à-dire en totalisant le nombre de jours qui nous
séparaient du 15 février puis en divisant ce nombre par sept.
Le reste servant à trouver le jour exact en tenant compte du jour
où nous étions. Pour les autres élèves, la
façon brillante de solutionner ce problème était de
consulter le calendrier.
Il me semble que Caboche aurait pu nous aider.
Plutôt que de demander « Quel jour serons-nous le 15 février
prochain ? » il aurait été préférable
de demander « Comment pouvons-nous trouver quel jour nous serons
le 15 février prochain ? » Il est déjà certain
que les deux stratégies évoquées précédemment
auraient été proposées par les élèves.
Il est fort possible que d’autres stratégies auraient pu être
évoquées telles « Je sais que ma prochaine fête
sera un lundi et je suis né le 12 février alors… »
« L’année dernière, le 15 février, j’ai gagné
un tournoi de hockey, c’était un samedi. L’année dernière
n’était pas une année bissextile donc … »
Bref, la « phase Caboche » permet
aux élèves d’envisager diverses façons de résoudre
un problème, mais elle leur permet aussi de voir si, pour une raison
quelconque, sans rejeter certaines solutions, nous désirons en développer
une plutôt qu’une autre.
La majorité des méthodes de résolution
de problèmes, que l’on trouve dans les manuels scolaires, escamotent
la « phase Caboche ». La créativité y trouve
rarement sa place. La méthode de résolution suppose que l’élève
comprend le problème posé, mais aussi qu’il sait quel
type de solution nous attendons.
Avez-vous déjà pensé ce qui
trotte dans la tête d’un élève de sept ans à
qui nous demandons d’additionner des nombres de droite à gauche
alors qu’aucune retenue n’est requise ? Comme cette étape dure plusieurs
semaines et comme la réponse est forcément la même
lorsque l’on additionne de droite à gauche ou de gauche à
droite et que les élèves le constatent, sans souvent oser
le dire, comment perçoivent-ils cette obligation ?
Que se passerait-il si Caboche s’en mêlait
? Si les élèves étalaient toutes les façons
de faire qui leur semblent possibles ( Troublefête se chargera ensuite
de les valider. ), ne serait-il pas plus facile pour eux de comprendre
d’abord qu’il y a plusieurs façons de résoudre un problème
et ensuite que certaines façons sont plus simples ou plus généralisables
?
En passant, comment effectuez-vous la division
suivante : ? Et celle-ci
0,75 ÷ 0,5. Prenez les quelques secondes
utiles pour effectuer ces divisions, vous ferez peut-être une intéressante
découverte d’ici deux minutes.
Bref, la « phase Caboche » est certainement
à la fois la plus importante et la plus négligée.
Elle permet d’abord de prendre conscience qu’il existe de nombreuses façons
de résoudre un même problème. Elle permet aussi de
mettre en œuvre les talents multiples des élèves et leur
montre qu’ils sont en mesure de réinventer les mathématiques.
Enfin, elle permet de comprendre que, même si diverses démarches
de résolution de problèmes sont valables, il arrive que,
pour des raisons diverses, nous désirons en explorer une davantage
à un certain moment.
En terminant, si vous avez trouvé
et 1,5 comme réponses aux deux divisions proposées plus haut,
bravo! Si vous avez effectué la première en divisant 9 par
3 ( les numérateurs ) puis 20 par 4 ( les dénominateurs )
et si vous avez utilisé le même algorithme après avoir
changé 0,75 ÷ 0,5 pour
, vous méritez le titre de
« Caboche de la semaine ».
Robert Lyons
La semaine prochaine : Troublefête… parole
de Mathadore.
Note : Les dimensions des personnages de Mathadore
82 ont été réduites pour en faciliter l’impression.
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