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MATHADORE
Volume 3 Numéro 117 - 13 avril 2003
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Logique ou analogique ?
Mathadore 115 vous proposait deux problèmes :
1. Imaginons qu’une ficelle fasse le tour de la planète en longeant
parfaitement l’Équateur. Cette ficelle est installée de sorte
qu’il n’y a aucun espace entre elle et la planète. Coupons cette
ficelle, ajoutons-lui une longueur de 6 mètres et répartissons
également cette longueur de sorte que la distance entre la ficelle
et la planète soit constante. Quelle est la distance constante qui
sépare alors la ficelle de la planète ?
Pour vous éviter des recherches,
sachez qu’à l’Équateur, la circonférence
de la planète est d’environ 40 076 km et que, si vous prenez
le nombre 3 comme équivalent à ¶ (Pi), votre réponse
sera acceptable.
2. Cent cinquante (150) joueurs se présentent à un tournoi
de tennis pour jouer en simple (un contre un). Selon la règle du
tournoi, un joueur continue à jouer tant qu’il gagne ses parties.
Et, en conséquence, dès qu’un joueur perd une partie, il
est éliminé. Combien faudra-t-il de parties dans ce tournoi
pour que soit déterminé le champion ?
Si, pour résoudre le premier problème, vous avez travaillé
comme Troublefête, le champion de la logique, vous avez calculé
la longueur du rayon de la planète en partant d’une circonférence
de 40 076 km. Puis, vous avez ajouté 6 mètres à cette
circonférence avant de calculer le nouveau rayon de la planète.
Et vous avez été surpris par la réponse. Peut-être
avez-vous alors décidé de réviser vos calculs. Et
ensuite, en y pensant bien, vous avez compris que cette réponse
avait du sens. Peut-être que vous avez ajouté : « C’est
vrai, je n’y avais pas pensé ! »
Le second problème vous a peut-être conduit à un
comportement logique, donc analytique. Un comportement où vous avez
construit progressivement votre solution en vous assurant de respecter
les données du problème.
Comme Troublefête, vous avez d’abord considéré que
soixante-quinze ( 75 ) parties allaient être jouées, puisqu’il
y a cent cinquante ( 150 ) joueurs qui s’affrontent un contre un. À
l’étape suivante, un obstacle peut-être imprévu : il
y a soixante-quinze joueurs donc il y en a un de trop. Voilà un
nouveau problème, un détail, que Caboche ne rencontrera pas
au moment de résoudre correctement le problème. Mais, pour
Troublefête, même les fleurs du tapis constituent des obstacles.
Bon, vous avez décidé de faire passer son tour à
un joueur et avez continué votre démarche de résolution.
Si vous n’avez pas fait d’erreurs, vous avez obtenu la bonne réponse.
Puis, en réfléchissant à cette réponse, peut-être
avez-vous accédé au processus de résolution que Caboche
a choisi dès le début.
Reprenons les mêmes problèmes d’un point de vue analogique.
Avant de nous lancer dans une solution, essayons de prendre nos distances
face à ce problème particulier et considérons la relation
qui existe entre une circonférence et son rayon. Comme le diamètre
est environ trois fois plus court que la circonférence, le rayon
sera environ six fois plus court que la même circonférence.
Alors, le fait d’ajouter six (6) mètres à la circonférence
ajoute automatiquement un mètre au rayon. C’est surprenant, mais
comme c’est la même relation, et par conséquent la même
formule, avec les petits cercles et les grands cercles, la conclusion est
incontournable.
Et s’il faut le démontrer, il est toujours possible d’adopter
le comportement logique de Troublefête tel que décrit précédemment.
Mais, pour les vrai(e)s Caboche, c’est inutile.
Passons au second problème.
Que fait Caboche pendant que Troublefête transpire ? Il s’amuse
! Fidèle à son habitude, Caboche prend ses distances par
rapport aux réflexes qui plongent trop rapidement Troublefête
dans l’action. En fait Caboche voit le problème autrement et trouve
une solution qui lui permet de résoudre tous les problèmes
du même genre… instantanément. Caboche se dit que chaque partie
jouée permet d’éliminer exactement un joueur et, puisque
cent cinquante ( 150 ) joueurs se sont présentés au tournoi,
il faut en éliminer cent quarante-neuf ( 149 ). Donc il faudra jouer
cent quarante-neuf ( 149 ) parties.
Il existe un comportement qui peut être attribué parfois
à Troublefête et parfois à Caboche. Il s’agit de proposer
de faire jouer un joueur contre chacun des autres, un après l’autre.
Si ce joueur perd, le gagnant le remplace, ce qui ne change rien au nombre
de parties à jouer. Donc il faudra jouer 149 parties pour éliminer
chacun des 149 autres joueurs.
Ce comportement est de type Troublefête lorsque la personne qui
l’adopte ne connaît pas le fonctionnement habituel d’un tournoi.
Il est alors très lié aux données du problème
et montre que son auteur se préoccupe des diverses étapes
du tournoi. Il est analytique, c’est le cas le plus fréquent. Par
contre, il est du type Caboche lorsque la personne qui l’adopte connaît
le processus habituel d’élimination utilisé dans les tournois,
mais évite de se laisser influencer par cette procédure.
Gauss était un grand mathématicien et l’on raconte l’anecdote
suivante à son sujet. Alors qu’il fréquentait l’école,
l’enseignant de sa classe devant s’absenter quelques minutes donna le problème
suivant à ses élèves : « Trouvez la somme des
cent premiers nombres. » Tout le monde se mit au travail et l’enseignant
sortit de sa classe pour revenir deux ou trois minutes plus tard vérifier
si tous ses élèves étaient au travail. C’était
le cas, sauf pour Gauss qui se tournait les pouces.
L’enseignant le remarqua et lui demanda pourquoi il ne cherchait pas
à résoudre le problème donné. Gauss lui répondit
qu’il avait déjà terminé. Alors que les élèves
de la classe s’acharnaient à additionner 1 + 2 + 3 + 4 + … 100,
comme Troublefête le ferait, Gauss s’était comporté
comme Caboche, il avait considéré d’abord le type de problèmes
plutôt que ce problème particulier. Gauss avait observé
que, dans une suite semblable, en additionnant le premier nombre
au dernier ( ici 1 + 100 ), puis le second à l’avant-dernier
( ici 2 + 99 ), il obtenait toujours la même somme. Or, puisque,
dans cette suite, il y a cent nombres à additionner, il y aura cinquante
couples de nombres dont la somme sera 101 (1 + 100 = 2 + 99 =… = 101).
Il suffit donc de multiplier 50 par 101 pour obtenir 5050, la somme recherchée.
Les comportements de type Caboche sont peu présents chez les
adultes et plus les études se poursuivent, plus les élèves
deviennent Troublefête.Faut-il s’en surprendre ? Pas vraiment puisque
tous les manuels d’enseignement des mathématiques proposent l’adoption
de démarches de résolution de problèmes qui sont analytiques.
La phase d’évocation est omise. L’élève est invité
à se concentrer sur les données du problème qu’il
a devant lui et sur celui-là seulement.
Si les manuels proposaient d’abord une phase d’évocation, de
créativité, une phase où l’on tente de comprendre
vraiment le problème indépendamment de ses données,
l’école ne formerait-elle pas plus de Caboche ?
Robert Lyons
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