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MATHADORE
Volume 2 Numéro 90 - 9 juin 2002
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Choisir
un matériel d'enseignement
Il est rare que les auteurs de manuels scolaires
aient l’opportunité de valider suffisamment leurs œuvres. Par ailleurs,
trop souvent lorsque nous équipons une classe avec une série
de manuels, il nous faut vivre avec ce choix durant plusieurs années.
Il nous apparaît donc pertinent de proposer divers critères
pouvant aider à faire un choix éclairé.
1. Les thèmes
a) Premier critère – Les thématiques
doivent être présentées et explicitées en peu
de mots. Plus le thème est développé, plus les élèves
risquent de se perdre et de ne pas savoir quoi faire.
b) Deuxième critère – Les
thématiques doivent coller à la culture de l’enfant. Si le
thème proposé présente à l’élève
une situation nouvelle pour lui, il ne pourra pas facilement comprendre
le problème posé. De ce fait, les élèves les
plus cultivés seront avantagés au départ.
c) Troisième critère – Le
problème devra être pertinent. Les mathématiques ont
été inventées afin de résoudre certains problèmes
précis. Certes, par la suite, il a été possible d'utiliser
certains procédés mathématiques afin de résoudre
ce que nous appelons des situations d'application. Trop souvent, c'est
à partir d'un problème d'application que l'on tente de faire
apprendre un concept aux élèves. Or, de nombreux problèmes
d'application peuvent souvent être résolus à partir
de concepts différents de ceux que nous voulons développer.
Dans ce cas, nous devons diriger les « découvertes »
des élèves et, comme ceux-ci ne comprennent pas pourquoi
la solution que nous favorisons est choisie, ils cessent vite de chercher
des solutions originales.
2. Les images mentales
La présentation de certains concepts provoque
chez l’élève l’élaboration d’images mentales auxquelles
il se réfèrera pour résoudre de nouveaux problèmes.
Trop souvent, ces images mentales permettent d’obtenir des succès
à court terme tout en préparant des difficultés considérables
pour plus tard.
Nous avons tous été victimes de telles images mentales qui
nous ont fait considérer comme synonymes les mots diviser et partager
ou mesurer. L’élève qui réussit à résoudre
des séries de problèmes dans lesquels la division est soit
un partage soit une mesure construit une solide image mentale. Cette image
mentale lui nuira considérablement lorsqu’il devra effectuer 30
÷ (-6) = (-5) ou encore
12x ÷ ½ = 24x
ou 12 $ ÷ ½ = 24 $. Dans ces cas, il ne s’agit ni de partage,
ni de mesure et la réponse ne peut pas non plus être obtenue
par soustraction répétée.
Il est donc important de considérer que
certaines réussites à court terme nuisent souvent aux apprentissages
qui suivront. Il y a lieu de se demander si les images mentales que construit
l’élève ne viendront pas le hanter dans quelques années
comme elles hantent la nette majorité des adultes confrontés
à 12 $ ÷ ½ = 24 $.
Il faut donc identifier ces images mentales en
observant les modèles de compréhension qu’un manuel offre
et se demander si ces images s’appliqueront plus tard avec les fractions,
avec les nombres négatifs et avec l’algèbre. Si ce n’est
pas le cas, les succès d’une année préparent les échecs
futurs.
Les images mentales les plus dommageables que
nous connaissons sont celles mentionnées plus haut au sujet de la
division et celles qui associent la multiplication à l’addition
répétée ou à un ensemble de paquets équivalents.
Ici aussi, ces images préparent des difficultés avec les
fractions ( ½ x ½ = ¼ ) avec les négatifs
( –3 x –4 = 12 ) et avec les expressions
algébriques ( a x b = ab ). Et il ne faut surtout pas croire que
les élèves sauront mettre ces images mentales en veilleuse
au moment où ils aborderont les fractions, entre autres, puisque
nous n’avons pas réussi cet exploit lorsque nous avons abordé
les fractions et aujourd’hui encore…
3. La didactique
Le matériel devrait s’efforcer de présenter
de bons problèmes et non pas de belles explications et démonstrations.
Lorsque vous réussirez à faire ressentir vraiment un problème
à un élève, il est habituellement en mesure de le
résoudre. Mais si vous lui présentez une solution sans qu’il
perçoive vraiment quel est le problème, c’est peine perdue.
Pourquoi tant de jeunes enfants se noient-ils dans la piscine familiale
? Parce qu’ils n’avaient jamais compris qu’il y avait un danger, un problème.
Ce sont les problèmes et non les explications, les exercices et
les mises en garde qui sont à l’origine des apprentissages véritables.
4. L’évaluation
Le matériel devrait identifier les comportements
qui manifestent la compréhension, le raisonnement, la communication
et l’utilisation efficace. Partant de ces distinctions, il vous sera facile
de saisir comment l’élève apprend et comment l’aider.
Bref, un matériel scolaire doit être
choisi à partir de critères qui vont au-delà des apprentissages
immédiats. Quelle que soit la compétence d’une enseignante
ou d’un enseignant, si les élèves utilisent fréquemment
un manuel scolaire, celui-ci laissera une empreinte détectable plusieurs
années plus tard. Or cette empreinte sera constituée chaque
fois des trucs à court terme utilisés dans le manuel.
Il y a une vingtaine d’années, je m’amusais
à identifier les manuels utilisés par les élèves
en découvrant leurs difficultés d’apprentissage. Voici un
exemple rapide. En première et en deuxième année,
une série de manuels utilisait des formes géométriques
pour remplacer les éléments manquants d’une équation.
Ainsi, le cercle remplaçait toujours un symbole d’opération
( + ou - ) alors que le carré remplaçait toujours un nombre.
On avait donc par exemple :
Deux années plus tard, il suffisait de
demander aux élèves de compléter :
pour constater chez certains une solution telle
:
Seuls les élèves qui avaient utilisé
les manuels mentionnés proposaient une solution aussi « tordue
».
Robert Lyons
Cette parution est la dernière avant la
prochaine rentrée scolaire. L’année prochaine, nous voulons
proposer divers moyens touchant l’évaluation des apprentissages.
De plus, nous consacrerons divers articles afin d’aider les parents et,
par le fait même, afin de vous aider.
Sur le site www.defimath.ca
certains changements seront effectués afin de tenir compte d’une
diversité de plus en plus grande de visiteurs.
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chaque semaine à près de 4000 adresses électroniques
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pour la rentrée.
Michel et Robert Lyons
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