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MATHADORE
Volume 2 Numéro 88 - 26 mai 2002
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Le nouveau programme : bilan
Cette année, régulièrement, nous avons analysé
le nouveau programme de mathématiques du Québec. Dès
le début, voir Mathadore vol2num57.html
, nous écrivions :
« D’une façon générale, nous croyons
que ce programme succède au pire programme que le Québec
a connu. Mieux, nous croyons qu’il est nettement supérieur à
tous les programmes qui l’on précédé. »
Nous adhérons toujours à cette opinion. Voici à
ce sujet le bulletin de notes du nouveau programme.
1.
Un programme socio-constructiviste
a)
L’orientation : Le socio-constructivisme implique que l’élève
apprend surtout par lui-même en interaction avec ses camarades. Le
rôle et la durée des explications et des exercices répétitifs
sont considérablement réduits. La différence entre
l’enseignement traditionnel et ce type d’enseignement est tout à
fait identique à la différence entre l’apprentissage scolaire
traditionnel d’une langue seconde et son apprentissage en immersion totale.
C’est le meilleur choix possible. Note : 20/20.
b)
Les savoirs essentiels : En ramenant l’apprentissage de la multiplication
au premier cycle et en accordant tout un cycle afin que les élèves
inventent leurs propres algorithmes de calcul, les auteurs du programme
se sont montrés cohérents avec l’orientation socio-constructiviste.
L’omission des concepts cousins de la multiplication que sont l’intersection
et la double inclusion est cependant regrettable. De plus rien n’indique
que ces concepts devraient être maîtrisés avant d’aborder
la numération positionnelle ( Voir Mathadore vol2num75.html
). La rédaction, par le Ministère, de guides pédagogiques
précisant le programme peut éventuellement combler cette
faiblesse. Note : 15/20.
2.
Un programme par compétences
a) Établir des liens entre les divers contenus du programme
de mathématiques en faisant ressortir des aspects tels la compréhension,
le raisonnement, l’utilisation efficace, la communication est fort louable
et ne peut que contribuer à mieux comprendre comment les élèves
apprennent et les raisons de leurs succès ou difficultés.
Il y a une quarantaine d’années, Richard Skemp avait avancé
cette vision du contenu en mathématiques. Cette orientation n’a
cessé d’évoluer et constitue un autre virage majeur du nouveau
programme. Note : 20/20.
b) La description des compétences disciplinaires
: Quarante et même cinquante années, c’est bien peu pour comprendre
et utiliser une nouvelle tendance, on comprendra que les premiers essais
ne sont pas exempts de maladresses. La description des compétences
disciplinaires est loin d’être parfaite. À défaut de
les avoir précisées de façon à ce qu’elles
se différencient clairement les unes des autres, une grande confusion
règne lorsqu’il s’agit d’évaluer ces compétences.
Si, au moment de l’apprentissage, il n’est pas essentiel de distinguer
sans cesse ce qui appartient à une compétence et non à
l’autre, lorsqu’il faut évaluer les apprentissages, la situation
est tout autre.
La politique d’évaluation du Ministère n’est pas encore
définitive. Cette politique ne modifiera pas le programme mais,
ici encore, un guide pédagogique interprétant les compétences
disciplinaires et illustrant les façons de les évaluer pourrait
rectifier la situation. Dans le cas contraire, les commissions scolaires
devront, de façon urgente, préciser les compétences
disciplinaires, sinon le malaise actuellement généralisé
en évaluation deviendra un sérieux obstacle à l’actualisation
du programme dans toutes ses dimensions. Note : 12/20.
3.
Les savoirs essentiels
Mis à part l’inclusion louable des mentions visant l’invention
des algorithmes de calcul par les élèves, les contenus d’apprentissage
du nouveau programme ont peu varié. La grande erreur en ce domaine
touche à la fois les fractions et les sens suggérés
pour l’apprentissage des opérations. Les opérations sur les
fractions sont repoussées au secondaire alors que les sens suggérés
pour la multiplication et la division ne permettent pas de comprendre ces
opérations sur les fractions. Comme les élèves consolideront
leurs convictions en associant les opérations aux seuls sens proposés,
il est facile de prévoir que l’apprentissage des opérations
de multiplication et de division sur les fractions sera encore plus difficile
qu’avant. Même constat pour les opérations sur les entiers
relatifs. Des cas tels 1 $ ÷1/2 = 2 $ et (-3) x (-4) = (+12) deviendront
encore plus difficiles à comprendre et à associer à
une réalité pourtant quotidienne. Il faudra attendre encore
cinq ou six ans avant que ce qui précède devienne évident.
Note : 13/20.
Bref, le programme de 1980-2000 méritait probablement une note
de 50% alors que le nouveau programme se mérite un bon 80 %. C’est
excellent ! En ce qui concerne le programme, il faut avoir l’honnêteté
de conclure que le virage à 180 degrés? effectué est
remarquable. Pour cela, le Ministère et tous ceux et celles qui
ont participé à son élaboration doivent être
félicités.
Mais un excellent programme, ce n’est pas tout. Il faut que le personnel
enseignant soit prêt à faire un virage aussi important. Dans
ce domaine, depuis deux ans, nous avons eu le plaisir d’animer des ateliers
auprès de quelques milliers d’enseignantes et d’enseignants et il
est clair que ce personnel aborde ce changement avec enthousiasme et compétence.
Reste les outils de travail : manuels d’enseignement et outils d’évaluation.
Ici la faiblesse est énorme et conduira probablement à une
réforme réduite à quelques changements superficiels.
À ce jour aucun des auteurs et aucun des éditeurs n’ont su
modifier adéquatement leurs orientations didactiques. Malgré
le fait que divers manuels d’enseignement des mathématiques soient
actuellement approuvés, le personnel enseignant n’a pas retrouvé
l’actualisation du nouveau programme et l’esprit de la Réforme dans
ces manuels.
Il est clair que les manuels scolaires approuvés ne sont pas
à la hauteur des aspirations de la Réforme et du nouveau
programme. Or, on peut bien dire qu’un bon enseignant peut compenser aux
faiblesses d’un manuel, il n’en demeure pas moins que lorsqu’un manuel
ne favorise ni l’apprentissage socio-constructiviste ni l’apprentissage
par compétences, ce manuel teintera l’enseignement et l’apprentissage.
Les bons ouvriers ont droit à de bons outils, les bons médecins
se font assister par la meilleure technologie, pourquoi les enseignantes
n’auraient-elle pas le droit elles aussi de disposer d’outils à
la fine pointe de la connaissance ? Pourquoi continue-t-on à approuver
des manuels d’enseignement sans une vérification en classe de leur
valeur ? Avec le nouveau programme, le personnel des écoles peut
être tenu responsable du manque de qualité des apprentissages.
Le fait d’utiliser du matériel approuvé n’y change rien.
Alors, pourquoi ne pourrions-nous pas rendre aussi responsables les auteurs
et les éditeurs de manuels scolaires, d’autant plus que nous savons
depuis plus de vingt ans qu’il existe un lien très étroit
entre les résultats des élèves et les manuels qu’ils
ont utilisés ?
Il est clair que le ministère de l’Éducation va continuer
à améliorer son programme par divers guides et outils. Pourquoi
alors les auteurs et les éditeurs n’en font-ils par autant ? Avec
Internet, il n’y a plus de raisons pour que les textes de guides d’enseignement
et de manuels scolaires soient figés pour des années. Il
n’y a plus de raisons non plus pour que le service après vente donné
par les auteurs soit inexistant ou presque alors que celui des maisons
d’édition se limite au remplacement des volumes mal imprimés
ou mal reliés.
Le ministère de l’Éducation du Québec aura beau
s’être doté d’un excellent programme, il aura beau tout faire
pour le préciser, sans des manuels de qualité, l’enseignement
et l’apprentissage des mathématiques vont piétiner.
Robert Lyons
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