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MATHADORE
Volume 2 Numéro 86 - 12 mai 2002
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Un aveu
C’était durant l’année scolaire 1971-1972, j’enseignais
à des élèves de sixième année, donc
d’environ onze ans. La pensée mathématique m’avait
toujours semblée plus proche de celle utilisée dans de nombreux
jeux de société que celle développée lors des
activités mathématiques scolaires classiques. Chaque semaine,
sept périodes d’environ cinquante minutes étaient prévues
pour les mathématiques. En début d’année, je proposai
donc à mes élèves de consacrer chaque semaine cinq
de ces périodes à des jeux développant la pensée
mathématique. Les deux autres périodes, si la semaine était
complète, devaient être attribuées à des cours
de mathématiques. C’est ce que nous avons donc fait.
Les jeux utilisés étaient surtout des jeux de cartes,
mais il y avait aussi le jeux de dames, le jeu d’échecs, le Master
Mind, le Combat Naval ( Battle Ship ), le Clue, le Stock Ticker ( jeu sur
la bourse ), le Yum,…
J’ignore combien de cours de mathématiques traditionnels ont
été donnés, mais comme ces cours écopaient
lors des jours fériés et des journées pédagogiques,
je pense qu’il n’y a pas eu plus d’une cinquantaine de cours traditionnels,
soit environ six fois moins que ce qui était normal.
Au mois de juin, j’ai demandé à mes élèves
de réaliser tous les problèmes du dernier chapitre du volume
que nous aurions dû utiliser. Ce chapitre reprenait l’ensemble des
concepts de l’année, habituellement sous la forme de bons problèmes.
Mes élèves ont aussi dû passer l’examen de fin d’année
habituel de la commission scolaire.
Ces élèves ont obtenu des résultats au moins aussi
bons que ceux de mes élèves des années précédentes
qui se classaient très bien. Certaines différences étaient
toutefois observables. Ils ont perdu des points à cause de la terminologie
qu’ils n’avaient pas rencontrée aussi souvent que les autres élèves.
Par contre, en ce qui concerne la résolution de problèmes,
ils se sont avérés supérieurs. Le comportement fréquent
qui consiste à essayer à tour de rôle les différentes
opérations a été remplacé par un processus
d’élimination. Devant un problème difficile, les élèves
disaient des choses comme « Ce n’est pas une division ou une multiplication
parce que la question aurait dû être… Ce n’est pas non plus
une soustraction puisque… Donc c’est une addition car …»
Les élèves avaient appris à considérer un
problème dans son ensemble, à envisager diverses possibilités
puis à éliminer avec justifications celles qui s’avéraient
inadéquates. Nous étions loin du processus traditionnel d’essais
et d’erreurs. Loin aussi de la fameuse démarche dite «de résolution
de problèmes».
Un élément qui n’est pas ressorti dans les tests, mais
qui était apparent en classe, est l’amélioration des processus
de calcul mental. En calcul écrit, les élèves laissaient
moins de traces, gardant, par exemple, les retenues ou les emprunts en
mémoire sans les écrire. Bref, nous avions remplacé
environ 200 périodes de cours traditionnels en mathématiques,
en diminuant considérablement le temps consacré aux exercices
répétitifs surtout et malgré cela, les résultats
obtenus étaient au moins aussi bons sauf en ce qui concerne le vocabulaire
mathématiques.
Trente années plus tard, si l’occasion revenait, toutes les périodes
de mathématiques seraient consacrées à des jeux. Cependant,
une période par semaine, en rotation, je rencontrerais des équipes
de quatre élèves à la fois et c’est en petits groupes
que je leur enseignerais les concepts mathématiques du programme.
Cette fois cependant, avec de nouveaux procédés où
les explications seraient bannies et remplacées par de bons problèmes.
Cela me permettrait de plus de mieux suivre la progression de chaque élève
et de m’assurer du succès de chacun. À mon avis, les résultats
seraient nettement supérieurs à tout ce que j’ai obtenu alors.
Quelques années après cette expérience, effectuée
lors de ma dernière année d’enseignement comme titulaire
de classe, j’ai eu le plaisir de revoir un de mes anciens élèves.
Il m’a raconté qu’à l’époque, mes élèves
avaient convenu entre eux, très tôt en septembre, de ne plus
raconter à leurs parents ce qu’ils faisaient durant cinq périodes
par semaine. Pour eux, il était clair qu’ils apprenaient. Mais,
pour leur parents…
Robert Lyons
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