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MATHADORE
Volume 2 Numéro 85 - 5 mai 2002
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Comprendre pour connaître
ATTENTION : NOS ADRESSESWWW.MATHADORE.COM
ET WWW.DEFIMATH.COM
SERONT REMPLACÉES CETTE SEMAINE PAR :www.defimath.ca
Qu’est-ce qui doit être développé en premier : la
compréhension ou la connaissance ? Voici une expérience que
j’ai pu vivre à plusieurs reprises avec des élèves
de six ans. La compétence attendue est l’utilisation adéquate
des symboles relatifs à la relation d’ordre.
Dans un premier temps, les élèves sont amenés à
comparer deux ensembles, un de cinq éléments, l’autre de
trois. Pour indiquer qu’un ensemble contient plus d’éléments
que l’autre, on demande aux élèves de disposer entre ces
deux ensembles deux bâtonnets identiques. Les bâtonnets seront
placés de telle sorte que l’espace entre les extrémités
voisines des bâtonnets, nous indiquera la relation entre les deux
ensembles. Ainsi, nous laisserons plus d’espace entre les extrémités
des bâtonnets là où l’ensemble possède le plus
d’éléments. D’autre part, du côté de l’ensemble
qui a le moins d’éléments, les bâtonnets se toucheront,
il y aura donc moins d’espace entre leurs extrémités. D’où
:
Après ce premier exemple, les élèves sont invités
à comparer trois autres paires d’ensembles inégaux. Le cinquième
problème devient très important. Il s’agit de demander aux
élèves de comparer deux ensembles égaux. On leur proposera
donc de placer un ensemble de quatre éléments à leur
gauche puis un ensemble de quatre éléments à leur
droite. Avec leurs bâtonnets, les élèves sont ensuite
appelés à illustrer la comparaison entre les deux ensembles.
Voici les configurations que nous avons pu observer.
En terme de connaissance, seule la première configuration est
bonne, enfin, c’est la configuration conventionnelle. Les six autres configurations
démontrent que le symbole d’égalité est inconnu. Mais
ces autres configurations sont-elles utiles ?
Si nous observons bien les cinq premières configurations, une
chose est évidente, les élèves ont cherché
à disposer leurs bâtonnets de sorte que la partie de droite
soit parfaitement symétrique à la partie de gauche. En les
questionnant, ils nous expliquent que le nombre d’éléments
étant le même dans chacun des ensembles, ils ont fait en sorte
que leurs bâtonnets montrent cette similitude. Une égalité
numérique illustrée par la symétrie, une propriété
géométrique. Génial comme transfert ! Et dire que
ces élèves n’avaient pas encore abordé de façon
officielle l’étude du concept de
symétrie ! Deuxième coup de génie !
Mais, les deux dernières configurations, bien que symétriques,
sont un peu bizarres. En questionnant les élèves, il est
clair que, cette fois, ils n’ont pas fait appel à la symétrie
pour illustrer l’égalité. Ils nous ont répondu qu’aucun
des ensembles ne contenaient plus d’éléments que l’autre.
En plaçant les bâtonnets de sorte que les écarts entre
leurs extrémités ne soient plus dirigés vers les ensembles,
mais en haut ou en bas, ils expriment l’égalité. Ils justifient
cette configuration en disant : « C’est ni l’un ni l’autre ».
Troisième coup de génie !
Que pouvons-nous conclure de cette expérience réalisée
à maintes reprises avec des résultats similaires ? D’abord
qu’une seule représentation exprime la connaissance mathématique
recherchée. Cette connaissance existait-elle déjà
? Nous l’ignorons, mais il est possible que certains élèves,
qui débutent leur première année, aient déjà
vu le symbole d’égalité.
La seconde conclusion semble beaucoup plus importante, toutes les configurations
démontrent que les élèves ont compris l’importance
d’illustrer l’égalité avec leurs bâtonnets. Ils ont
bien compris que ce qu’ils avaient appris au préalable devait être
modifié tout en gardant une sorte de dénominateur commun
avec les apprentissages précédents.
Ces élèves ont tous manifesté une excellente compréhension,
ils ont été créatifs afin de résoudre leur
nouveau problème. Cette créativité ne les a cependant
pas empêché de respecter les consignes du problème.
Il nous reste maintenant à leur mentionner le symbole conventionnel.
Un truc : après les avoir félicités de leurs inventions,
dites-leur que les mathématiciens ont décidé de choisir
le symbole = parmi tout ce à quoi ils ( vos élèves,
mais aussi les mathématiciens ) avaient pensé. Demandez-leur
si ce choix est justifié et pourquoi. Vous vérifiez ainsi
leur raisonnement. En passant, la plupart des symboles illustrés
précédemment existent en mathématiques.
En leur présentant de cette façon le symbole d’égalité,
vous verrez que, dès le lendemain, notre planète se sera
enrichie d’une vingtaine de mathématiciens.
Que s’est-il donc passé ? D’abord nous avons présenté
un problème. Les élèves ont manifesté qu’ils
le comprenaient en résolvant les quatre premiers problèmes.
Par la suite, ils sont allés plus loin, ils ont inventé une
nouvelle utilisation de leurs bâtonnets pour illustrer l’égalité.
De vrai(e)s Caboche ! Une preuve encore plus évidente de leur compréhension.
Chacune de leurs inventions a été justifiée et
ils ont accepté la symbolisation officielle parce que, elle aussi,
était justifiée en fonction des contraintes du problème
et de ce qui devait être exprimé. Salutations à Troublefête.
Il leur reste à se souvenir de la symbolisation officielle, ce
qui ne sera pas difficile étant donné les inventions justifiées
qui précèdent. Bonjour D3D4!
Cette expérience nous permet aussi de distinguer la communication,
perçue comme une compétence générale s’appliquant
à l’ensemble des activités humaines, de la communication
vue comme une compétence mathématique.
L’invention des diverses configurations montre que l’élève
a compris qu’il lui faut communiquer clairement sa pensée au moyen
des bâtonnets ( compétence générale et transversale
). L’utilisation du symbole d’égalité manifeste la compétence
de communication en mathématiques. C’est-à-dire le besoin
de convenir d’un symbole parmi tous ceux qui sont possibles.
Et alors, qu’est-ce qui vient en premier : la compréhension ou
la connaissance ? S’agit-il d’un problème semblable à celui
qui vise à déterminer si l’existence de la poule a précédé
celle de l’œuf ou si c’est l’inverse ? Il semble que non. Il est clair
que la compréhension, le raisonnement et la connaissance forment
une continuelle valse à trois. Telle connaissance s’appuie sur telle
compréhension qui s’appuie elle-même sur telle connaissance.
Dans l’activité qui précède cependant, il est clair
que les connaissances antérieures utilisées afin de présenter
le problème ont conduit les élèves à développer
une compréhension nouvelle et, par la suite, une nouvelle connaissance.
Ainsi, si nous encadrons les diverses compétences relatives à
un concept, il semble que la compréhension précède
le raisonnement pour conduire ensuite à la connaissance. La construction
de l’ensemble de ces compétences peut certes s’appuyer sur des compréhensions,
raisonnements et connaissances antérieures.
Robert Lyons
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