 |
|
|
MATHADORE
Volume 2 Numéro 84 - 28 avril 2002
|
L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
OUI ou NON!
Vous le savez probablement, le nouveau programme du Québec a
des visés
« intégratrices ». On y parle de compétences
transversales, de domaines d’expérience de vie, de projets… Associer
entre elles les compétences du programme de mathématiques
est essentiel. Associer ces compétences à celles des autres
matières ou à divers domaines d’expérience de vie
devrait être normal. Mais, est-ce que cette occasion, que nous donne
le nouveau programme, a été exploitée ?
Il existe un concept que les enfants maîtrisent avant l’entrée
à l’école, le concept d’opposition. Ce concept s’applique
de façons fort variées dès le premier cycle du primaire.
En éducation physique l’élève distingue l’avant
de l’arrière, la droite de la gauche, le chaud du froid. En morale
il constate que certains actes sont permis alors que d’autres sont interdits.
En arts plastiques il observe les couleurs claires et les couleurs foncées.
En musique, il prend conscience que certains sons sont aigus et d’autres
graves. Il distingue aussi, en plus de les symboliser, les sons ascendants
des sons descendants .
Tout ce qui précède est prévu pour le premier cycle.
Pendant ce temps, en mathématiques, le concept d’opposition se manifeste
aussi par l’apprentissage des notions : en avant, en arrière ; à
droite, à gauche ; en haut, en bas. L’élève
doit aussi se repérer sur un axe. Justement, au sujet du repérage
sur un axe, dans le domaine de l’univers social, l’enfant de 6 ou 7 ans
doit travailler avec l’axe du temps, un axe où il inscrit sa date
de naissance, celle de ses parents, la date du jour,… bref, un axe où
figurent des nombres variant entre 1950 et 2010 environ. Pendant ce temps,
en mathématiques, le programme prévoit l’étude des
nombres inférieurs à 1000 seulement!
Mieux encore, pour le bureau d’approbation des manuels scolaires, pour
qu’un manuel soit approuvé « Le contenu du programme d’études
pour le cycle auquel le matériel est destiné doit intégralement
être respecté, c’est-à-dire couvrir chacun des éléments
et ne pas déborder sur le contenu prévu pour un autre cycle.»
Roger Vézina, directeur, MEQ, le 3 juillet 2001.
Ainsi, en mathématiques, puisque l’apprentissage des nombres
plus grands que 1000 ne doit débuter qu’au deuxième cycle,
les manuels scolaires de mathématiques qui s’adressent aux élèves
du premier cycle ne doivent pas présenter de nombres plus grands
que 1000 mais doivent en même temps « Pour chaque situation
d’apprentissage, établir des liens avec des domaines d’expérience
de vie, des compétences transversales et disciplinaires.»
R. Vézina, le 3 juillet 2001. Donc, en mathématiques,
au premier cycle, il ne faut pas dépasser 1000. Pendant ce temps,
dans le domaine de l’univers social, l’élève se situe dans
le temps. Et il faut associer les mathématiques à l’univers
social ! Il semble qu’au Ministère de l’Éducation du Québec,
certains fonctionnaires utilisent un calendrier qui a de l’âge !
Revenons, aux choses cohérentes ! En mathématiques, depuis
1489, nous disposons d’un système simple, et à la portée
des élèves du premier cycle, pour désigner le concept
d’opposition, il s’agit des entiers relatifs. Au moment de l’introduction
de ces symboles, ils désignaient les manques et les surplus en finance.
Depuis longtemps ils sont utilisés à d’autres fins : la mesure
de température prévue au premier cycle en sciences, la lecture
de l’heure, le repérage sur un axe spatial ou temporel…
Bref, les élèves du premier cycle doivent envisager quotidiennement,
en classe et à la maison, des situations où ils doivent tenir
compte d’oppositions. Mieux encore, il ne leur suffit pas de mentionner
que tel événement est passé ou à venir, mais
aussi de le situer dans un passé ou un futur plus ou moins lointain.
Quoi de mieux que les entiers relatifs pour représenter de telles
situations ?
Et ce n’est pas tout, en musique, l’élève doit apprendre
le « code non traditionnel conventionnel » ( programme p. 247
) où il représente par
les sons aigus et par
les sons graves. Le tout au premier cycle. Alors, dites-moi, cet élève
de 6 ou 7 ans qui développe toutes ces notions où figurent
des oppositions, cet élève de 6 ou 7 ans qui apprend à
symboliser les sons graves et les sons aigus d’une part et, d’autre part,
les sons ascendants et les sons descendants, ne peut-il, en mathématiques,
apprendre à symboliser ces oppositions au moyen des signes
+ et – et même au moyen des entiers relatifs ? Mais voilà,
suivant une tradition de valeur douteuse, les auteurs du programme de mathématiques
ont situé l’étude des entiers relatifs au troisième
cycle, donc pour les élèves de 10 ou 11 ans.
Pendant ce temps, les élèves de 6 ans peuvent avoir accès
à la calculatrice. Sur celle-ci, ils peuvent taper 3 - 2, 6 x 3
ou 5 – 2. Faudra-t-il leur interdire de taper
2 – 5 puisqu’ils obtiendront alors –3 prévu
pour les élèves de 10 ans et plus ? Au lieu de
leur faire prendre conscience que 2 – 5 = -3, faut-il continuer de
leur dire que 2 – 5 est impossible ? Ce qui les conduit trop souvent
à calculer que
42 – 35 = 13 ou encore 10 ( 13 en effectuant 5 – 2 au lieu de 2 – 5
et 10 en croyant que 2 – 5 = 0 ). Quel est ce mystérieux principe
qui propose que pour aider les élèves plus tard, il faut
leur enseigner des faussetés maintenant ?
Avant de tenter d’imaginer différents projets se voulant intégrateurs,
ne devrions-nous pas d’abord nous assurer que les concepts du programme
de mathématiques, qui peuvent être associés sans difficultés
aux concepts des autres programmes, soient développés durant
le même cycle d’un programme disciplinaire à un autre ? Est-il
pensable que les différents contenus des diverses matières
scolaires se rejoignent autrement que par des thématiques trop souvent
artificielles ?
Hum ! Il semble que, une fois de plus, le programme de mathématiques
manque de… «transversalité».
Un merci spécial aux auteurs du programme de musique qui ont
osé montrer que les élèves de 6 et 7 ans peuvent symboliser
une opposition.
Robert Lyons
|