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MATHADORE
Volume 2 Numéro 81 - 7 avril 2002
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
L'évaluation
et le nouveau programme.
« Associée à l’ensemble du processus d’apprentissage,
elle ( l’évaluation ) est utilisée dans une perspective formative
tout au long du cycle, sa fonction primordiale étant de soutenir
l’élève dans sa démarche et de permettre à
l’enseignant d’ajuster ses interventions pédagogiques en conséquence.
» ( page 6 )
« Les apprentissages seront qualifiants également dans
la mesure où ils aideront l’élève à découvrir
et à développer ses forces vives et amorceront, ce faisant,
son processus d’orientation. » ( page 4 )
Ces extraits du nouveau programme du Québec évoquent l’importance
d’axer l’enseignement et l’évaluation non seulement sur l’acquisition
de contenus, mais aussi, et peut-être d’abord, sur les façons
d’apprendre.
Il existe en effet deux dimensions différentes sous lesquelles
peuvent être classées les réalisations des élèves.
Nous pouvons tenter d’observer si, dans un domaine précis, l’élève
possède un ensemble de compétences, il s’agira alors d’une
évaluation de type sommative. Parallèlement, nous pouvons
observer si l’élève est plus à l’aise par rapport
à un type d’apprentissages et découvrir ses façons
d’apprendre. Essayons d’illustrer ce qui précède au moyen
de compétences observables.
1A : L’élève reconnaît diverses situations où
il doit additionner.
1B : L’élève est capable d’expliquer et de justifier
chaque étape de sa technique
d’addition.
1C : L’élève additionne correctement les nombres entiers.
1D : L’élève symbolise correctement une addition.
2A : L’élève associe les solides courants à des
objets de son environnement.
2B : L’élève classifie les solides.
2C : L’élève construit des solides avec des matériaux
appropriés.
2D : L’élève connaît le nom des solides courants.
3A : L’élève choisit l’unité de mesure appropriée
à une situation.
3B : L’élève justifie et explique à la fois la
structure de son instrument de mesure et sa
façon de mesurer.
3C : L’élève mesure avec précision.
3D : L’élève utilise la terminologie et les symboles
nécessaires à la communication de
ses mesures.
Dans une perspective sommative, nous observerons si l’élève
manifeste les comportements A, B. C et D d’un domaine donné. Ainsi,
en mesure de longueur, l’apprentissage de l’élève sera bien
développé si les éléments 3A, 3B, 3C et 3D
sont en place.
Par ailleurs, dans une perspective formative, nous observerons si les
comportements de type A ou B ou C ou D sont manifestés. Ainsi, l’élève
qui montre un bon nombre de comportements de type A établit des
liens entre les mathématiques et le monde où il évolue.
Cet élève comprend le rôle des mathématiques.
L’élève qui développe les comportements de type
B cherche à expliquer pourquoi les instruments et techniques mathématiques
sont construits et utilisés de telle ou telle façon. Il manifeste
et développe son raisonnement.
L’élève qui manifeste les comportements de type C est
un bon technicien, il utilise correctement les instruments et techniques
mathématiques.
Enfin, les comportements de type D manifestent la capacité à
communiquer avec les symboles et les termes appropriés. Ici, la
mémoire joue un rôle primordial.
On voit donc que les même réalisations de l’élève
peuvent nous servir à faire un bilan de ses apprentissages et aussi
à mieux comprendre le ou les types d’apprentissages qu’il maîtrise
ou non. Ces deux bilans sont essentiels, mais le second est celui qui nous
permet de mieux comprendre comment l’enfant apprend et en conséquence,
comment l’aider.
Si nous regardons les compétences disciplinaires du nouveau programme,
il est clair que les auteurs du programme ont voulu faire ressortir que
les diverses compétences sont reliées et qu’elles ne peuvent
être isolées, du moins en ce qui concerne les activités
d’apprentissage. Cela est très approprié. Prenons l’apprentissage
de la mesure, il ne sera vraiment utile que si l’élève sait
quand la mesure est pertinente, s’il peut justifier sa technique ( et en
conséquence avoir confiance en son travail ), s’il mesure avec précision
et s’il peut communiquer ses résultats.
En ce qui concerne l’évaluation cependant, il importe de pouvoir
isoler, durant l’apprentissage, aussi global soit-il, ce qui démontre
la compréhension, le raisonnement, l’efficacité d’application
et l’habileté à communiquer. Si l’apprentissage doit être
global, l’évaluation est forcément morcelée, ce qui
ne l’empêche pas d’être réalisée pendant l’apprentissage.
Si je veux être en santé, je dois tenir compte d’un ensemble
de points à chaque instant de ma vie. Par ailleurs, lorsque je tente
d’évaluer si je suis en santé, je considère tous ces
points de façon isolée afin de découvrir ce que je
dois surveiller.
Il nous faut donc considérer les compétences disciplinaires
du programme de la même façon. En apprentissage, elles sont
reliées, il n’est pas souhaitable de les isoler. Par contre, au
moment d’évaluer, il faut réussir à placer des cloisons
étanches entre elles.
Si nous considérons les types A, B, C et D illustrés précédemment,
nous croyons que le type A doit être associé à la compétence
1 : la résolution de problèmes. Le type D doit être
associé à la compétence 3 : la communication. D’autre
part, le type B s’associe naturellement à la compétence 2
: le raisonnement. Il reste le type C qui vise l’utilisation efficace d’un
instrument ou d’une technique mathématique. Ces comportements se
retrouvent eux aussi dans la compétence 2 du programme quoiqu’ils
soient fort différents des comportements de type B qui sont aussi
situés dans la compétence 2.
Pour mieux comprendre les façons d’apprendre des élèves,
il y a donc lieu de distinguer, au moment de l’évaluation, les manifestations
de types B et C. En acquiesçant à ce qui précède,
nous pouvons construire un bulletin qui ressemble à ce qui suit
:
La lecture horizontale donne un bilan sommatif et la lecture verticale
donne un bilan formatif. Des cotes telles :
A : dépasse
les exigences,
B : atteint
les exigences,
C : n’atteint
pas les exigences,
D : manifeste
des difficultés importantes,
peuvent être utilisées. Ces cotes sont actuellement présentes
dans la politique d’évaluation.
En orientant l’évaluation de cette façon, il est devient
évident que la surprotection nuit au développement des comportements
de type A. On constate aussi que certains problèmes de santé
nuisent à l’acquisition des comportements de type B. Par ailleurs,
l’enfant qui travaille difficilement sous stress a habituellement des difficultés
avec les manifestations de type C. Enfin, des problèmes reliés
à la mémoire affectent les comportements de type D.
On comprendra facilement que l’élève qui a des difficultés,
parce qu’il est surprotégé ou encadré trop strictement
à la maison, ne pourra être aidé de la même façon
que celui qui a des problèmes de santé nuisant à sa
concentration. De la même façon l’élève qui
panique lorsque nous annonçons qu’il ne lui reste que dix minutes
pour terminer un test n’a pas besoin du même type d’aide que celui
qui n’a pas mémorisé la terminologie ou le symbolisme mathématiques.
Utiliser les réalisations de l’élève en vue d’identifier
ses acquis n’est donc pas suffisant. Il faut aussi s’en servir afin de
découvrir les types de compétences où il est plus
ou moins à l’aise. C’est ce qu’il y a de plus précieux lorsque
nous intervenons auprès de lui. Et il n’y a pas lieu d’évaluer
davantage, il suffit d’observer ce qui est évalué dans une
autre perspective.
Robert Lyons
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