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MATHADORE
Volume 2 Numéro 79 - 24 mars 2002
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Auto-évaluation et métacognition
L’évaluation est de plus en plus envahissante. Dans nos classes,
il n’est pas rare d’y consacrer jusqu’à huit semaines par année.
Huit semaines, quarante jours, vingt pourcent du temps de classe où
la poursuite d’apprentissages est mise de côté au profit de
l’évaluation.
À quoi et à qui servira cette évaluation ? Rarement
aux enseignantes qui n’ont pas besoin de ces périodes pour décrire
leurs élèves et leurs apprentissages. Cette multitude de
tests servira à l’administration et permettra l’accumulation de
statistiques peu consultées. Elle servira aux parents afin de leur
faire la preuve que nous avons, pardon, que leur enfant a bien travaillé.
À onze ans, cet élève aura sacrifié une
année de son temps d’apprentissage pour faire la preuve qu’il a
progressé. À seize ans, il aura sacrifié deux années
de son temps scolaire à cette fin. Et maintenant, il devra aussi
s’auto-évaluer ! Et pourquoi pas ? Mais avant de réduire
l’auto-évaluation à une mode, il faudrait peut-être
l’encadrer, la rendre utile.
Jusqu’ici, l’auto-évaluation de l’élève porte sur
ses attitudes et ses apprentissages. Mais nous passons déjà
20% du temps à l’évaluer sur ses apprentissages, n’est-ce
pas suffisant ? Est-ce que l’évaluation par l’élève
de ses apprentissages réduira le nombre de tests que nous lui faisons
passer ? Si oui, bravo ! Que ferons-nous avec ces auto-évaluations
? Les compiler avec les nôtres pour trouver la note finale de l’élève
? Croyez-vous sincèrement que l’élève saura mieux
évaluer ses apprentissages que nous le faisons ? Si tel n’est pas
le cas, à quoi servira l’auto-évaluation ? Et si l’évaluation
de l’élève est meilleure que la nôtre, alors là,
mes ami(e)s, il nous faut nous améliorer.
Qu’en est-il maintenant de l’auto-évaluation des attitudes où
l’élève doit s’attribuer une cote sur des éléments
tels :
- J’ai bien planifié mon travail ;
- J’ai participé au travail de mon équipe ;
- J’ai parlé à mon tour ;
- J’ai aimé ce travail.
Que faire avec l’élève qui s’évalue négativement
sur ces points ? Lui proposer de réciter cinq fois ses tables de
multiplication et trois fois ses tables d’addition ?
Il me semble que l’auto-évaluation peut vraiment nous aider et
aider l’enfant, mais je ne crois pas qu’elle soit bien exploitée
si elle sert tel que mentionné précédemment. Il faudrait
qu’elle nous apprenne quelque chose d’important, quelque chose que l’élève
peut évaluer mieux que nous. C’est possible, réaliste et
facile !
Vous connaissez des élèves qui travaillent fort mais qui
ne réussissent pas ? Et d’autres pour qui tout semble facile ? Question
de talents ? Pas sûr !
J’ai le plaisir d’animer quelques dizaines d’ateliers par année
avec des enseignant(e)s et avec des parents. Il m’arrive de leur demander
comment ils perçoivent les mathématiques. Pour moins de 10
% de ces personnes, elles sont le reflet du monde qui nous entoure. Elles
représentent un ensemble de métaphores qui décrit
ce monde avec beaucoup de créativité et d’esprit de synthèse.
Pour 40% à 50% des adultes, les mathématiques sont d’abord
logiques. Elles consistent en un ensemble de règles ou la rigueur
prime. Enfin pour 40% à 50% des adultes, les mathématiques
sont affaire de trucs, de formules, de vocabulaire, de symboles à
mémoriser.
Voilà des perceptions fort différentes. Des perceptions
qui orientent le travail de chacun de nos élèves. Prenez
une erreur ou une difficulté d’apprentissage, elle peut être
exactement la même chez deux élèves qui ont travaillé
fort différemment. Il faudra les aider en tenant d’abord compte
de ces différences que l’évaluation sommative de fin d’étape
ou d’année ne nous montre pas. Et pourtant nous y consacrons 20%
du temps de classe !
Que faire ? Il faut que chaque élève nous aide en nous
informant sur sa perception des mathématiques et des gestes qu’il
doit poser pour réussir. Mieux que tout autre l’élève
est en mesure de nous informer sur ses méthodes d’apprentissages.
Il est possible de concevoir des personnages qui personnifient des attitudes,
des façons de travailler, des perceptions. Nous pouvons rendre ces
personnages très vivants au point que les élèves peuvent
les imiter et, eh oui, s’auto-évaluer par rapport à eux.
Ces personnages constitueront des modèles pour guider les élèves
dans leur démarche d’apprentissage.
Pensez-y, si vous demandez à un élève de six ans
de se concentrer, d’être créatif, de raisonner, d’essayer
de comprendre,… Croyez-vous vraiment qu’il sache comment réagir
? Et lorsqu’un adulte vous dit qu’un élève ne comprend pas
car il manque de logique, peut-on croire que cet adulte distingue la compréhension
du raisonnement ? Il s’agit pourtant de facultés fort différentes.
En terminant, même si Mathadore soulève souvent des questions,
nous n’avons rien contre la proposition de solutions. En conséquence,
Mathadore 82 vous présentera trois personnages métacognitifs
bien connus de milliers d’élèves. Ces personnages peuvent
vous aider et aider vos élèves.
Robert Lyons
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