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MATHADORE
Volume 2 Numéro 78 - 17 mars 2002
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Ah ! Les fractions !
Si vous avez obtenu les premières versions
du nouveau programme, vous avez pu constater qu’en ce qui concerne les
fractions, les changements ont été nombreux d’une version
à l’autre. Il est clair que les auteurs de ce programme voulaient
éviter aux élèves les nombreuses difficultés
accompagnant l’apprentissage des fractions. Il est clair aussi que, dans
ce but, ils ont eu le réflexe habituel qui consiste à repousser
l’apprentissage le plus loin possible.
En trente années de pratique axées
sur la compréhension des difficultés des élèves
et de leurs causes, nous avons constaté que celles-ci étaient
rarement dues au fait que nous allions trop vite. Au contraire, les difficultés
les plus répandues et les plus persistantes découlent d’une
séquence d’apprentissages qui est trop longue. En ce qui concerne
les fractions, les difficultés proviennent presque toujours d’un
apprentissage trop tardif. La séquence d’apprentissage permet aux
élèves de développer des concepts « temporairement
vrais ». Des concepts qui permettent de « comprendre »
les opérations sur les entiers positifs mais qui conduisent ensuite
à l’échec.
Le nouveau programme repousse au secondaire les
techniques de calcul sur les fractions, se contentant du développement
du « sens des opérations » chez les élèves
de 10 et 11 ans ( troisième cycle ). On remarquera qu’au premier
cycle ( 6 et 7 ans ), le programme mentionne certains sens à utiliser
lorsque sont présentées les opérations sur les entiers
positifs. En ce qui concerne les fractions, aucun exemple.
Faut-il en conclure que les opérations
sur les fractions ne s’appliquent pas dans la réalité ? Ou
qu’opérer sur des fractions n’a pas le même sens qu’opérer
sur les entiers ? Une chose est certaine, lorsqu’un élève
apprend à compléter 3 + ¤ = 5 à six ans et
lorsqu’on attend qu’il atteigne douze ou treize ans pour lui demander de
résoudre 3 + x = 5, il est souvent étonné d’apprendre
que x = 2. En fait, ce qui l’étonne, c’est que nous ayons pris autant
de temps à aborder cette forme d’équation alors que déjà
à six ans… Il y a même des élèves qui pensent
que x = 2, mais n’osent pas le dire de peur de passer pour des élèves
de six ans ! D’autres pensent que tout ce temps écoulé entre
l’apprentissage de 3 + ¤ = 5 et de 3 + x = 5, prouve que x ne peut
être égal à 2.
Que se passe-t-il avec les fractions ? Le temps
passé entre l’apprentissage des opérations sur les entiers
et l’apprentissage des opérations sur les fractions est perçu
par l’élève comme une preuve que les opérations sur
les fractions n’ont rien à voir avec les opérations sur les
entiers. Le nouveau programme étire plus que jamais la période
entre ces deux apprentissages et vous pouvez parier que l’enseignement
des opérations sur les fractions sera plus difficile que jamais
à moins que les méthodes d’enseignement évoluent.
Bref, il faudra contrer les effets néfastes du programme en tentant
de faire oublier aux élèves qu’ils sont en train de faire
une multiplication ou une division.
Pensez-y, l’élève qui a appris à
six ans que la multiplication est une addition répétée,
devra l’oublier lorsqu’il apprendra que ½ x ½
= ¼. Plus il aura eu du succès avec sa conception première
du « sens de la multiplication », plus il lui sera difficile
de l’oublier.
En ce qui concerne les fractions, le nouveau programme
fait donc la pire erreur et il est à prévoir, qu’au secondaire,
l’apprentissage des opérations sur les fractions sera plus difficile
que jamais. Il aurait pourtant été si facile de régler
ce problème !
Un dernier mot, cette fois sur les entiers relatifs.
Le programme en maintient l’apprentissage à la fin du primaire.
Ici aussi ceux qui l’ont conçu ont raté une belle occasion.
Pensez-y, en addition, l’élève apprendra qu’additionner c’est
ajouter et pourtant (+4) + (-5) = (-1) et, par ailleurs, la soustraction
est présentée comme un retrait jusqu’au jour où (+4)
– (-5) = (+9)…
Croyez-vous sincèrement que les élèves
qui vivront avec ce nouveau programme sauront éviter mieux que leurs
prédécesseurs les embûches qui ont conduit plusieurs
de ceux-ci à de nombreuses difficultés ?
Pourquoi les auteurs du nouveau programme n’en
ont-ils pas profité pour corriger ces erreurs qui ont figuré
dans tous les programmes précédents alors que depuis vingt
ans ces erreurs sont connues ? Pourquoi n’ont-ils par profité de
ce nouveau programme pour forcer l’implantation de nouvelles habitudes
d’enseignement ? Que risquaient-ils puisque ces nouvelles habitudes sont
validées depuis au moins dix ans et ont prouvé que les élèves
de huit ou neuf ans peuvent effectuer les quatre opérations aussi
bien sur les entiers que sur les fractions ?
Robert Lyons
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