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MATHADORE
Volume 2 Numéro 70 - 20 janvier 2002
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Pourquoi l’échec en mathématiques ?
Malgré les progrès de la médecine du cerveau, la
bosse des maths demeure introuvable. Que nous le voulions ou non, les mathématiques
ne sont pas héréditaires et les aptitudes facilitant leur
apprentissage ne dépendent ni de la culture, ni de la race, ni de
la fortune, ni de l’état matrimonial d’un individu ou de ses parents.
Elles ne dépendent pas non plus du sexe de l’élève.
Mais, elles peuvent dépendre de l’âge et, dans ce cas, plus
c’est tôt, plus c’est facile.
Si nous excluons les élèves affectés par certains
problèmes de santé, tous peuvent réussir en mathématiques.
Mais alors, pourquoi tant d’échecs ?
Il semble bien que la cause principale en soit la perception que nous
avons des mathématiques et, en conséquence, des gestes à
poser pour réussir à les apprendre. Pour certains, les mathématiques
sont d’abord et avant tout analogiques. Elles ont du sens, elles étudient
le monde qui nous entoure sans exclure l’étude de problèmes
théoriques ou imaginaires. Pour ces gens, la règle qui veut
qu’« un moins multiplié par un moins égale un plus
» s’associe, entre autres, avec le fait que deux négations
conduisent à une affirmation. Pour eux, extraire une racine carrée,
c’est simplement trouver la longueur du côté d’un carré
dont l’aire est donnée. Pour eux, l’égalité
1 $ ÷ ½ = 2 $ a du sens et signifie, par exemple, que
1 $ est la moitié de 2 $. Pour ces gens, les mathématiques
sont utiles. Lorsqu’ils les apprennent, ils tentent d’abord de les comprendre
en les associant à du concret, à la réalité.
Lorsqu’ils vérifient leurs solutions, ils constatent vite si celles-ci
ont du sens ou non et, ensuite, ils cherchent les erreurs mineures de calcul
ou de transcription.
Pour une seconde catégorie d’élèves, les mathématiques
sont d’abord logiques. Penser mathématiques, c’est penser de façon
rigoureuse, analytique. C’est chercher des régularités, des
lois, des formules, des algorithmes. Le contexte est secondaire, il s’agit
de partir d’un ensemble de prémisses et de construire logiquement
des conclusions. Pour ces gens, la preuve importe plus que le sens. Ils
cherchent le
« pourquoi » et non le « pour quoi ». Ils vous
prouveront qu’un moins multiplié par un moins égale un plus
en utilisant des règles mathématiques pour jouer adéquatement
avec des symboles et ce, souvent, sans que soit évoqué une
seule application courante.
Enfin, il existe une troisième catégorie d’élèves
qui considèrent qu’en mathématiques, la mémoire est
la clé du succès. Ceux-là croient qu’en multipliant
le nombre d’exercices semblables ils finiront par comprendre. Pour eux,
il faut mémoriser les définitions, la terminologie, les tables,
les formules… Et, après cela, apprendre à quoi tous ces apprentissages
servent et, si possible, apprendre pourquoi ils fonctionnent. Ceux-là
savent que, pour diviser un nombre par une fraction, il faut multiplier
ce nombre par l’inverse de la fraction. Pourquoi ? À quoi cela sert-il
? Plus tard, peut-être, le sauront-ils…
Combien d’adultes nous ont dit avoir réussi en mathématiques
grâce à leur mémoire ? Combien d’enseignants nous ont
dit avoir compris leurs mathématiques en les enseignant, c’est-à-dire,
lorsqu’il leur a fallu trouver des exemples concrets afin de les présenter
à leurs élèves ?
Il est possible que nous n’ayons pas tous les même talents, il
est possible que certains aient la chance d’avoir une combinaison de talents
qui leur permet d’apprendre les mathématiques avec plus de facilité
que d’autres. Mais cela a probablement moins d’importance que la perception
qu’ils ont des mathématiques et des gestes à poser pour les
apprendre.
Quels que soient les talents que nous possédons, celui qui perçoit
les mathématiques comme étant une interprétation de
la réalité est avantagé par rapport à celui
qui y cherche d’abord une structure rationnelle, une logique et ce, même
si les mathématiques sont des plus rationnelles. Et celui qui est
et restera désavantagé est celui qui croit que les mathématiques
sont ni plus ni moins qu’un ensemble d’éléments à
mémoriser et à acquérir à la suite d’une longue
pratique.
Bref, le succès en mathématiques dépend très
peu de nos talents, un peu de notre travail et énormément
de nos perceptions. Or, une perception, ce n’est pas héréditaire,
c’est quelque chose que nous acquérons, c’est aussi quelque chose
que nous pouvons changer.
Robert Lyons
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