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MATHADORE
Volume 2 Numéro 69 - 13 janvier 2002
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Calculatrice et priorité des opérations
Le nouveau programme du Québec insère l’utilisation de
la calculatrice dès le premier cycle ( élèves de six
et sept ans ) et situe au troisième cycle, donc quatre ans plus
tard, l’apprentissage de la priorité des opérations en précisant
« suite d’opérations sur les nombres naturels » ( pp.
140 et 135 ).
Or, l’utilisation d’une calculatrice pose rapidement le problème
de la priorité des opérations. En effet, alors que la calculatrice
la plus simple calcule que 3 + 4 x 5 = 35, la calculatrice scientifique
trouve que 3 + 4 x 5 = 23. Bref, la calculatrice scientifique utilise la
priorité des opérations, l’autre non.
Comment permettre aux élèves de 6, 7, 8 et 9 ans de travailler
avec la calculatrice sans les initier aux règles de priorité
des opérations ? Faut-il interdire la calculatrice scientifique
avant l’âge de 10 ans et interdire la calculatrice la plus simple
à compter de l’âge de 10 ans ? Cette solution est à
rejeter sans hésiter lorsqu’on sait que, parmi les pires difficultés
des élèves, plusieurs résultent d’un enseignement
morcelé où les élèves ont, d’une année
à l’autre, l’impression que les lois mathématiques changent.
Faut-il alors interdire l’utilisation de la calculatrice avant l’âge
de dix ans ? Ce serait contraire au programme et certainement non souhaitable.
Ce serait aussi ridicule que d’interdire, avant dix ans, la lecture de
l’heure sur une horloge à aiguilles sous prétexte que celle-ci
rappelle les diagrammes circulaires qui ne sont au programme qu’à
compter de dix ans.
Il n’y a aucun doute, il faut que les élèves étudient
les règles de priorité des opérations dès l’âge
de six ans. Ils en auront besoin pour comprendre ce qui arrive lorsqu’ils
utilisent leur calculatrice ou un ordinateur. Mais aussi, la priorité
des opérations sert à construire la numération positionnelle
dès la première année de scolarité. Ainsi,
4 centaines + 2 dizaines + 5 unités signifie et peut être
noté 4 x 100 + 2 x 10 + 5 x 1. Est-ce 425 ou 4025 ? Prenons
simplement le nombre 425. Pour l’interpréter correctement, il faut
comprendre que la position a une valeur multiplicative et il faut attribuer
cette valeur multiplicative et positionnelle à chacun des chiffres
de 425 avant de totaliser. Donc, pour comprendre la numération positionnelle,
au programme à six ans, il faut connaître les lois de priorités
des opérations au programme à dix ans seulement.
Au sujet de la priorité des opérations, il faut savoir
qu’elle n’est pas toujours appliquée ou mieux, qu’elle n’est pas
toujours applicable. Ainsi, en calcul mental, si l’on vous demande de trouver
la valeur de 2 + 3 x 4 + 8 ÷2… il n’est pas possible de mémoriser
d’abord cette suite d’opérations pour ensuite effectuer d’abord
les multiplications et les divisions et ensuite les additions et les soustractions.
Nous les effectuons au fur et à mesure qu’elles nous sont dictées,
tout comme le fait la calculatrice la plus simple. Par contre, si
la suite d’opérations est écrite ou si elle est insérée
dans la mémoire d’une calculatrice scientifique ou d’un ordinateur,
la priorité devient applicable. Bref, les mathématiques sont
au service des circonstances et non l’inverse.
Autre problème : en page 127, le programme mentionne qu’au premier
cycle l’élève « élabore une solution qui comporte
une ou deux étapes... » ; au deuxième cycle, les solutions
comportent « quelques étapes ». D’autre part, en page
133 l’élève doit, dès l’âge de six ans, produire
un message écrit, telle une solution, en utilisant le langage mathématique.
Posons le problème suivant : « Si tu achètes 2 pommes
à 25 cents chacune et que tu as 98 cents, combien auras-tu après
cet achat ? » La solution écrite à ce problème
est : 98¢ – 2 x 25¢ = 48¢. Cette solution exige la connaissance
de la priorité des opérations. Si la solution est rédigée
en deux étapes ( 2 x 25¢ = 50¢, 98¢ - 50¢ =
48¢ ) il faut encore s’assurer que la multiplication soit effectuée
avant la soustraction. Ce problème est adéquat pour des élèves
de six ou sept ans, mais, pour le résoudre, il faut respecter la
priorité des opérations. On constate donc que la priorité
des opérations s’impose dans la solution du problème avant
d’être utilisée dans la notation de cette solution.
Si le nouveau programme repousse au troisième cycle, donc à
compter de dix ans, l’utilisation de telles phrases mathématiques,
il s’agit d’un recul important par rapport aux programmes précédents.
Bref, les auteurs du programme ont ici perdu de vue certains liens élémentaires
entre divers concepts et instruments mathématiques. Il y a lieu
de corriger cette maladresse en ramenant l’apprentissage des bases de la
priorité des opérations dès la première année
de scolarité.
Robert Lyons
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