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MATHADORE
Volume 2 Numéro 66 - 9 décembre 2001
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Diviser c'est...
Il semble que rien ne soit plus difficile que de prédire… l’avenir.
Et pourtant, lors de l’implantation d’un nouveau programme, il serait fort
utile d’en prédire les résultats chez les élèves.
Par ailleurs, il semble que le passé soit garant du futur et que
des programmes semblables produisent des résultats similaires. Alors,
consultons le passé pour nous informer sur le futur.
À ce jour, les programmes de mathématiques amorcent l’enseignement
de la division en la présentant comme un partage ou comme une mesure.
La division-partage permet de comprendre que 10 mètres ÷5
= 2 mètres. La division-mesure justifie que 10 mètres ÷
5 mètres = 2. Sur le plan purement technique, si nous oublions la
nature des unités en présence, la division est souvent vue
telle une soustraction répétée. Ainsi, pour solutionner
12 ÷ 3, il est possible de trouver 4 en soustrayant exactement quatre
fois le nombre 3 de 12, obtenant ainsi zéro comme réponse
à la quatrième soustraction : 12 – 3 – 3 – 3 – 3 = 0.
Si nous tentons de coller un sens à cette soustraction répétée,
nous ne pouvons y associer que le sens de mesure ou de contenance. Ainsi,
12 mètres ÷ 3 mètres calculé en effectuant
12 m – 3 m – 3 m – 3 m – 3 m = 0 a du sens. Par contre
12 mètres ÷ 3 = 4 mètres ne peut être traduit
par 12 m – 3 – 3 – 3 – 3 = 0.
Bref, c’est sous les aspects de partage ou de mesure que la division
est traditionnellement présentée aux élèves.
Quel en est le résultat ? Le partage constitue une image mentale
tellement forte, parce que correspondant à de nombreuses situations
quotidiennes, que pour la quasi totalité des élèves
et des adultes, diviser c’est, d’abord et avant tout, partager. Et si le
partage ne s’applique pas, associer la division à la mesure suit
presque automatiquement.
Mais qu’en est-il lorsque diviser ne peut être associé
ni au partage, ni à la mesure ? Essayez de comprendre que :
3 mètres ÷ 0,25 = 12 mètres ou 3 mètres
÷ 1/4 = 12 mètres
Les égalités précédentes illustrent certes
les joies du partage…
Et que penser de :
12 ÷ (-3) = (-4) ?
Et puis il y a 4xy ÷ x = 4y qui s’avère difficile, comme
pour les cas précédents, à interpréter comme
un partage ou une mesure. Comment dans ce cas traduire la division au moyen
de la soustraction répétée ?
Comment se fait-il que tant d’élèves se retrouvent en
difficulté au moment d’apprendre la multiplication et la division
sur les fractions où ½ x ½ = ¼ ? S’agit-il
d’une addition répétée ou d’un ensemble de paquets
égaux ? Et que penser de
x ÷ 1/2 = 2x ? Partage ? Mesure ? Soustraction répétée
? Comment se fait-il que de nouvelles difficultés apparaissent
avec l’apprentissage des opérations sur les entiers relatifs où
(-3) x (-4) = (+12) ? Est-ce une addition répétée
:
(-3) + (-3) + (-3) + … = (+12) ? Qu’en est-il de (+6) ÷
(-2) = (-3) ? Le partage de 6 $ entre « moins deux » amis sans
doute ! Ou la mesure du nombre de « dettes de 2$ » que j’ai
lorsque je possède 6 $ ! Et par soustraction répétée,
comment obtenir –3 ? En effectuant : ( +6) – (-2) = (+8), (+8) – (-2) =
(+10)…? C’est vraiment mal parti !
Comment le nouveau programme (page 135) présente-t-il la division
? Une soustraction répétée, un partage et une contenance
(une mesure pour le commun des mortels). Et pour la multiplication ? Une
addition répétée, un produit cartésien (Ouf
! Un produit cartésien est un ensemble d’éléments
et non le cardinal de cet ensemble. Faut-il rappeler qu’un « produit
» est le résultat d’une multiplication ? Les auteurs du programme
se sont égarés ici…) et le programme ajoute « etc.
». Bref, le nouveau programme présente la multiplication telle
une addition répétée, le « produit cartésien»
étant une erreur, et le « etc. » peu précis.
Il est aussi intéressant de constater que c’est dans la section
« Nombres naturels » que les sens précédents
sont attribués à la multiplication et à la division.
Lorsque le programme mentionne le sens des opérations dans la section
« Nombres décimaux » il se contente (page 135) de noter
: « Sens des opérations : multiplication et division ».
Et dans la section portant sur les « Fractions » on retrouve
« Sens des opérations (à l’aide d’un matériel
concret et de schémas) : addition, soustraction et multiplication
par un nombre naturel ».
Hum! On dirait qu’en abordant les nombres décimaux et les fractions,
les opérations n’ont plus le même sens à moins… qu’elles
n’aient tout simplement plus de sens ? Et pourtant !
Bref, le nouveau programme reconduit les mêmes analogies relatives
à la multiplication et à la division que les programmes précédents.
Peut-on espérer que les élèves, qui le vivront, comprendront
mieux les opérations sur les fractions et les entiers relatifs et
qu’ils les généraliseront mieux en algèbre ?
Chères lectrices et chers lecteurs de Mathadore, peut-être
qualifierez-vous d’obsession l’analogie à laquelle nous tenons et
que nous mentionnons régulièrement entre la multiplication
et l’aire du rectangle, mais cette analogie fonctionne aussi avec la division,
la racine carrée et la factorisation. Elle permet d’illustrer les
multiplications et les divisions sur tous les types de nombres. Alors pourquoi
ne pas lui donner une place prépondérante ? Pourquoi servir
à nouveau des analogies d’exceptions telles l’addition répétée,
le partage, la mesure ? Nous connaissons depuis des années les dommages
résultant de ces associations restrictives que chacun peut constater
dans sa compréhension des opérations sur les fractions, sur
les entiers relatifs,…
En guise de conclusion, le nouveau programme propose, de façon
exclusive, des analogies qui conduisent à des échecs bien
connus. Ces analogies continueront à nuire surtout à l’apprentissage
de la division sur les fractions d’abord, sur les entiers relatifs ensuite
et enfin sur les expressions algébriques. Et dire que depuis au
moins vingt ans cela est connu et que la solution a été trouvée
et validée auprès de dizaines de milliers d’élèves.
Malheureusement, au ministère de l’Éducation du Québec,
la validation d’un programme et, par la suite d’un matériel d’enseignement,
consiste en une activité strictement spéculative où
l’essentiel se réduit à vérifier si le vocabulaire
prôné par le MEQ est utilisé, ad nauseam.
Robert Lyons
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