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MATHADORE
Volume 2 Numéro 59 - 21 octobre 2001
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Le scribe qui jouait à faire comme si…
La Presse
Montréal, le 17 mars 2222
Deux milliards de bio-calculateurs défectueux
C’est à une véritable hécatombe
technologique qu’assistent actuellement les scientifiques de la planète.
Bien qu’encore partiel, le bilan du Bogue des deux
laisse présager que près du tiers
des bio-calculateurs en usage dans le monde
sont désormais hors d’usage. Implantés
à la base du cerveau dès la naissance,
ces micro-processeurs moléculaires fournissent
aux humains l’indispensable
capacité de calcul et la précieuse
faculté d’estimation.
Tandis que, faute de ressources financières,
les gouvernements mondiaux se
butent à la quasi-impossibilité
de remplacer tous ces bidules désormais
inutilisables, une équipe de chercheurs
déléguée par la Commission mondiale
de l’intelligence et de la créativité
lance un projet de recherche visant à
réintroduire dans les programmes de formation
scolaire l’apprentissage du
calcul non assisté par bio-calculateur.
[…]
Montréal,
Musée de neuro-histoire des mathématiques,
Le 18 mars 2222.
Penchée sur sa table-écran, le docteur
Caroline Lovato mettait la touche finale
à l’organisation de la première
mission des jeunes ayant été sélectionnés pour
faire partie du projet-pilote. Ses connaissances
de l’histoire des mathématiques
lui avaient permis de repérer le premier
scénario virtuel que les apprentis-archéologues allaient
devoir vivre pour amorcer la reconquête du
calcul humain. À l’écran apparaissaient
les informations suivantes :
Papyrus de Rhind
C’est d’Égypte que nous parviennent les
plus anciens documents destinés à l’enseignement de l’arithmétique
et du calcul. Parmi ces sources inestimables
figure, au premier plan, le papyrus de Rhind,
parfois aussi appelé papyrus
d’Ahmès en hommage au scribe égyptien
qui l’a rédigé. Le papyrus de Rhind
est une retranscription d’un document beaucoup
plus ancien, remontant
probablement jusqu’aux connaissances transmises
par le grand Imhotep, génial concepteur de la première pyramide
égyptienne, le mastaba de Sakkarah.
À quelques pas de là, le professeur
Samuel Markov vérifiait l’équipement de
chacune des nacelles destinées à
recevoir les jeunes regroupés en équipes de
deux ou trois. Chaque voyageur du passé
devra poser sur sa tête le neuro-
casque donnant accès à la projection
virtuelle. Reliés par contact neuronal, les membres de chaque équipe
pourront alors communiquer entre eux de même
qu’avec les personnages de la projection virtuelle.
Pour le docteur Lovato et le professeur Markov,
cette première journée de
travail avec les jeunes revêtait une importance
particulière. Des questions
importantes se bousculaient dans leur tête.
Privé de son bio-calculateur, le
professeur Markov avait fermement résolu
de tenter par tous les moyens de
vivre ce projet-pilote en se mettant dans la
peau des jeunes. Il avait hâte de se prouver à lui-même
qu’il pouvait participer lui-aussi à la redécouverte du calcul
non assisté. Le docteur Lovato craignait pour sa part que le fait
qu’elle jouissait toujours d’un bio-calculateur en parfait état
de fonctionner ne l’empêche de comprendre les perceptions des apprentis-archéologues
et leurs difficultés, le cas échéant. « Le calcul
est tellement une activité évidente pour moi. Comment ne
pas intimider ces jeunes qui vont chercher à en prendre possession
avec des moyens ancestraux ? » se questionnait-elle souvent. D’autres
interrogations leur venaient de collègues plutôt sceptiques
: Les jeunes auront-ils les connaissances préalables essentielles
? Que faire s'il y en a qui éprouvent des difficultés importantes
? En les laissant explorer librement, n'avez-vous pas l'impression de les
abandonner purement et simplement à leur sort ?
Mais déjà les jeunes faisaient leur
entrée dans le laboratoire accompagnés des
guides chargés de les renseigner sur le
fonctionnement des équipements.
Anxieuse mais enthousiaste, le docteur Lovato
accueillit les nouveaux arrivants
et, sans autre préambule, leur confia
leur première mission.
Mission 1
Cité égyptienne de Thèbes
Visite à l’école du scribe Ahmès
Debout devant une lourde table en bois, l’homme
au crane rasé et à la carrure
de lutteur n’avait pas encore constaté
la présence des apprentis-archéologues. Entièrement
absorbé par son travail, il plongeait une sorte de pinceau dans
l’encrier placé sur sa gauche. Posant
les yeux sur le vieux papyrus sacré devenu
en certains endroits pratiquement illisible,
il en recopiait chaque élément sur un papyrus neuf pour pouvoir
perpétuer l’enseignement traditionnel et indispensable contenu dans
le précieux documents vieux de deux siècles, mais remontant
à l’enseignement du grand Imhotep. Le titre du papyrus donnait une
bonne idée de la valeur attribuée alors aux connaissances
contenues dans ce rouleau étroit et long de plusieurs mètres
: « Directions pour obtenir une connaissance de toutes choses, inhérentes
à tout ce qui existe, connaissance de tous les secrets ».
- Tiens ! Vous voilà, lança Ahmès
après avoir entendu les jeunes marcher vers
sa table de travail. J’allais oublier qu’il est
maintenant l’heure de la leçon.
Jetant un furtif regard sur le papyrus, l’un des
jeunes ne put s’empêcher d’ouvrir grand les yeux devant les signes
incompréhensibles qui recouvraient le document
du savant égyptien.
- Ce sont des nombres ! lui lança le scribe
en éclatant de rire. Je suis justement
en train de recopier différents problèmes
qui permettent de comprendre les
calculs que doivent faire les fonctionnaires
du Pharaon lors des échanges commerciaux avec les marchands phéniciens,
syriens ou asiatiques. Suivez-moi!
Nous allons jouer à faire comme si vous
étiez les fonctionnaires du pharaon et
moi le marchand. Je viens vous vendre des œufs.
Les novices suivaient Ahmès qui se dirigeait
vers un bac rempli de sable.
- Que voyez-vous ? leur demanda le scribe après
avoir tracé trois traits
verticaux sur le sable (figure 1).
- Des traits ! répondirent les jeunes en
chœur.
- Mais non ! lança le scribe, tout en laissant
échapper son rire tonitruant. Ce
sont des œufs, des œufs frais que vous avez commandés
pour les prêtres du
temple. D’ailleurs, voici d’autres œufs que j’ai
apportés pour eux...
Sur le sable, Ahmès ajouta cinq autres
signes rappelant chacun la lettre U
inversée (figure 2).
- Avec les trois déjà tracés,
cela fait maintenant huit œufs, commenta
machinalement l’un des novices.
- Pas du tout, répliqua Ahmès en
fronçant les sourcils pour se donner un air faussement insulté.
Il y en a cinquante-trois, par Osiris ! Ouvrez bien grands
les yeux de votre esprit et vous verrez que ce
signe, rappelant l’anse d’un
panier, représente plusieurs œufs… Mais
ce n’est pas tout ! Je suis un
marchand, souvenez-vous-en, et je transporte
beaucoup d’autres œufs frais
dans ma charrette.
Ahmès ajouta deux nouveaux signes aux précédents
avant de poser son regard interrogateur sur ses jeunes protégés
(figure 3). La lueur qu’il perçut alors dans
leurs yeux le fit sourire de satisfaction. Les
apprentis-archéologues venaient
vraiment de saisir le sens du jeu de l’esprit
que le scribe leur proposait.
- Ces deux nouveaux signes me font penser aux
boucles de cheveux sur ma
tête, suggéra la moins timide des
élèves. Je pense que chacun doit vouloir dire
un assez grand nombre d’œufs, n’est-ce pas ?
- Autant qu’il y en aurait dans dix paniers identiques
à ceux déjà tracés !
répondit le scribe dont le regard devint
soudain plus mystérieux.
- Il y a donc deux cent cinquante-trois œufs dans
votre charrette, monsieur le marchand, s’exclama le plus jeune des élèves.
Voyant que ses visiteurs avaient maintenant saisi
le sens de sa démonstration,
Ahmès effaça l’une des boucles
et la remplaça par dix anses (figure 4) :
- Et même si je change ce signe-là
pour ceux-ci, j’ai encore et toujours deux
cent cinquante-trois œufs… C’est un changement
qui n’a rien changé du tout !
Alors, maintenant, combien de boucles voyez-vous
?
- Une seule, se hasarda le novice debout à
côté d’Ahmès…
- Regarde mieux, souffla le scribe d’un ton sibyllin,
et tu en verras encore deux…
Après avoir soigneusement effacé
tous les signes en nivelant le sable au moyen
d’une planchette, le savant professeur couvrit
à nouveau la surface de chiffres égyptiens (figure 5).
- Voici les œufs que je vous livrerai demain (Ahmès
montrait les signes
regroupés à gauche du bac)… et
le jour suivant (pointant cette fois les signes
tracés du côté droit). Combien
cela en fait-il pour ces deux jours ? Et combien
y en a-t-il dans le lot d’après-demain
de plus que dans celui de demain ? Le
jour d’ensuite, je vous en apporterai trois fois
plus que le nombre prévu pour
demain. Et dans une semaine, j’en livrerai seulement
la moitié du nombre
annoncé pour après-demain… Je pense
que mes jeunes fonctionnaires ont
beaucoup de boulot devant eux, n’est-ce pas ?
Penchés sur le bac, les apprentis-archéologues
se mirent à discuter et à spéculer
au sujet de la façon dont les fonctionnaires
égyptiens pouvaient effectuer ces opérations, sans autre
moyen que ces simples signes numériques et cet espace
sablé.
Ahmès, satisfait, retourna à sa
table de travail poursuivre la transcription du
vieux manuscrit.
Montréal,
Musée de neuro-histoire des mathématiques,
Salle des discussions.
Réunis dans un petit amphithéâtre,
les jeunes explorateurs du passé discutaient bruyamment de leur
première mission. De nombreuses questions leur brûlaient
les lèvres et le docteur Lovato les affichait
au fur et à mesure sur l’écran géant
qui tapissait la moitié du mur placé
devant l’assistance :
1. À quelle époque vivait le scribe
Ahmès ?
2. Où se situait la ville égyptienne
de Thèbes ?
3. Qu’est-ce qu’un scribe ?
4. Comment fabriquait-on le papyrus ?
5. D’où vient le nom du papyrus de Rhind
?
6. Où se trouve ce document aujourd’hui
?
7. Comment les anciens Égyptiens écrivaient-ils
les plus grands nombres ?
Mathadore
44
8. Qui était Imhotep et quand a-t-il vécu
?
9. …
Quand le calme fut rétabli, le professeur
Markov leur proposa de se répartir le
travail et d’utiliser la documentation du musée
pour répondre à toutes ces interrogations. Les puissants
moteurs de recherche mis à leur disposition leur donnaient effectivement
accès à une quantité inépuisable de connaissances.
« Quelle équipe se chargera de la
première question ? » demanda Samuel
Markov qui jouait le jeu de façon spontanée
et enthousiaste. Les jeunes étaient gonflés à bloc
juste à savoir que le célèbre savant apprenait en
même temps
qu’eux les rudiments du calcul égyptien.
Reportant à plus tard le moment de répondre
à leurs interrogations, les apprentis-archéologues présentèrent
ensuite le fruit de leurs réflexions au sujet
des chiffres égyptiens et des modes de
calcul adoptés par les fonctionnaires du
temps d’Ahmès pour effectuer les opérations
de base au moyen de leur
numération chiffrée.
Message aux abonnés de MATHADORE
Vous avez la chance de côtoyer des enfants
de 8 ans et plus ? Alors, faites du recrutement pour qu'ils se joignent
au projet-pilote du docteur Lovato et du professeur Markov. Invitez des
jeunes à nous suivre au Musée de neuro-histoire pour
participer à la conquête des secrets perdus du calcul. Des
découvertes et des épreuves passionnantes attendent vos apprentis-archéologues.
Seul le travail d'équipe leur permettra de couronner de succès
chacune des missions qui les attendent.
Laissez-nous savoir par courriel (michel.lyons@videotron.ca)
que vos
aventurières et aventuriers sont à
bord et inscrivez votre enfant ou votre groupe
dès aujourd'hui. Cette inscription est
gratuite et ne comporte aucune obligation
de votre part.
Message aux parents ou aux enseignants ayant inscrit
des jeunes au projet
D'ici la prochaine mission qui aura lieu dans
trois semaines Mathadore 62
nous vous ferons parvenir quelques éléments
susceptibles de vous aider à accompagner les jeunes dans leur première
mission :
- quelques notes pédagogiques permettant
de situer l'importance de cette
mission;
- des problèmes permettant d'approfondir
les connaissances préalables visées;
- des suggestions diverses en relation avec la
mission.
N'hésitez pas à communiquer avec
nous dès que des questions ou des
suggestions vous viennent à l'esprit.
À bientôt !
Caroline Lovato
Samuel Markov
Musée de neuro-histoire de Montréal
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