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MATHADORE
Volume 2 Numéro 57 - 7 octobre 2001
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Les compétences disciplinaires
C’est fait ! Le Québec vient de se donner un nouveau programme
de mathématiques au primaire. Cette année, nous analyserons
périodiquement ce nouveau programme. Bien que les lecteurs de Mathadore
se situent surtout au Québec, on en retrouve partout au Canada,
et aussi en Europe, en Inde, au Japon et aux États-Unis. Nous croyons
cependant que cette analyse peut intéresser le lecteur qui n’est
pas du Québec puisque les programmes de mathématiques se
ressemblent sous plusieurs aspects, d’un pays à l’autre.
D’une façon générale, nous croyons que ce programme
succède au pire programme que le Québec a connu. Mieux, nous
croyons qu’il est nettement supérieur à tous les programmes
qui l’ont précédé. Il n’est certainement pas sans
lacunes, mais le seul fait qu’il oriente le travail vers le développement
des compétences plutôt que vers l’acquisition d’une énorme
quantité d’objectifs morcelés constitue son atout majeur.
Cette orientation vers l’acquisition de compétences ne sera pas
facile à respecter. En effet, le seul fait que le programme, qui
comportait quatre compétences disciplinaires, il y a quelques mois
à peine, n’en compte désormais que trois, nous fait douter
de l’existence de solides fondements didactiques sur lesquels devraient
s’appuyer ces compétences disciplinaires. D’autant plus que cette
réduction du nombre de compétences a été réalisée
dans le but de réduire le nombre de pages du programme…
La formulation et la description des compétences disciplinaires
souffrent de ce manque de fondements clairs. Lors d’échanges avec
des collègues, dont la compétence est reconnue en enseignement
des mathématiques, il ressort régulièrement un malaise
au moment de bien distinguer et interpréter les trois compétences
disciplinaires du programme de mathématiques.
Or, l’enseignement par compétences permet de mieux comprendre
comment les élèves travaillent et partant, de mieux les aider
dans leur cheminement. Pour cela, il est essentiel que les compétences
soient bien définies, qu’elles ne se recouvrent pas les unes les
autres.
Voyons cela de plus près. Pour résoudre un problème,
il existe trois grandes stratégies qui correspondent aussi à
trois visions de ce qu’il faut faire pour réussir en mathématiques.
La première consiste à utiliser l’analogie, la synthèse,
la créativité, l’intuition. Elle résulte du bagage
de connaissances d’un individu, connaissances en mathématiques mais
aussi connaissances générales. Fondamentalement, celui qui
procède de cette façon considère que les mathématiques
sont d’abord et avant tout liées à la réalité,
qu’elles en sont une interprétation qui permet de comprendre et
modéliser cette réalité pour pouvoir ensuite agir
sur elle. C’est la compréhension du problème qui guide le
déroulement de cette stratégie.
La seconde façon de percevoir les mathématiques consiste
à les voir comme une structure logique où le raisonnement
et l’analyse sont les outils les plus importants. Cette fois il s’agit
de former un réseau de concept cohérents où tout est
démontré, prouvé. Le contexte d’application passe
en second.
La dernière façon de voir les mathématiques, malheureusement
la plus répandue, consiste à y voir surtout un ensemble de
faits, de techniques, de termes et de symboles qu’il faut mémoriser
et dont la maîtrise résulte d’un entraînement long et
pas nécessairement plaisant. La stratégie dominante alors
est celle de résolution par essais et erreurs.
On comprendra facilement l’importance d’identifier chez les élèves
à quelle(s) perception(s) des mathématiques, parmi celles
qui précèdent, ils adhèrent. Mais, quelle perception
est juste ? En fait, la résolution des divers problèmes qu’offre
le monde des mathématiques (ou le monde tout court) nécessite
ces trois perceptions. Les mathématiques sollicitent la créativité,
le raisonnement et la maîtrise d’outils précis tels les techniques
de calcul, les instruments de mesure et le langage mathématique.
En conséquence, lorsque l’élève perçoit
seulement un ou deux aspects des mathématiques, il se place régulièrement
en situation difficile. Nous avons déjà écrit au sujet
de ces élèves qui pensent qu’en mathématiques,
un cheval peut avoir six pattes (Voir Mathadore no 5). Il est clair que
ces élèves dissocient les mathématiques de la réalité.
Dès lors, comment peuvent-ils se donner une image fonctionnelle
de l’énoncé d’un problème ?
Par ailleurs, combien d’élèves croient qu’une technique
de calcul ou qu’une formule mathématique ne se démontrent
pas, qu’il faut les utiliser au bon moment en espérant qu’elles
soient infaillibles ? Comment ces élèves peuvent-ils être
convaincus de la validité de leur travail ? En fait, rien n’est
plus facile que d’ébranler les convictions d’un adulte en mathématiques
et ce avec des problèmes souvent élémentaires. En
guise d’exemple :
1 mètre divisé par ½ = ? (la réponse
est-elle 2 mètres ou 50 centimètres ?) (Voir Mathadore no
16).
Bref, le nouveau programme constitue une amélioration majeure
seulement par le fait qu’il est axé sur le développement
de compétences. Malheureusement, les définitions sont trop
imprécises. Il faudra améliorer ce point afin de réussir
à mieux comprendre et aider nos élèves.
Les trois compétences actuelles se rapprochent cependant des
trois perceptions des gens par rapport aux mathématiques. Ces trois
perceptions peuvent servir à définir les trois compétences
essentielles en mathématiques. Ce que le programme a défini
n’en est pas bien loin, mais il faudrait clarifier le tout et accepter
cette façon de voir. Nous y reviendrons.
Un dernier mot, dans le numéro 1008 de la revue Science et Vie
(septembre 2001), vous trouvez en pages 44 et 45 une étude réalisée
en France auprès d’étudiants du baccalauréat. Cette
analyse distingue trois compétences :
1. Compréhension et intuition.
2. Raisonnement.
3. Application de calculs stéréotypés.
Ce qui prouve que, d’un pays à l’autre, le monde des mathématiques
se ressemble.
Robert Lyons
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