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MATHADORE
Volume 2 Numéro 55 - 23 septembre 2001
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
La symbolisation des nombres
Est-ce que 3 X 4 représente
trois paquets de quatre ou, l'inverse, quatre paquets de trois ? Doit-on
dire "Trois fois quatre" ou "Trois multiplié par quatre" ? Ces questions
nous sont posées fréquemment. Elles résultent d'une
mauvaise compréhension du rôle du symbolisme. Essayons autre
chose : "En ce moment, Luce, Julie et Marc visitent une exposition." La
rédaction de cette phrase oblige-t-elle Julie à se tenir
entre Luce et Marc ? Certainement pas! Et puisque le mot "tablette" comporte
plus de lettres que le mot "table", est-ce qu'une tablette doit être
forcément plus grande ou plus lourde qu'une table ?
Les symboles utilisés
pour représenter un nombre n'ont aucune influence sur la nature,
la forme, la couleur ou encore sur la disposition des objets. Ils ne représentent
qu'une seule propriété : une quantité. Observez une
douzaine d'oeufs, il y a bien 12 oeufs n'est-ce pas ? Mais ce "12" ne signifie
nullement qu'il y a un paquet de dix oeufs et deux autres oeufs. Il n'y
a en fait qu'un seul paquet, un paquet de douze oeufs. Et si vous formez
deux ensembles de six oeufs chacun, vous pouvez toujours écrire
qu'il y a 12 oeufs.
Et 3 X 4 ? Il s'agit d'une
façon de symboliser le nombre douze, rien de plus. Certes, il se
peut que cette façon soit celle que nous choisirons pour rappeler
une disposition concrète de certains objets: un rectangle formé
de trois rangées de quatre tuiles, ce qui n'a rien de différent
d'un rectangle formé de quatre rangées de trois tuiles. Mais
si nous avons un rectangle formé de deux rangées de six tuiles
ou deux ensembles de six objets ou six ensembles de deux objets, nous préférerons
écrire
2 X 6 ou 6 X 2. Il s'agit d'une préférence et non d'une
obligation. Rappelons-nous que 3 X 4 et 2 X 6 sont des costumes du nombre
douze, rien de plus. Ce sont les circonstances qui nous poussent à
choisir une représentation plutôt qu'une autre. En fait, la
seule raison valable qui incite à faire un choix plutôt qu'un
autre, c'est le désir d'associer plus facilement une représentation
symbolique à un arrangement concret. Ainsi, si nous voyons deux
ensembles de six objets ou deux rangées de six pupitres, il est
facile de reconnaître que 2 X 6 ou encore
6 X 2 représente adéquatement la quantité d'objets
qui est devant nous. Dans cet exemple, la représentation "3 X 4"
n'est pas fausse, elle est moins commode.
Les mathématiques
se sont données un langage symbolique des plus souples. Cette souplesse
est grandement utile en calcul. Ainsi, si nous devons soustraire 38 de
52, la représentation de ce dernier nombre ne sera pas conservée
telle quelle. Au lieu de 5 dizaines et 2 unités, nous choisirons
4 dizaines et 12 unités, ce qui rend la soustraction plus facile.
En France, au lieu d'effectuer 52 - 38, on fait plutôt
(5 dizaines et 12 unités) - (4 dizaines et 8 unités),
ce qui est aussi plus facile. Mais en fait, en France, ce n'est pas 52
- 38 que l'on effectue, mais bien 62 - 48. C'est exact et cela ne cause
aucun problème car 52 - 38 et 62 - 48 sont toutes deux des
représentations du nombre 14.
Donc, le monde des symboles
ne constitue pas une photographie du monde concret. En mathématiques,
les nombres peuvent être représentés de multiples façons,
mais aucune de ces façons n'oblige une disposition quelconque de
la quantité d'objets représentée. Qu'une représentation
symbolique se rapproche plus qu'une autre d'une disposition concrète
est souvent plus commode, rien de plus.
Robert Lyons
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