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MATHADORE
Volume 2 Numéro 54 - 16 septembre 2001
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Faire comprendre les
solutions ou les problèmes ?
Pourquoi faisons-nous apprendre
les tables d’addition et de soustraction aux élèves de six
ans ? Parce que, plus tard, ils en auront besoin lorsqu’ils devront faire
des additions ou des soustractions sur des grands nombres à l’aide
des techniques de calcul.
Pourquoi demandons-nous ensuite aux élèves d’apprendre
à additionner et à soustraire de droite à gauche pendant
plusieurs semaines alors que les calculs qu’ils doivent effectuer à
ce moment ne nécessitent aucun emprunt et aucune retenue ? Parce
que, plus tard, lorsque ces emprunts ou ces retenues seront nécessaires,
il sera plus facile de calculer de droite à gauche.
Et pourquoi mettons-nous tant d’efforts sur le calcul dès le
début de la scolarité ? Parce que, plus tard, les élèves
devront utiliser ces calculs pour résoudre des problèmes
à texte.
Chaque été, au Québec seulement, cinq à
dix enfants de cinq ans et moins se noient dans la piscine familiale. Combien
d’autres sont retirés juste à temps de l’eau ? Cet été,
les médias ont rapporté l’histoire d’une fillette de deux
ans qui avait décidé d’enlever le harnais servant à
fixer un ballon sur son dos avant de se jeter à l’eau. Elle a été
sauvée de justesse.
Pourquoi a-t-elle agi ainsi ? Essayons de penser comme elle. À
plusieurs reprises, elle s’était amusée sans problème
dans la piscine, son équipement la maintenant facilement à
flot. Jamais elle n’avait eu conscience du danger. De plus, les adultes
et les enfants plus vieux qu’elle qui se baignaient ne portaient pas cet
équipement encombrant. Alors, pourquoi devrait-elle le porter ?
Il a suffi de quelques secondes pour qu’elle l’enlève et saute à
l’eau, à l’insu de son entourage.
Est-il possible que, comme enseignant ou comme parent, nous mettions
davantage d’efforts pour faire apprendre une solution plutôt que
pour faire réaliser le problème ? À plusieurs reprises,
après avoir fait comprendre la solution à un élève,
je me suis fait répondre « Ah, c’est ça que tu voulais
! »
Les élèves savent-ils où nous voulons les amener
? Si tel n’est pas le cas, comment peut-on espérer qu’ils soient
même très peu autonomes dans leur apprentissage ?
Lorsque les élèves de six ans amorcent l’apprentissage
de la numération positionnelle, nous leur donnons entre dix et vingt
objets et leur demandons de faire un paquet de dix et de laisser les objets
restant isolés. Ceci se traduit dès lors par l’écriture
de nombres tels 12, 15 ou 18. Un peu plus tard, ils sont soumis à
un exercice semblable avec moins de trente objets.
Mais pourquoi groupent-ils ainsi ? Quel est le problème qu’ils
apprennent de ce fait même à solutionner ? Si vous devez dénombrer
moins de trente objets, il est très peu probable que vous fassiez
des paquets. Cela prend trop de temps ! Si vous faites une erreur ou si
vous voulez vérifier le compte, il sera plus simple et plus rapide
de reprendre le dénombrement une seconde fois.
Mais alors, pourquoi regrouper ? En fait, lorsque nous devons dénombrer
plus d’une trentaine d’objets, nous sentons le besoin de mettre de l’ordre.
Cela est vrai pour l’adulte et pour l’enfant. C’est donc pour faciliter
le dénombrement de quantités supérieures à
trente que nous regroupons en dizaines, par exemple. Cette stratégie
n’est pas pertinente pour des quantités plus petites, elle ne règle
dans ce cas aucun problème. C’est une solution pour… plus tard.
Et si nous mettions plus d’énergie à nous assurer que
les élèves comprennent et ressentent personnellement et d’entrée
de jeu les problèmes que nous désirons les voir solutionner
? Évidemment, pour agir ainsi, il faudrait alors leur faire un peu
plus confiance.
Robert Lyons
La semaine prochaine : Il était une fois…demain.
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