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MATHADORE
Volume 1 Numéro 51 - 20 mai 2001
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Dis-moi ce que tu lis…
Le récit qui suit semblera incroyable à certains, pourtant,
il raconte fidèlement une expérience vécue il y a
quinze ans.
À cette époque, étant conseiller pédagogique
en mathématiques, un directeur d’école m’avait demandé
de rédiger un test afin de faire évoluer son équipe
d’enseignants de quatrième année ( élèves de
neuf ans ).
Le test comportait cinq items, trois portant sur de simples calculs
et deux autres présentant deux problèmes à texte.
En remettant le test au directeur de cette école, il resta bouche
bée. Voici, aussi fidèlement que possible, le dialogue qui
suivit.
Ns : Il y a un problème ?
Lui : Je souhaite que les enseignants modifient leur pratique et ce
test…
Ns : … semble trop facile ?
Lui : Oui.
Ns : Si la moyenne de la classe est de 90 %, ceci n’incitera pas les
enseignants au
changement…
Lui : Exactement !
Ns : Et si la moyenne est inférieure à 60 % ?
Lui : Ce serait très surprenant !
Ns : Mais il serait alors évident qu’il y a un gros problème.
Lui : C’est certain ! Ce test devrait être facilement réussi
par les élèves de deuxième
année ( sept ans
).
Ns : C’est juste. Je prédis pourtant que la moyenne des classes
de quatrième année
sera inférieure à
60 % et… que si le test est passé par les élèves de
troisième
année, qui sont donc
un an plus jeunes, leur moyenne sera d’environ 10 % de
plus que celle des élèves
de quatrième année.
Le test a été passé. En troisième année
la moyenne a été de 67 % alors qu’elle fut de 56 % en quatrième
année. Et pourtant, je ne connaissais aucun enseignant de cette
école et aucun élève car je n’étais en poste
que depuis trois mois. La seule information dont je disposais était
la connaissance des manuels utilisés par les élèves
de cette école. Il s’agissait de matériel écrit par
la conseillère que je remplaçais et de volumes édités
par une maison d’édition et approuvés par le ministère
de l’Éducation.
Depuis plus de vingt-cinq années, j’interroge des élèves
de tous âges afin de comprendre les raisons de leurs difficultés.
Neuf fois sur dix au moins, lorsque la cause est identifiée, elle
est reliée directement aux manuels utilisés et souvent indirectement
au programme d’études. Un bon enseignant peut faire beaucoup, mais
lorsqu’un manuel est sous les yeux des élèves durant plus
de cent heures par année l’impact de ce manuel est majeur.
Voici ce qui se produit. Plusieurs manuels donnent des trucs aux élèves
pour qu’ils réussissent les problèmes sans trop de difficultés.
Ces trucs sont parfois mentionnés clairement ou, le plus souvent,
découverts par les élèves à notre insu. Mais
ces trucs ne fonctionnent pas toujours. Il est alors facile de découvrir,
grâce à un test, quels manuels les élèves ont
utilisés.
Voici un exemple. Certains manuels offrent de nombreux exercices en
numération. Tous les exercices respectent le même modèle
et ressemblent à :
3 centaines, 4 dizaines, 5 unités = …
4 centaines, 8 dizaines, 7 unités = …
Parfois, la réponse du premier problème est indiquée.
Ces exercices sont tellement bien pensés que même les élèves
du préscolaire les réussissent rapidement… sans rien comprendre
de la numération.
Mais si vous posez les problèmes suivants à ceux qui "
ont pigé " le truc, vous obtenez les réponses entre parenthèses.
3 dizaines, 2 unités, 4 centaines = ( 324 )
2 unités, 5 centaines = ( 25 )
4 dizaines, 16 unités = ( 416 )
Pour les problèmes à texte, des élèves nous
ont dit : " Si le mot " chaque " apparaît dans la question, il faut
diviser les nombres, le plus grand par le plus petit. " ou encore " Si
le mot " ensemble " ou l’expression " en tout " est dans la question, il
faut additionner ou multiplier. "
" Comment choisir entre l’addition ou la multiplication dans ce cas
? " Réponse : " Il faut se rappeler ce qu’on a appris dans les jours
précédents. "
Notons que la majorité des auteurs de manuels scolaires ne présentent
pas la multiplication et l’addition dans le même mois. Alors…
Robert Lyons
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