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MATHADORE
Volume 1 Numéro 45 - 8 avril 2001
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Avant la numération : la multiplication
Personne ne conteste que les mathématiques
se sont construites progressivement : une nouvelle idée découlant
souvent de ce qui était déjà acquis. Pour cette raison,
l’histoire des mathématiques peut aider à construire une
séquence d’apprentissage.
En consultant cette histoire, mais aussi en analysant
de près le système de numération positionnelle, il
est possible de comprendre une des causes de difficultés en numération.
Prenons le nombre 57. Il est en fait une représentation extrêmement
compacte sous laquelle se cachent 5 dizaines et 7 unités ou 5 x
(1 dizaine) + 7 x (1 unité). Les positions respectives occupées
par le 5 et le 7 sous-entendent des valeurs multiplicatives. Pour nous,
cela est évident mais comment l’élève de six ou de
sept ans peut-il comprendre vraiment le sens du nombre 57 s’il n’a pas
déjà développé le concept de multiplication
?
À plusieurs occasions, j’ai eu la possibilité
de demander à des élèves de six ans combien il fallait
de contenants de jus pour que chaque élève de la classe en
ait un. Habituellement, ils répondaient sans hésiter. Ils
savent même comment écrire le nombre d’élèves,
supposons 25. Compter jusqu’à 25, savoir comment noter ce nombre,
c’est très bien, mais savent-ils vraiment ce que ces symboles représentent?
Si vous leur demandez combien de contenants il
faut prendre, certains vous répondent « deux avec cinq ».
S’ils ne le disent pas, mais que vous placez deux contenants sous le «
2 » et cinq autres sous le « 5 », ils croient qu’il
y en a suffisamment. Puis, lorsqu’ils constatent qu’il en manque, ils concluent
que « vingt-cinq » ne s’écrit pas
« 25 ».
Plus tard, lorsqu’ils devront effectuer 42 – 18,
ils trouveront 30 ou 36 comme réponse en ne voyant pas comment faire
2 – 8. En fait, pour eux, il n’y a aucun lien entre les unités et
les dizaines une fois que les unités ont été transformées
en dizaines.
Dans un enseignement de type constructiviste,
où l’élève construit lui-même ses apprentissages,
plutôt que de mémoriser ce qu’il faut faire, il est évident
que l’apprentissage du concept de multiplication doit précéder
celui de numération. En effet, il suffit de remettre environ cinquante
jetons aux élèves de six ou de sept ans, qui n’ont pas appris
à écrire les nombres au-delà de neuf, pour les voir
soit faire des groupements, soit compter sans ordonner les jetons.
Devant un grand nombre de jetons, au moins trente,
l’enfant, comme l’adulte, sent le besoin d’organiser la quantité
à dénombrer. Or, si le concept de multiplication est acquis,
il fera des paquets égaux. Dans le cas contraire, il ne pourra qu’utiliser
le concept d’addition et il comptera les jetons un après l’autre.
L’élève qui n’a pas acquis le concept
de multiplication, mais que l’on incite à faire des paquets, considérera
qu’une fois les unités regroupées en dizaines, ces unités
disparaissent. Ainsi, dans 38, il dira qu’il y a 3 dizaines et seulement
8 unités. À ce sujet, nous connaissons tous les prouesses
de certains manuels afin que tantôt l’élève réponde
qu’il y a 8 unités ( Quel est le chiffre qui occupe la position
des unités ? ) alors qu’en d’autres occasions, il doit dire qu’il
y en a 38. ( Combien y a-t-il d’unités en tout dans 38 ? )
L’élève qui comprend la multiplication
comprend que dans 38, le 3 représente à la fois des dizaines
et des unités. Il est capable d’envisager un même objet sous
deux aspects différents. Ceci se manifeste de diverses façons.
Ainsi, si vous avez un dessin, où figurent trois ours et deux tigres,
et que vous lui demandez s’il y a plus d’ours ou plus d’animaux, il répondra
correctement, considérant que les ours sont à la fois des
ours et des animaux. Si le concept de multiplication n’est pas acquis,
il dira qu’il y a 3 ours et 2 animaux. En numération, il verra dans
« 32 » 3 dizaines et 2 unités, les dizaines n’étant
plus des unités.
Bref, si vous enseignez la numération positionnelle
assurez-vous que vos élèves aient déjà acquis
le concept de multiplication, c’est-à-dire, qu’ils peuvent considérer
à la fois et conjointement deux aspects d’un même objet. C’est
d’ailleurs à ce moment que les élèves accèdent
au stade opératoire concret. Désormais, les diverses conservations
des liquides, des masses, des formes et des nombres sont acquises. Dès
lors, ils peuvent comprendre et même inventer la numération
positionnelle.
Afin de permettre aux élèves de
redécouvrir les mathématiques, il faut respecter à
la fois le rythme d’apprentissage des élèves et la séquence
de développement des mathématiques. Pour les adultes que
nous sommes, ce n’est pas évident parce que notre maîtrise
de nombreux apprentissages nous empêche de percevoir que tel apprentissage
doit précéder tel autre. En guise d’exemple, en numération
orale, comprendre le sens de « vingt-quatre » et le distinguer
de celui de « quatre-vingts » est facile pour un adulte. Mais
pour un élève qui n’est pas familier avec la multiplication,
comment peut-il distinguer le premier nombre qui signifie 20 + 4, du second
qui représente 4 X 20 ?
NOTE : D’ici quelques jours, pour vous aider à
mieux comprendre, entre autres, l’ordre idéal des apprentissages
au premier cycle, vous pourrez lire sur http://www.mathadore.com
une série de textes qui décrivent les clés essentielles
du succès en enseignement des mathématiques aux élèves
de six et de sept ans.
Robert Lyons
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