|
|
MATHADORE
Volume 1 Numéro 42 - 18 mars 2001
|
L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Début de la fin d'un infini...
Université d'Alexandrie,
Afrique du Nord,
264 av. J.-C..
On dit d'Archimède qu'il fut le plus grand inventeur que la Grande
Grèce ait produit. Signe qui ne trompe pas, même ses contemporains
le considéraient comme un génie. À l'université
d'Alexandrie, il avait raffiné ses connaissances en physique et
en mathématiques et son esprit produisait inlassablement des raisonnements
tous plus géniaux les uns que les autres. Avec son ami Ératosthène,
bibliothécaire de l'université et géographe réputé,
il aimait discuter de leur vision des mathématiques pour lesquelles
ils partageaient la même passion. C'est le cercle qui mobilisait
aujourd'hui toute leur attention.
Aussi loin qu'il pouvait se souvenir des années de son enfance
passées à Syracuse, il avait toujours été fasciné
par les roues et par tout ce qui tourne ou génère le mouvement.
Enfant, son royaume était un petit coin d'un hangar délabré
où il avait accumulé des roues, des assiettes de terre cuite,
un vieux bouclier de bronze volé à un soldat ivre, un tour
de potier hors d'usage, des cylindres de diverses tailles et tout un attirail
dont lui seul aurait pu expliquer le fonctionnement ou la provenance. Il
avait l'habitude d'entendre sa mère s'égosiller :
‹ Tu n'as pas avalé une bouchée de la journée...
Laisse tes inventions et rentre à la maison !
Le ton de la discussion avec Ératosthène venait de s'élever
d'un cran. Ils étaient bien sûr tombés d'accord sur
l'énoncé voulant que la circonférence d'un cercle
soit égale à environ trois diamètres et un septième.
Dans ce cas, la démonstration d'Archimède était extrêmement
rigoureuse, mais c'est une mesure prise alors qu'il était enfant
qui lui revenait souvent à l'esprit. Une marque sur le bord d'une
roue de bois lui servait de repère. Cette marque, placée
en contact avec le sol, lui permettait de mesurer la circonférence
grâce au déplacement de la roue jusqu'à ce que cette
marque revienne en contact avec le sol (figure 1). Cette expérience
cent fois répétée avec toutes les roues de sa collection
redonnait, inlassablement, le même rapport : il faut trois diamètres
et environ un septième pour obtenir la mesure de la circonférence
d'un cercle. Cet « environ un septième » allait d'ailleurs
le turlupiner durant toute sa vie...
Le noeud de la discussion concernait plutôt le calcul de l'aire
d'un cercle. Pour soutenir ses arguments, Archimède s'était
levé et avait entraîné son ami dans la cour. Penché
sur un bac à cendres, il avait tracé un cercle et l'avait
subdivisé en plusieurs fines pointes triangulaires (figure 2) :
‹ Imagine un nombre de pointes encore plus grand. Les pointes deviennent
tellement fines qu'elles sont de minces triangles dont la base est large
comme un point. L'aire du cercle est maintenant facile à calculer.
En replaçant tous les triangles en alternance, tête en haut,
tête en bas (figure 3), le cercle devient un rectangle, avait triomphalement
conclu Archimède.
Réagissant à la démonstration de son génial
compagnon, le bibliothécaire s'était insurgé :
‹ Mais, si tes triangles sont minces au point d'être de la largeur
d'un segment, alors là, mon ami, ce ne sont plus des triangles,
mais bien des segments ! Et tu auras beau placer autant de segments côte
à côte que tu le voudras, jamais tu n'obtiendras un rectangle.
Déjà, Archimède n'écoutait plus. Son esprit
venait de percevoir l'un de ces éclairs qu'il lui arrivait de ressentir
au moment d'une importante découverte. Non seulement savait-il qu'il
avait raison, mais encore venait-il d'entrevoir un immense champ d'application
à sa découverte :
‹ Je te remercie, mon ami. Grâce à tes remarques pertinentes,
tu m'as permis de voir clair dans mon esprit. J'ai souvent ressenti une
impression d'infini en observant un cercle. Il m'a toujours semblé
qu'à l'image du temps, le cercle n'a ni début ni fin. Aujourd'hui,
je ressens plus que jamais la présence de cet infini. Quand une
pointe de cercle devient aussi mince qu'un segment, elle n'est pas un triangle.
Alors j'imagine une pointe de cercle qui est presqu'aussi mince qu'un segment.
Et je dis « presque » parce que je me suis arrêté
tout juste avant que la pointe devienne segment... Voilà un triangle
infiniment mince !
Archimède parlait désormais plus pour lui-même que
pour convaincre son vieil ami. Il s'enferma pendant deux jours sans boire
ni manger. Il en oublia même le sommeil. Toute la puissance de son
intuition venait de lui ouvrir la porte du raisonnement infinitésimal
menant au calcul différentiel. Sans les outils mathématiques
développés il y a à peine trois ou quatre cents ans,
il n'avait évidemment aucune chance de formaliser ni de symboliser
sa découverte (il faudra près de deux millénaires
pour y parvenir, grâce aux travaux de Newton et de Leibniz). En fait,
Archimède était surtout fasciné par les conséquences
pratiques de ses découvertes et il se penchait déjà
sur le plan d'une autre merveilleuse invention dont il a été
le brillant concepteur. Plongé dans un état voisin de la
transe, il lui sembla même entendre la voix aiguë de sa mère
:
‹ Archimède, laisse ton bric-à-brac et viens prendre ton
bain. Ça te changera les idées.
Pas sûr...
Questions
1. En considérant le point de vue d'Archimède, quelle
est :
a) la hauteur du presque-rectangle de la figure 3 ?
b) sa largeur ?
2. Comment le calcul d'Archimède conduit-il à la formule
moderne de l'aire du
cercle ?
Réponses à la question de Mathadore 40
La tablette A (voir le document attaché de Mathadore 40) montre
que le nombre au verso est la somme des deux nombres du recto.
La tablette B montre que 10 petits cercles valent 1 grand cercle.
La tablette C montre que 10 écus allongés valent 1 petit
cercle.
La tablette D montre que 3 grands cercles valent un gros écu
et confirme la conclusion de la tablette C.
On déduit que l'écu allongé est la plus petite
unité et qu'il représente donc la valeur 1. Le petit cercle
représente la dizaine, le grand cercle est la centaine et le gros
écu vaut 3 centaines. Le gros écu perforé (non illustré
sur les tablettes) valait 3000. Aucun autre chiffre n'était alors
en usage. Tels étaient donc les chiffres élamites il y a
5000 ans.
Michel Lyons
La semaine prochaine : Nombres premiers, pairs,
carrés...
Pour recevoir Mathadore à une nouvelle adresse ; pour abonner
une autre personne ou une autre école ; pour annuler votre livraison
; pour nous transmettre vos commentaires, vos questions : mathadore@citenet.net
ATTENTION: Si vous désirez consulter les numéros déjà
parus de Mathadore, vous pouvez les obtenir à partir du site www.mathadore.com
<http://www.mathadore.com/> |