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MATHADORE
Volume 1 Numéro 41 - 10 mars 2001
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Surprotection et difficultés de compréhension
Un élève lit un problème dont il connaît
tous les mots. Ou encore, il lit un texte et une question relative à
ce texte. À la fin de sa lecture, il regarde l’enseignante en disant
:
" Madame, qu’est-ce qu’il faut faire ? "
Quelle différence existe-t-il entre la lecture dite de décodage
et la compréhension de texte ? En fait, il y a un monde entre ces
deux compétences. Le décodage relève de la mémoire
et de la logique alors que la compréhension relève des facultés
analogiques. En logique, il suffit de suivre des règles aussi simples
que possible et dans un ordre précis. En analogie, il faut d’abord
se donner une représentation globale des données du problème,
ce qui n’est pas nécessaire en logique.
L’élève qui se limite à du décodage a une
vue éclatée de la situation problème. Il peut tenter
de combiner les données au moyen d’un système d’essais-erreurs
ou en suivant une recette ou une démarche standardisée de
résolution de problèmes. L’élève qui comprend
prend d’abord du recul par rapport au problème, il utilise d’abord
son jugement et non sa raison. Il se forge une image mentale de l’ensemble
du problème. Ceci se passe très vite car la compréhension
arrive à la vitesse de l’éclair. Une seconde, nous ne comprenons
pas et, la seconde suivante, tout s’éclaircit.
Comment des élèves réussissent-ils à faire
rapidement une synthèse des données d’un problème
alors que d’autres tentent en vain de comprendre en analysant de plus en
plus finement les éléments de ce problème ? Certains
comportements observables peuvent nous aider à répondre.
Le plus important semble être l’autonomie. Plus un élève
est autonome, plus il y a de chances qu’il développe des perceptions
globales d’un problème ou d’un texte. Observez les élèves
surprotégés, ceux que des parents angoissés encadrent
de façon excessive. Observez aussi les élèves qui
vivent dans un milieu familial régit par des règles qui ressemblent
à un code militaire. Ceux-là s’en tirent bien en logique,
en analyse, mais sont souvent dépourvus lorsqu’ils doivent prendre
des décisions par eux-mêmes. Dites-leur ce qu’il faut faire,
ils le feront. Mais s’ils doivent trouver le travail à effectuer,
s’ils doivent choisir, ils sont perdus.
Par ailleurs, accepter de répondre à de bonnes questions
sur un texte ou accepter de tenter de résoudre un vrai problème,
c’est accepter de prendre un risque. C’est accepter de se tromper, c’est
accepter d’être jugé. Or celui qui ne peut encaisser une critique
préférera se réfugier dans des démarches analytiques,
dans des processus où il regarde surtout où il met les pieds
tout en ayant très peu d’idées relativement à l’endroit
où il se dirige. Celui-là vous demandera ce qu’il faut faire.
Celui-là appréciera avoir à suivre aveuglément
une démarche de résolution de problèmes.
Bref, la surprotection ou l’encadrement excessif d’une part ou d’autre
part un ego démesuré placent l’élève dans un
état fréquent d’insécurité lequel est peu propice
au développement de la compréhension.
En morcelant les apprentissages, en expliquant les concepts, bref lorsqu’à
la fin d’une préparation de classe, nous croyons avoir tout prévu
et être en mesure de contrôler tout le déroulement d’un
cours, nous surprotégeons les élèves. Au mieux, nous
développons leurs capacités à analyser, à pratiquer
et à retenir, mais nous n’aidons pas le développement de
la compréhension. Quoique… nombreux sont les enseignants qui avouent
que c’est justement en se livrant eux-mêmes à ces exercices
de morcellement d’un concept et de construction d’une leçon qu’ils
ont compris leurs mathématiques et non pas en tentant d’ingurgiter
ce qu’on leur enseignant jadis, ce qu'un autre avait morcelé et
digéré pour eux.
Est-ce possible que nos façons d’enseigner soient souvent telles
qu’elles permettent surtout à l’enseignant de comprendre ?
Robert Lyons
La semaine prochaine : Devenez archéologue
: des chiffres à déchiffrer.
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