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MATHADORE
Volume
1 Numéro 31 - 10 décembre 2000
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L'hebdomadaire gratuit portant
sur l'enseignement des mathématiques
Analyse ou synthèse
Mathadore 27 posait trois problèmes. Chacun de ces problèmes
peut être solutionné en une dizaine de secondes. Si vous y
êtes parvenu, votre approche est globale, c’est-à-dire que
vous avez vu le problème dans son ensemble d’abord et qu’ensuite
vous avez effectué rapidement des calculs simples.
Mais, il y a fort à parier que, comme au moins 90% des adultes,
vous ayez plutôt choisi une stratégie analytique ou logique.
Dans ce cas, vous avez travaillé comme suit.
Pour calculer le nombre de parties de tennis que doivent jouer 100 participants
afin de trouver un gagnant, vous avez d’abord pensé à une
première ronde de 50 parties qui élimine 50 joueurs, puis
à une seconde entre les gagnants afin d’éliminer, en 25 parties,
25 autres joueurs. Une difficulté surgit à la ronde suivante
où il y a un joueur de trop. Celui-là aura une passe gratuite
à une autre ronde, etc. Une chance qu’il n’y avait que 100 joueurs
dans ce tournois !
Pour le problème du cube, vous avez d’abord pensé à
six faces de 100 cubes, donc à 600 cubes touchés par la peinture.
Puis vous avez constaté que certains étaient comptés
deux fois, ceux des arêtes, ce qui vous a amené à enlever
120 cubes ( 10 x 12 ). Et les coins, ont-ils été comptés
? Combien de fois ? C’est une bonne façon, mais il ne faut pas perdre
le fil conducteur qui se construit progressivement.
Enfin, l’approche analytique conduit, dans le problème où
il fallait trouver le nombre de diagonales d’un polygone à vingt
sommets, à construire une suite et à tenter d’en identifier
la règle. Ainsi, vous avez trouvé que le triangle n’avait
aucune diagonale, que le rectangle en avait deux, que le pentagone en avait
cinq, que l’hexagone en avait neuf,… Ceci permet de trouver une règle,
donc une formule. Mais cette formule n’est vraiment pas évidente
et il faut passablement de temps pour la mettre au point.
Essayons maintenant en prenant du recul avant de se lancer dans diverses
combinaisons logiques des données de chaque problème. Pour
le problème des joueurs de tennis : Chaque partie jouée élimine
un participant et il faut en éliminer 99 pour trouver le gagnant.
Donc, il faut jouer 99 parties ! Pour le problème du cube : Pensons
plutôt aux cubes qui ne seront pas touchés, ceux qui sont
à l’intérieur. Il y en a 8 x 8 x 8, donc 512. Comme le grand
cube compte 1000 cubes ( 10 x 10 x 10 ), 488 cubes ( 1000 – 512 ) seront
touchés par la peinture. Pour le problème des diagonales
: Dans un polygone, on peut, à partir d’un sommet, faire exactement
trois diagonales de moins que le polygone a de sommets. En effet, il faut
éliminer les deux sommets voisins et le sommet d’où partent
les diagonales. Donc, si nous avons vingt sommets, on pourra tracer dix-sept
diagonales à partir de chaque sommet. Ceci est vrai pour chacun
des vingt sommets d’où : 20 x 17 = 340 diagonales. Mais, chaque
diagonale est ainsi comptée deux fois, une fois pour chacun des
sommets qu’elle réunit. Il faut donc diviser par deux, donc il y
a 340 / 2 = 170 diagonales.
Considérant ce qui précède, il est clair qu’au
moins deux approches sont possibles afin de résoudre certains problèmes.
Or, lorsque nous demandons aux élèves de suivre une démarche
du genre :
1 Ce que je connais.
2 ...
3. Ce que je cherche.
4 ...
5 ...
Nous privilégions habituellement une approche peu créative,
une approche où l’on tente de comprendre et de solutionner le problème
par analyse, pas à pas. L'ordinateur est le champion de l'analyse,
de la logique, du pas à pas et pourtant, il ne comprend rien !
L’élève qui prend une approche globale, analogique, celui
qui tente d’abord de comprendre le problème en considérant
les données dans leur ensemble, utilise une démarche qui
cadre peu avec les diverses étapes de résolution que nous
proposons aux élèves. Celui-là en est réduit
à résoudre d’abord le problème à sa manière
et ensuite, lorsqu’il a terminé, à nous le présenter
en suivant un plan qui, en théorie, a pour but de faire comprendre
le problème. Est-ce possible alors qu’il cesse d’exploiter son approche
globale pour se familiariser avec l’approche analytique ? Est-ce à
cause de cela que la majorité des adultes prennent l’approche analytique
ou est-ce parce que cette approche est naturellement plus répandue
? Qui sait !
Il me semble qu’il faudrait inciter plus souvent les élèves
à prendre d’abord du recul devant un problème, à être
analogique, créatif, à tenter d’associer ce problème
avec une situation réelle mieux connue. Il me semble aussi que les
élèves de 5, 6 ou 7 ans sont beaucoup plus créatifs
que leurs aînés en résolution de problèmes.
Est-ce parce qu’ils n’ont pas encore été embrigadés
dans une démarche systématique de résolution de problèmes
? Est-ce possible que l'observation minutieuse de chaque arbre aide peu
à comprendre l'ampleur et le type de forêt dans laquelle nous
sommes ?
Robert Lyons
La semaine prochaine : Métier : bouletière
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