S'il est
relativement facile de comprendre pourquoi un
élève éprouve des difficultés en
mathématiques, comprendre pourquoi un
élève réussit constitue souvent un
exploit. En fait, le succès en mathématiques
tient parfois du miracle !
Voici l'histoire du piège le
plus répandu et le plus efficace que je connaisse.
Avant d'aborder cette histoire, croyez-vous vraiment que 1
mètre multiplié par 3 égale 3
mètres ? Si vous en êtes persuadé,
j'espère que vous ne changerez pas d'idée dans
les prochaines minutes.
Vous connaissez la séquence
traditionnelle qui consiste à enseigner aux
élèves dans l'ordre : les entiers naturels,
les fractions ordinaires et décimales, les entiers
relatifs et enfin l'algèbre. Voyons comment se
transforme le sens de la division dans cette
séquence.
D'abord, sur les entiers naturels,
la division est définie comme un partage ou une
mesure. Ainsi, 6 mètres divisés par 3
égale 2 mètres, représente un partage
alors que 6 mètres divisés par 3 mètres
égale 2, représente une mesure ou une
contenance. Dans ce dernier cas, on parle aussi de
soustraction répétée,
c'est-à-dire qu'il faut soustraire deux fois « 3
mètres » de 6 mètres pour obtenir 0
mètre.
À y regarder de plus
près, le partage et la mesure représentent
deux facettes de la même réalité. Dans
un cas, connaissant le nombre de parties, on doit trouver la
valeur de chacune alors que dans l'autre cas, c'est
l'inverse, connaissant la valeur de chaque partie, on doit
trouver combien il y a de parties semblables, ce qui peut
être obtenu en effectuant une soustraction
répétée.
Va pour les entiers naturels ! Et
maintenant qu'en est-il des fractions ? Un fait remarquable
peut être observé alors dans de nombreux
volumes: diviser n'est plus partager, diviser devient
mesurer. Ainsi, 4 divisé par 1/2 égale 8 est
interprété comme représentant le fait
qu'il y a huit demies dans quatre entiers. Ceci est exact !
Des exemples concrets l'illustrent. Ainsi, on propose aux
élèves 4 mètres divisés par 0,5
mètre égale 8. Il y a donc huit
demi-mètres dans quatre mètres.
Mais la division vue comme un
partage n'existe plus. Ainsi on évite les
problèmes semblables à 4 mètres
divisés par 0,5 égale 8 mètres.
Drôle de partage ! Et que penser de 1 mètre
divisé par 1/3 qui devient grâce à la
technique habituelle: 1 mètre multiplié par 3
égale 3 mètres ?
C'est un peu bizarre que le sens de
la division dépende des nombres utilisés
plutôt que du contexte ! Mais ce n'est pas tout, avec
les entiers relatifs, la perte de sens se
poursuit.
Prenons (12) divisé par (-3)
égale (-4). Faut-il partager 12 en « -3 »
parties ? Faut-il plutôt essayer de trouver combien il
y a de « -3 » dans « 12 » ? On illustre
souvent les nombres négatifs au moyen de la
température. Faut-il croire que dans ( 12
degrés Celsius ) il y a un certain nombre de ( -3
degrés Celsius ) ? À moins que vous
préfériez trouver le nombre de dettes de trois
dollars (-3 $) qu'il y a dans une somme de douze dollars :
12 $ divisés par (-3 $) égale (-4)
?
On peut toujours essayer la
soustraction répétée : 12 $ - (-3 $) =
15 $, 15 $ - (-3$ ) = 18 $... C'est vraiment mal parti !
D'autre part, 12 $ - (-3 ) = __ ne peut être
effectuée puisque (-3) ne représente pas une
quantité de même nature que 12 $.
Bref, lorsqu'on observe la
séquence d'enseignement de la division, on constate
une disparition de sens : avec les entiers, diviser c'est
partager ou mesurer, avec les fractions, c'est mesurer et
avec les relatifs, c'est... former l'esprit!
Il existe pourtant au moins un type
de concrétisation qui devrait ébranler les
convictions selon lesquelles diviser c'est partager ou
mesurer. Prenons 6 mètres carrés
divisés par 3 mètres égale 2
mètres. Il ne s'agit certes pas d'un partage
où six mètres carrés partagés en
parties de trois mètres donne trois «
mètres parties » . Il n'est pas possible de
croire non plus que dans six mètres carrés il
y a « 2 mètres » fois des longueurs de
trois mètres. Aucun succès ne peut être
obtenu non plus avec la soustraction
répétée où il faudrait
soustraire des mètres linéaires à des
mètres carrés.
Définir ou présenter
la division comme un partage ou comme une mesure permet de
construire de solides images mentales car le partage et la
mesure font partie de notre quotidien. Malheureusement, ces
images mentales nuisent à la compréhension de
toutes les divisions qui ne sont pas des partages ou des
mesures, comme cela se produit régulièrement
avec les fractions, avec les nombres négatifs, avec
les expressions algébriques et même avec les
entiers positifs. Réussir à comprendre ces
« divisions exceptionnelles » malgré
l'enseignement reçu tient presque du
miracle.
Il y a donc lieu de
présenter la division en développant des
images mentales qui résisteront au temps, en ne
conduisant pas l'élève dans un cul-de-sac
lorsqu'il abordera les fractions, les relatifs et
l'algèbre. Tout comme en multiplication ( voir
Mathadore n° 4 ), nous avons avantage à
associer, dès le début, la division au
rectangle. Cette figure est encore plus présente dans
le quotidien que le partage ou la mesure. Elle permet de
concrétiser efficacement toutes les divisions que
nous pouvons effectuer sur les entiers, sur les fractions et
sur les expressions algébriques.
En terminant, si vous croyez
vraiment que diviser c'est partager et si vous avez des
problèmes financiers, alors, un conseil : partagez !
Puisque 10 $ divisés par 1/2 égale 20
$...
Robert Lyons