L'évaluation qualitative
En tant qu'enseignant, en tant que parent, que
voulons-nous vraiment savoir au sujet des apprentissages
réalisés par les élèves ? Est-ce
si l'élève se trouve parmi les meilleurs de sa
classe ? Est-ce s'il se mérite 50%, 65% ou 80% ou
encore une cote quelconque exprimée par un chiffre ou
par une lettre ? Pour un enseignant ou pour un parent, ce
qu'il y a de vraiment important n'est-il pas de savoir si
tel élève peut tirer profit des
activités de sa classe sans une aide spéciale
qu'elle soit préalable ou parallèle à
ce qui se vivra en classe ?
Dans une classe, ce qui nous préoccupe le plus, ce
sont ces quelques élèves qui ne suivent pas.
Les autres profitent certes inégalement de ce qui est
enseigné, mais ils ont la possibilité
d'apprendre. Par contre, il y en a d'autres qui ne sont pas
prêts ou qui ont besoin d'une assistance
spéciale que nous ne pouvons que difficilement leur
apporter sans négliger les autres
élèves, d'où l'idée de seuils ou
d'une évaluation qualitative plutôt que
quantitative.
Au lieu de tenter de préciser si
l'élève maîtrise un peu, beaucoup ou
à la folie tel contenu, l'évaluation
qualitative tente de préciser deux types de
données. D'abord, il existe un certain ensemble de
compétences que l'élève doit
maîtriser afin de pouvoir profiter de l'enseignement.
Ensuite, les élèves apprennent selon certains
profils types qui expliquent leurs échecs et leurs
réussites.
Commençons par les compétences requises ou
les seuils de performances. On comprendra aisément
qu'un élève de huit ans, qui ne maîtrise
pas la numération positionnelle, n'a pas la
possibilité de tirer profit d'un cours portant sur le
calcul symbolique. De la même façon,
l'élève qui ne réussit pas à
considérer qu'un élément peut faire
partie de deux ensembles distincts aura des
difficultés dans la majorité des
apprentissages mathématiques et ce, dès
l'âge de six ans.
Il est clair que l'enseignant qui travaille auprès
d'élèves de onze ans, doit prendre pour acquis
que ses élèves ont une bonne
compréhension de la mesure de longueur et qu'ils
distinguent les formes géométriques de base
tout en connaissant les termes et les symboles les plus
fréquents dans ces domaines. L'élève
qui n'a pas atteint ce seuil a besoin d'une aide
particulière qui ne relève pas de
l'enseignement prévu pour les élèves de
onze ans.
Ainsi donc, il semble important de préciser
certains seuils permettant de distinguer les
élèves qui maîtrisent suffisamment de
préalables pour profiter de l'enseignement
prévu de ceux qui ont besoin d'un soutien
particulier. Dans ce sens, l'évaluation de
l'élève par rapport à ces seuils se
résume à un choix entre « acquis »
et « non acquis ». En effet, il n'y a pas
d'avantages à distinguer, d'une part,
l'élève qui progresse au delà des
attentes de celui qui progresse selon les attentes et,
d'autre part, celui qui progresse en deçà des
attentes de celui qui progresse peu.
De la même façon, une échelle
où la cote A est attribuée à
l'élève qui accorde la majorité de ses
verbes, la cote B, à celui qui accorde plusieurs de
ses verbes, la cote C, à celui qui accorde certains
de ses verbes et la cote D, à celui qui accorde peu
de ses verbes, est une échelle quantitative. Ne
vaudrait-il pas mieux y substituer une évaluation
qualitative où l'on évaluerait si oui ou non
l'élève sait comment accorder ses verbes.
Ainsi, lorsqu'un élève écrit un
texte en oubliant certains accords mais que, lorsqu'on lui
demande de revoir certains mots, il manifeste clairement
qu'il a été inattentif et qu'il peut corriger
ses erreurs, nous avons affaire à un
élève qui maîtrise les règles
d'accord visées. Il est donc possible que la
distraction ou la négligence soient les vrais
responsables des erreurs de cet élève et non
l'ignorance des règles.
Cela nous amène à une évaluation de
nature diagnostique, une évaluation où nous
essayons non plus de savoir si les seuils sont atteints,
mais pourquoi ils ne le sont pas.
En guise d'exemple, les élèves
surprotégés sont souvent en difficulté
en compréhension de texte. En mathématiques,
ils ne réussissent pas à percevoir le sens
d'un problème et à formuler une voie de
solution. Ces élèves éprouvent des
difficultés à faire des synthèses,
à considérer la globalité de certaines
données. Par contre, ces élèves se
débrouillent mieux lorsqu'ils doivent suivre des
règles clairement établies comme appliquer une
technique de calcul, utiliser correctement une règle
de grammaire ou mémoriser. Voilà où ils
sont le plus à l'aise.
Des élèves, d'une catégorie fort
différente, éprouvent des difficultés
en logique. Ils ont de la difficulté à suivre
une démarche pas à pas, à appliquer une
règle. Ces élèves voient les choses
globalement et sont mal à l'aise lorsqu'il faut
analyser et considérer les détails. Ils ont
beaucoup d'idées mais n'aiment pas prendre le temps
nécessaire pour les concrétiser. Ces
élèves sont souvent distraits et se
concentrent difficilement.
D'autres élèvent travaillent mal en
situation de stress. Durant les examens ou lorsqu'ils sont
questionnés publiquement, ils donnent une image
très pauvre de ce qu'ils peuvent faire
réellement.
Il existe peu de seuils critiques à identifier
à chaque âge et il existe peu de grandes
catégories qui permettent de comprendre comment nos
élèves apprennent. Évaluer ces deux
aspects de l'apprentissage est de nature à aider
toutes les personnes intéressées au
cheminement d'un élève. Ce n'est pas plus
difficile, c'est différent !
Robert Lyons
Dans le dernier Mathadore, j'en ai laissé
plusieurs sur leur appétit relativement à la
mesure de la somme des angles intérieurs du Triangle
des Bermudes. Si vous avez tenté de mesurer ces
angles, vous n'avez certes rien trouvé de très
concluant. En fait, ce triangle est très petit et il
faut calculer cette somme grâce à une formule
assez complexe. J'ai simplifié pour vous cette
formule qui ne fonctionne cependant que pour les petits
triangles équilatéraux.
D'abord, il faut savoir que chaque côté du
Triangle des Bermudes mesure 1600 km. Pour trouver
l'excès sphérique d'un triangle
équilatéral ne recouvrant qu'une petite
portion de la face de la Terre, il faut:
diviser par 2 la longueur d'un côté de ce
triangle (1600/2 = 800), puis diviser ce nombre par 6375
(C'est la longueur du rayon moyen de la Terre), on obtient
alors 0,1255. On élève ce nombre au
carré, ce qui donne 0,01575 et on multiplie le tout
par 100 pour obtenir 1,5 degré, soit l'excès
sphérique. La somme des angles intérieurs du
Triangle des Bermudes est donc de près de 182
degrés. Ouf!
Robert Lyons