Le Triangle des Bermudes
Plusieurs questions, qui me sont adressées par les
lecteurs de Mathadore, portent sur des définitions en
géométrie. Celle qui revient le plus souvent
concerne la définition du terme « sommet »
. On me demande, par exemple, si le cône a un
sommet.
Le problème provient du fait qu'il n'y a pas une,
mais plusieurs géométries. Or, en passant
d'une géométrie à une autre, les
définitions doivent souvent être
ajustées. Ainsi, un sommet ne se définit pas
de la même façon en géométrie
plane (où on retrouve les sommets d'un triangle et le
sommet d'un faisceau de droites), en géométrie
des solides (où le cube possède des sommets
alors que la sphère n'en a pas) et en
géométrie analytique ( où on a le
sommet de la parabole).
En géométrie des figures planes, le sommet
est le lieu de rencontre de deux côtés
consécutifs d'une figure. Ainsi, un triangle
possède trois sommets, mais un cercle n'en a aucun.
Toujours en géométrie plane, lorsqu'un
ensemble de droites, (on dit un « faisceau »), se
croisent en un même point, ce point est appelé
sommet du faisceau de droites.
En géométrie des solides, sur un
polyèdre, un sommet peut être défini
comme le lieu commun à au moins trois des faces de ce
solide ou encore le lieu de rencontre d'au moins trois
arêtes du polyèdre. Cela ne règle
cependant pas le cas du cône. Le sommet du cône
est le lieu de rencontre des génératrices du
cône. On considère que le cône est
généré par un faisceau de segments de
droites partant du sommet du cône et se terminant le
long d'un cercle qui constitue la seule arête du
cône. Pensez à un tipi indien : chaque perche
qui tient la toile est une génératrice du
cône (ou quasi-cône) que constitue le tipi. Ces
perches se rassemblent au sommet du tipi.
Afin d'identifier les sommets d'un solide, on peut aussi
trouver les lieux de rencontre d'au moins trois segments de
droite tracés sur des faces distinctes de ce solide.
Les arêtes étant situées à
l'intersection de deux faces du solide, on les
considérera comme appartenant à une face
plutôt qu'à une autre selon le besoin. Dans le
cas du cône, les segments de droites, unissant le
sommet du cône à chacun des points de son
arête, font partie de plans tangents à la
surface du cône et aucun de ces plans n'est
parallèle à un autre plan. Donc, nous pouvons
dire que le sommet du cône est à l'intersection
de trois segments de droites tracés sur des plans
distincts.
En ce qui concerne le terme « apex », il s'agit
d'un mot latin qui signifie « le point le plus
élevé », ce qui correspond, en
géométrie, à un sommet particulier et
remarquable. C'est certes le cas pour un cône
posé sur sa base et c'est le cas pour la pointe d'une
pyramide orientée conventionnellement. Dans un
triangle, chaque sommet peut être
considéré comme l' « apex » par
rapport au côté qui lui est opposé..
En géométrie analytique, le sommet de la
parabole est le lieu de rencontre de l'axe de la parabole et
de sa base.
Dans le dictionnaire Larousse, ainsi que dans les
dictionnaires et encyclopédies mathématiques
les plus reconnus, le terme « apex » n'est
associé, en français, à aucune
définition mathématique. Il me semble que ce
terme n'est pas nécessaire puisqu'il est directement
associé au point le plus élevé d'un
objet quelconque, ce qui a peu de sens dès que l'on
considère qu'un cône, par exemple, demeure un
cône même s'il est couché.
Bref, le sommet est le lieu de rencontre d'un ensemble de
droites ou de segments de droite. D'une
géométrie à une autre, ces droites ou
ces segments de droites ont des rôles
variés.
Et le Triangle des Bermudes dans tout cela ?
Précisons d'abord que d'un auteur à un autre,
l'étendue de ce triangle varie quelque peu. En gros,
il s'agit du triangle dont les sommets sont situés
près de Miami, sur la côte de la Floride,
à Porto Rico et enfin aux Bermudes. Si vous avez un
globe terrestre et que vous tracez le triangle qui
réunit ces trois points pour ensuite mesurer les
angles intérieurs de ce triangle et pour calculer la
somme de ces angles, vous trouverez que cette somme est
légèrement supérieure à 180
degrés.
Mais il y a mieux ! Le Canada est borné à
l'Ouest par le méridien de longitude 140
degrés et à l'est par le méridien de
longitude 50 degrés. Ces deux axes se rejoignent au
Pôle nord en formant entre eux un angle de 90
degrés ( 140 degrés - 50 degrés ). Au
sud, le 40e parallèle relie ces lignes de longitude
en enfermant ainsi le Canada dans un grand triangle. Mais,
chacune des lignes de longitude croise le 40e
parallèle en formant avec lui un angle de près
de 90 degrés. Le Canada est donc inséré
dans un triangle dont la somme des angles intérieurs
est d'environ 270 degrés ( 3 x 90 degrés )
!
En fait, il y a plusieurs géométries et si,
en géométrie plane, la somme des angles
intérieurs d'un triangle est toujours de 180
degrés, en géométrie sphérique,
cette somme est toujours supérieure à 180
degrés. Elle avoisine 180 degrés pour les
très petits triangles, ceux des quasi-surfaces
planes, et atteint près de 540 degrés pour les
triangles qui ressemblent à un tour complet de la
Terre. Enfin, à l'intérieur d'une
sphère, c'est le phénomène inverse : la
somme des angles intérieurs d'un triangle est
toujours inférieure à 180 degrés.
Bref, en géométrie, la plupart des
définitions sont relatives, ce qui devrait nous
inciter à ne rien enseigner en dehors de son
contexte.
Robert Lyons