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MATHADORE
Volume 1 Numéro 7 - 27 mars 2000
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L'hebdomadaire gratuit portant sur l'enseignement des mathématiques
Le conflit cognitif
On
souhaite depuis longtemps implanter des stratégies
d'enseignement où l'élève construit
lui-même ses apprentissages. L'idée ressemble
à ceci : un problème est soumis à
l'élève qui élabore alors une solution
nouvelle pour lui.
Il est évident que rares sont les
élèves qui réussissent ainsi à
trouver du premier coup une solution valable. Par ailleurs,
rien de tel qu'un apprentissage que l'on construit
soi-même. Que faire ? Pour les uns, il faut orienter
les élèves, leur donner des pistes. Pour les
autres, il faut que l'élève constate par
lui-même qu'une solution ne fonctionne pas.
Il m'est arrivé souvent d'observer des
élèves en train de développer de
nouveaux apprentissages. Habituellement, leurs solutions
diffèrent de celles des adultes. Ainsi, en addition,
ou en soustraction, laissés à eux-mêmes,
ils calculent de gauche à droite au lieu de ce que
font la majorité des adultes. Par ailleurs, trop
d'enseignants, qui croient laisser leurs
élèves découvrir leurs propres
solutions, ne constatent jamais de différences entre
ce que leurs élèves découvrent et ce
qu'eux savent.
Je préfère donc la seconde orientation, celle
où l'élève constate lui-même
qu'il s'engage dans une voie peu valable. Dans ce but, il
faut utiliser le conflit cognitif.
Voici comment cela fontionne. L'élève
élabore une stratégie incorrecte avec laquelle
il trouve une réponse à son problème.
Vous cherchez une connaissance que l'élève
maîtrise et qui contredit ce qu'il vient de
découvrir et vous placez l'élève face
à cette contradiction. Voici un exemple.
L'élève effectue 53 - 14 et trouve 41 car il a
fait 4 - 3 = 1. En fait, il fonctionne comme avant, une
colonne après l'autre, en soustrayant toujours le
petit nombre du grand nombre. Ceci lui a permis de
réussir toutes les soustractions sans emprunts, les
seules qu'il a dû effectuer jusqu'à ce moment.
Voici comment créer le conflit.
Prof. : Tu as trouvé que 53 - 14 = 41. Est-ce que tu
penses que 53 - 12 donne aussi 41 ? ( Note :
L'élève doit répondre à cette
question avant d'effectuer le calcul. Il faut qu'il
précise clairement sa pensée afin que le
conflit cognitif puisse être créé. )
Élève : C'est 53 - 14 qui donne 41, 53 - 12 va
donner une autre réponse... ça va donner plus
parce que tu en enlèves seulement 12 au lieu de
14.
Prof. : Es-tu certain ? ... Moi je pense que ça peut
donner la même réponse même si on n'a pas
les mêmes nombres.
Élève : Je suis certain. Regarde, si tu as 53
pommes et que tu m'en donnes 12, il t'en restera plus que si
tu m'en donnes 14. ( Note : Plus l'élève est
sûr de lui, plus le conflit cognitif sera efficace.
)
Prof. : Bon, très bien alors, calcule ce que donne 53
- 12.
L'élève s'exécute. Observez son visage
lorsqu'il trouve 41...
Prof. : Tu vois, c'est la même réponse.
Par la suite, l'élève rejette rapidement 53 -
14 = 41. En fait, il se fie à ce qu'il a toujours
réussi : les soustractions sans emprunts. Certains
élèves ajoutent que dans 53 - 14, ils font 4 -
3 alors qu'ils auraient dû faire 3 - 4. Bref, ces
élèves viennent de constater que leur
stratégie est incorrecte. Ils sont prêts
à tenter autre chose.
L'expression « conflit cognitif » fait parfois
peur aux coeurs sensibles. Un fait demeure, il s'agit d'un
outil d'enseignement très puissant et incontournable
dans une approche où l'élève doit
inventer des solutions ou découvrir des
propriétés. Mais, il y a plus, lorsqu'il est
à l'extérieur de l'école, l'enfant
apprend énormément et, la plupart du temps,
c'est grâce au conflit cognitif qu'il constate ses
erreurs.
Enfin, peu d'enfants, confrontés à un conflit
cognitif, se sentent bousculés émotivement.
Ils comprennent qu'ils sont encore en apprentissage, qu'ils
n'ont pas un statut d'expert à défendre.
Robert Lyons
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