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MATHADORE
Volume 1 Numéro 4 - 5 mars 2000
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L'hebdomadaire gratuit portant sur l'enseignement des mathématiques
La multiplication est-elle vraiment une addition
répétée ?
Je
l'avoue, lorsqu'au secondaire on m'a enseigné que a x
a était égal à a exposant 2, j'ai eu un
sérieux problème. En fait, on m'avait depuis
longtemps démontré que la multiplication
représentait une addition
répétée, grâce à des
paquets identiques pris un certain nombre de fois :
3 x 4 = 3 + 3 + 3 + 3 ou 4 + 4 + 4.
Avec a x a, j'ai essayé l'addition
répétée : a + a = 2a, 2a + a = 3a... Je
me demandais sérieusement quand ce nombre qui
précédait le a allait disparaître et
être remplacé par l'exposant 2.
Plaçons-nous du point de vue de l'élève
qui finit par croire que la multiplication est une addition
répétée. Comment peut-il comprendre que
1/2 x 1/2 = 1/4 ? Comment le calculer en additionnant des
demies à répétition ? Et comment
illustrer un demi-paquet ( c'est presqu'un paquet ) d'un
demi-objet et obtenir un quart ? Un quart de quoi au fait
?
Et que faire de ( -3 ) x ( -4 ) = ( + 12 ) ? En additionnant
des « -4 » en succession ? Pourtant ( -4 ) + ( -4
) = ( -8 ), ( -8 ) + ( -4 ) = ( -12 ), ( -12 ) + ( -4 ) = (
-16 )... on est mal parti ! Et comment concevoir «
moins 3 » paquets de « moins 4 » jetons ?
Faut-il être surpris d'apprendre que les
élèves ont beaucoup de difficultés
à comprendre la multiplication de fractions, de
nombres négatifs, de nombres dits algébriques
? Et puis, si un rectangle mesure 3 mètres sur 4
mètres, l'aire de ce rectangle, trouvée en
multipliant 3 mètres par 4 mètres, est de 12
mètres carrés. Et pourtant, additionner des
longueurs à répétition ne donne jamais
des mètres carrés.
Il est clair, demandez aux élèves du primaire
ou du secondaire, demandez aux adultes, que l'image mentale
associée la plus étroitement à la
multiplication est l'addition répétée,
la collection de paquets identiques. Il est aussi clair que
l'apprentissage de la multiplication sur les fractions, sur
les nombres négatifs et sur les nombres
algébriques ne modifie pas cette image mentale
construite au début de l'apprentissage de la
multiplication et ce, même si elle conduit vite
à des incompréhensions persistentes.
N' y a-t-il pas lieu de trouver une image mentale
susceptible de permettre de mieux comprendre un ensemble
plus grands de problèmes sans exclure ceux que
l'addition répétée permet de visualiser
? N' y a-t-il pas lieu , si cette image mentale existe, d'en
faire l'image la plus étroitement associée
à la multiplication et de construire cette image
mentale avant d'associer la multiplication à une
addition répétée ?
Bonne nouvelle, cette image mentale existe. Mieux, elle peut
être associée à tellement
d'éléments de notre environnement, qu'elle est
inoubliable. En effet, le rectangle illustre très
adéquatement les diverses multiplications
mentionnées plus haut. Voyons cela.
Dans une classe, les 25 pupitres sont disposés en 5
rangées de 5 pupitres, le tout forme un rectangle que
symbolise bien 5 x 5 = 25. Certes en additionnant à
répétition le nombre 5, chacun
représentant une rangée de pupitres, on
obtient aussi 25.
Vous ai-je déjà parlé de ma salle de
lavage ? Elle a la forme d'un rectangle et son plancher est
recouvert de 15 tuiles. La multiplication 3 x 5 illustre
bien ce plancher. Et il y a la laveuse et la
sècheuse, toutes deux recouvrent exactement 8 tuiles
disposées aussi en rectangle. La multiplication 2 x 4
illustre bien ce rectangle. En fait, les appareils occupent
2/3 de la largeur de ma salle de bain et 4/5 de sa longueur
donc 8/15 de sa superficie. 2/3 x 4/5 = 8/15 illustre bien
ce qui se passe : un rectangle formé par mes
appareils ( 2 x 4 = 8 ) déposé sur un plancher
rectangulaire (3 x 5 = 15 ).
Et que faire avec a x a = a exposant 2 ? il s'agit
simplement d'un carré dont la longueur et la largeur
valent a. « a exposant 2 », c'est a d'un
côté et a de l'autre. De même pour a x b
= ab, a et b sont les côtés du rectangle
désigné par ab.
Et les négatifs ? Il suffit de situer les
multiplications sur les nombres négatifs dans un plan
cartésien. Le plan cartésien possède
quatre quadrans, deux sont positifs et deux sont
négatifs. Dans ( -3 ) x ( - 4 ) = ( +12 ), les deux
signes négatifs indiquent le sens de chacun des
déplacements sur les axes, ces déplacements
constituent la base et la hauteur d'un rectangle partant du
point ( 0,0 ). Le nombre ( +12 ) montre l'aire de ce
rectangle : 3 x 4 = 12 et le symbole « + » indique
que le rectangle est construit dans un quadran positif.
Et ce n'est pas tout, la technique de multiplication, la
technique d'extraction de la racine carrée, la
factorisation et la division s'associent mieux avec le
rectangle qu'avec toute autre image mentale. Alors...
Robert Lyons
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